Incendies en Australie: le premier ministre interrompt ses vacances à Hawaï

Les incendies australiens ont jusqu’ici détruit au moins 30 000 km² de terres, tué au moins 10 personnes et détruit plus de 800 maisons.
Photo: Kelvin Hockey Département de la défense australienne / AFP Les incendies australiens ont jusqu’ici détruit au moins 30 000 km² de terres, tué au moins 10 personnes et détruit plus de 800 maisons.

Le premier ministre australien, Scott Morrison, critiqué pour son manque d’action contre le réchauffement climatique, s’est rendu dimanche sur le front des incendies après avoir interrompu ses vacances à Hawaï, qui avaient choqué l’opinion publique.

Le chef du gouvernement a rendu visite aux services de pompiers des zones rurales de Nouvelle-Galles du Sud, dont les volontaires combattent depuis des mois des incendies dévastateurs qui échappent à tout contrôle.

Il a dit regretter d’être parti en vacances dans ce contexte. « Je comprends que les gens aient été choqués que je sois en vacances avec ma famille pendant que la leur était en grande souffrance. »

« Si je pouvais revenir dans le temps, en sachant ce que je sais aujourd’hui, nous aurions pris une autre décision », a-t-il déclaré.

Les conditions étaient déjà très difficiles sur le front des incendies au moment de son départ, avec des feux qui avaient détruit une superficie équivalente à la Belgique et dont les fumées toxiques enveloppaient plusieurs villes de l’est du pays, et notamment Sydney.

De nombreux Australiens étaient descendus dans la rue pour protester, ou avaient manifesté leur désapprobation sur les réseaux sociaux.

« Je présente mes excuses », a dit le dirigeant conservateur. « Il y a des leçons que j’ai apprises. »

« Je suis sûr que les Australiens sont justes et comprennent que, quand on fait une promesse à ses enfants, on tâche de la tenir », a-t-il expliqué. Mais « en tant que premier ministre, on a d’autres responsabilités ».

S’il a admis qu’il y avait un lien entre les incendies et le changement climatique, il s’est refusé à revenir sur la politique du gouvernement favorable à l’industrie minière du charbon.

Les incendies sont courants sur l’immense île continent au moment du printemps et de l’été austral. Mais ils ont été particulièrement précoces et virulents cette année et les climatologues s’accordent à dire que le réchauffement de la planète rend les conditions encore plus propices à leur propagation.

« Jamais vécu ça »

M. Morrison a fait l’éloge des pompiers, qui font face aux pires conditions météorologiques : la plus forte canicule jamais vue dans le pays, des vents forts et la sécheresse. La grande majorité sont des volontaires, épuisés par l’intensité et la durée de cette saison d’incendies.

Dimanche, un léger répit leur a donné le temps de faire un bilan et de contenir le feu immense qui fait rage aux abords de Sydney. Pour l’éteindre, il faudra cependant de fortes intempéries. Il devrait pleuvoir dans certains endroits mardi et mercredi, ce que certains voient comme un cadeau de Noël. Mais la fin de semaine devrait être bien moins clémente.

D’ores et déjà, « on a vu des dégâts et des destructions considérables », a affirmé le chef des pompiers des zones rurales de Nouvelle-Galles du Sud, Shane Fitzsimmons, qui a décrit samedi comme « un jour horrible ».

L’État d’Australie-Méridionale a également été très touché. Deux personnes y sont mortes ces deux derniers jours et des dizaines de pompiers et d’habitants ont été traités pour des blessures ou des intoxications.

Le premier ministre de l’État, Steven Marshall, a annoncé que 72 maisons avaient été détruites dans le seul comté d’Adelaide Hills, selon la chaîne publique ABC.

Les incendies australiens ont détruit au moins 30 000 km² de terres, tué au moins 10 personnes et détruit plus de 800 maisons. Jusqu’ici, ils n’ont fait qu’effleurer les zones densément peuplées, mais quelques petites villes ou des villages ont senti les flammes.

Les médecins ont mis en garde contre un « état d’urgence sanitaire » à Sydney en raison des fumées toxiques.

« C’est plus ou moins toute la population de Nouvelle-Galles du Sud qui est exposée à une fumée prolongée, et comme on n’a jamais vécu ça auparavant, on ne sait pas ce que ça va donner au bout du compte », a affirmé à l’AFP le docteur Kim Loo.

« Ce ne sera probablement pas évident pendant des mois, voire des années », a estimé cette militante de l’association Doctors for Environnement.

Les hôpitaux ont déjà fait état d’une hausse des consultations aux urgences pour des coups de chaud ou des problèmes respiratoires.


Scott Morrison ne lâchera pas l’industrie du charbon

Le premier ministre conservateur australien Scott Morrison a contre-attaqué lundi, en pleine crise des feux de forêts, en jugeant qu’il serait « irresponsable » de tourner le dos à l’industrie du charbon et à ses milliers d’emplois, alors qu’il est accusé de ne pas en faire assez pour le climat.

Rentré précipitamment ce week-end de ses vacances à Hawaï, le premier ministre s’est rendu dimanche auprès des pompiers luttant contre les flammes avant de se montrer incisif lundi sur les questions économiques et climatiques.

« Je ne vais pas rayer de la carte l’emploi de milliers d’Australiens en m’éloignant des secteurs traditionnels », a averti le dirigeant de 51 ans sur la chaîne Seven Network, lors d’une des multiples interviews matinales allant dans le même sens. « Nous n’allons pas nous engager dans des objectifs irresponsables, destructeurs d’emploi et nuisibles pour l’économie qui sont demandés », a-t-il martelé sur Channel 9, en réponse à ceux qui lui demandent du volontarisme sur la question climatique.

Le chef du centre-droit, qui a remporté en mai les élections, ne nie pas la réalité du réchauffement du climat, mais a toujours contesté l’idée que la lutte contre ce fléau implique un virage économique pour son pays.

Un tiers des exportations mondiales de charbon — une des sources d’énergie qui rejette le plus de gaz à effet de serre — proviennent de l’immense île-continent, et la filière fournit quantité d’emplois aux Australiens.

M. Morrison a toujours été un soutien de ce secteur, ce qui lui a valu un déluge de critiques au moment où l’Australie est ravagée par les incendies.


Des Canadiens en Australie pour combattre le feu

Près de 70 Canadiens ont renoncé à passer le temps des Fêtes chez eux pour aller combattre les redoutables incendies de brousse qui ravagent plusieurs États de l’Australie.

Le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFS) a annoncé qu’un premier groupe de 21 employés et pompiers très entraînés provenant de diverses agences ont quitté le pays le 3 décembre pour un déploiement de 38 jours en Nouvelle-Galles du Sud. Le Centre avait reçu officiellement une demande d’aide.

Le 19 décembre, un deuxième groupe de 30 Canadiens est parti pour un déploiement de 38 jours dans une zone incendiée. Dix-huit autres s’en iront le 30 décembre pour une période d’environ un mois.

Le directeur général du CIFFS, Kim Connors, mentionne que le Canada avait quatre fois fait appel aux pompiers australiens depuis 2015. « L’entente est réciproque. C’est la première fois que l’Australie a besoin d’une aide canadienne. »

Le CIFFS a indiqué que le personnel déployé vient de huit provinces et territoires, dont le Québec et l’Ontario. Il portera de l’aide dans une variété de domaines comme le commandement, le vol d’appareil, la planification, la logistique et les opérations.
La Presse canadienne