Loi sur la citoyenneté en Inde: l’État brandit ses armes médiatiques

La mobilisation fait rage depuis près de deux semaines et a déjà fait au moins 25 morts, en grande partie tués par balles.
Photo: Manjunath Kiran Agence France-Presse La mobilisation fait rage depuis près de deux semaines et a déjà fait au moins 25 morts, en grande partie tués par balles.

« Ne vous faites pas mener en bateau » : le parti du premier ministre indien Narendra Modi est passé lundi à la contre-offensive médiatique, attaquant la présumée « désinformation » autour de la loi controversée sur la citoyenneté qui a déclenché des manifestations meurtrières dans le pays.

La nouvelle loi ne concerne pas directement les Indiens musulmans, mais fut la goutte qui a fait déborder le vase pour cette minorité, qui représente 14 % du 1,3 milliard d’habitants et craint d’être reléguée au rang de citoyens de seconde classe dans la « nouvelle Inde » des nationalistes hindous.

Le gouvernement indien a publié lundi dans les journaux nationaux de grands encarts présentant les « faits » du Citizenship Amendment Act, la loi incriminée, et expliquant qu’il ne concerne pas les quelque 200 millions de musulmans indiens. En parallèle, le parti au pouvoir a publié sur Twitter un film d’animation représentant deux personnages musulmans qui discutent du texte et concluent que « le pays ne peut progresser qu’à travers la paix et la fraternité ». La vidéo a été « aimée » des milliers de fois, mais aussi raillée par des internautes.

     

Votée le 11 décembre, la loi contestée facilite l’attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés de l’Afghanistan, du Pakistan et du Bangladesh, sauf pour ceux de confession musulmane. Ses opposants la jugent discriminatoire et contraire à la Constitution indienne, ce que le gouvernement dément.

Le mouvement de contestation, principalement mené par la communauté musulmane et les partis d’opposition, constitue l’un des plus grands défis au pouvoir de Narendra Modi depuis son arrivée à la tête de l’Inde en 2014. La mobilisation fait rage depuis près de deux semaines et a déjà fait au moins 25 morts, en grande partie tués par balles.

De nouveaux rassemblements se sont tenus lundi dans la capitale New Delhi et en d’autres endroits du géant d’Asie du Sud. Le Bharatiya Janata Party (BJP) du premier ministre a pour sa part organisé une contre-manifestation à Calcutta.

Dans un discours dimanche, le chef de gouvernement a assuré aux musulmans indiens qu’ils « n’ont pas à s’inquiéter » et affirmé qu’aucune discussion n’est en cours pour mettre en place à l’échelle de l’Inde un « registre national des citoyens » (NRC), dispositif controversé qui demande aux résidents indiens de prouver leur citoyenneté. Les musulmans indiens craignent que ce dispositif ne serve à les déclarer comme étrangers. L’extension du NRC, déjà mis en place dans l’État d’Assam et qui a laissé 1,9 million de personnes sur la touche, a pourtant été évoquée à de nombreuses reprises par des responsables indiens ces derniers mois.

Narendra Modi a indiqué qu’au cours des prochains jours, son parti allait contacter plus de 30 millions de familles, organiser des rassemblements à travers le pays et tenir plus de 250 conférences de presse pour dissiper les doutes autour de la loi.

Dans une autre mauvaise nouvelle pour le gouvernement, la Commission électorale indienne a annoncé lundi que le BJP au pouvoir dans l’État du Jharkhand avait perdu les élections, au profit d’une alliance d’opposition, qui compte le parti du Congrès.

Ayant conquis de nombreux États dans la foulée de l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, le BJP a perdu en un an le contrôle de plusieurs grands États clés du nord de l’Inde.