Le bilan des manifestations en Inde s’alourdit à 15 morts

Les manifestants s’opposent à une nouvelle loi sur la citoyenneté, qu’ils jugent discriminatoire envers les musulmans. 
Photo: Dibyangshu Sarkar Agence France-Presse Les manifestants s’opposent à une nouvelle loi sur la citoyenneté, qu’ils jugent discriminatoire envers les musulmans. 

Le bilan des manifestations en Inde contre une loi sur la citoyenneté s’est alourdi vendredi à 15 morts, l’opposition dénonçant une « répression brutale » de la part du pouvoir nationaliste hindou mis au défi par les contestataires.

Au moins six manifestants sont décédés vendredi dans le grand État d’Uttar Pradesh (nord), dirigé par le parti du premier ministre Narendra Modi et qui compte une importante communauté musulmane, s’ajoutant aux neuf personnes qui ont déjà perdu la vie dans ce mouvement de protestation qui fait rage depuis la semaine dernière.

Cette mobilisation, principalement menée par une minorité musulmane inquiète dans une Inde dirigée par les nationalistes hindous, constitue l’un des plus grands défis auxquels le puissant premier ministre Narendra Modi, fraîchement réélu, ait été confronté depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

Six personnes sont mortes en Uttar Pradesh vendredi dans des affrontements entre manifestants et policiers, ont indiqué des sources médicales et policières des districts de Meerut, Firozabad et Bijnor.

« Les quatre personnes sont mortes de blessures par balles », a pour sa part déclaré le Dr Rajkumar, responsable médical du district de Meerut, situé à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de New Delhi. Cinq policiers étaient également soignés.

Des heurts ont à nouveau éclaté vendredi dans plusieurs villes d’Inde entre les forces de sécurité et les manifestants qui s’opposent à cette nouvelle loi sur la citoyenneté, qu’ils jugent discriminatoire envers les musulmans. Les autorités avaient interdit les rassemblements et coupé l’Internet mobile dans de grandes parties du pays de 1,3 milliard d’habitants.

« Dans une démocratie, les gens ont le droit d’élever la voix contre les mauvaises décisions et politiques du gouvernement et d’exprimer leurs inquiétudes », a estimé dans un message vidéo Sonia Gandhi, la présidente du parti du Congrès (opposition), dénonçant une « répression brutale » des manifestants.

Réputation internationale

Dans la capitale Delhi, les forces de l’ordre ont dispersé vendredi soir au canon à eau un rassemblement de milliers de personnes. Un véhicule a été brûlé, a constaté un journaliste de l’AFP sur place.

« Nous voulons que le gouvernement revienne sur la loi. La loi est contre les musulmans et contre l’Inde. Nous manifesterons pacifiquement et le gouvernement doit céder », a déclaré Sabzar Ali, l’un des participants au cortège.

Votée la semaine dernière, la loi contestée facilite l’attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés d’Afghanistan, du Pakistan et du Bangladesh, mais pas pour ceux de confession musulmane. Ses opposants la jugent discriminatoire et contraire à la Constitution indienne, ce que le gouvernement dément.

La nouvelle loi ne concerne pas directement les Indiens musulmans, mais a constitué la goutte qui a fait déborder le vase pour cette communauté, qui représente 14 % de la population et craint d’être reléguée au rang de citoyens de seconde classe dans la « nouvelle Inde » des nationalistes hindous.

La violence de la réponse policière à des manifestations étudiantes le week-end dernier a embrasé le mouvement de contestation, qui avait démarré dans la semaine dans les États reculés du nord-est de l’Inde. Les habitants de cette région s’opposent à la législation pour des raisons différentes, craignant pour leur part un afflux d’immigrés du Bangladesh voisin sur leur terre.

Dans un éditorial particulièrement critique du gouvernement, le quotidien The Indian Express l’a appelé à faire tout son possible pour « préserver la paix » de la nation, invoquant notamment les dommages causés à sa réputation sur la scène internationale.

« La démocratie la plus peuplée du monde ne peut pas apparaître incapable d’accepter sa jeunesse en désaccord, elle n’a pas les moyens de laisser paraître qu’elle est si mal dans sa peau », estime le journal.

« L’Inde risque beaucoup si elle commence à être perçue comme un endroit où ceux qui contestent doivent avoir peur », prévient l’éditorial.