Éruption d’un volcan en Nouvelle-Zélande: cinq morts et huit disparus

L’Agence nationale de gestion des situations d’urgence a qualifié cette éruption de «modérée». Un épais panache blanc était cependant visible à des kilomètres à la ronde.
Photo: Michael Schade / Agence France-Presse L’Agence nationale de gestion des situations d’urgence a qualifié cette éruption de «modérée». Un épais panache blanc était cependant visible à des kilomètres à la ronde.

La première ministre néo-zélandaise a exprimé mardi sa « douleur insondable » après la mort de cinq personnes dans l’éruption d’un volcan sur une île touristique, où huit autres personnes toujours portées disparues sont présumées mortes.

Comme la police, la première ministre Jacinda Ardern a déclaré n’avoir plus d’espoir de retrouver vivants les disparus, indiquant que plusieurs survols de l’île n’avaient pas permis de trouver signe de vie. « Ce matin, l’effort est mis sur la récupération (des corps) et sur le fait de s’assurer que la police peut faire ça en toute sécurité », a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse.

Parmi les disparus et blessés figurent des touristes d’Australie, des États-Unis, du Royaume-Uni, de Chine et de Malaisie, ainsi que des Néo-Zélandais qui les guidaient.

« À ceux qui ont perdu de la famille ou des amis ou sont sans nouvelles d’eux, nous partageons votre douleur insondable et votre tristesse », a-t-elle dit. « Nous pleurons avec vous ».

Des images vidéo

L’enquête a permis de voir plus clair sur le nombre de touristes présents sur White Island, également appelée Whakaari, dans le nord de la Nouvelle-Zélande, lorsque le volcan est entré en éruption soudainement lundi en début d’après-midi, projetant des cendres et des roches dans les airs.

« Quarante-sept personnes étaient sur l’île. Nous pouvons maintenant confirmer que cinq personnes sont décédées, 31 sont actuellement à l’hôpital, huit autres sont toujours portées disparues et trois sont sorties de l’hôpital », a déclaré un porte-parole de la police, Bruce Bird.

« Nous ne pensons pas que quelqu’un d’autre ait survécu à l’éruption », a-t-il précisé.

La police évaluera mardi si une mission pour « retrouver les personnes qui sont actuellement portées disparues » sur l’île est possible, malgré le risque d’autres éruptions, selon M. Bird. « Nous n’irons sur l’île que si les conditions de sécurité sont correctes pour nous », a-t-il ajouté.

L’éruption survenue à 14 h 11 mardi (20 h 11 lundi, au Québec) a dégagé un épais panache de fumée blanche dans le ciel sur 3,6 kilomètres.

Des images vidéo en direct ont montré un groupe d’une demi-douzaine de personnes marchant le long du cratère quelques secondes avant que les images deviennent noires.

Un « nombre considérable » de victimes de la catastrophe seraient australiennes, selon des responsables de Canberra.

Au moment de l’éruption, une trentaine de passagers du navire de croisière Ovation of the Seas, parti la semaine dernière de Sydney, se trouvaient sur l’île.

Selon le premier ministre australien, Scott Morrison, 24 Australiens visitaient le volcan à ce moment-là. « Nous devons nous préparer à des nouvelles difficiles dans les jours à venir », selon lui.

Un diplomate britannique a indiqué que deux de ses concitoyens étaient soignés en Nouvelle-Zélande.

Juste à temps

Michael Schade, un touriste qui a quitté l’île juste à temps, a filmé des touristes bloqués sur le rivage, attendant d’être évacués sous un ciel rempli de débris blancs. Un hélicoptère recouvert de cendres gisait endommagé, les pales tordues, à proximité.

L’Agence nationale de gestion des situations d’urgence a qualifié l’éruption de « modérée ». Un épais panache blanc était cependant visible à des kilomètres à la ronde. « Nous avons constaté une baisse régulière de l’activité depuis l’éruption. Il reste beaucoup d’incertitudes, mais actuellement, il n’y a aucun signe d’aggravation », a-t-elle fait savoir.

Le volcan avait montré récemment un regain d’activité, posant la question de savoir s’il était raisonnable de laisser des touristes s’y rendre.

« L’éruption est fâcheuse, mais pas complètement inattendue », car l’activité « était relativement élevée depuis septembre, et encore plus ces quinze derniers jours », explique Jessica Johnson, géophysicienne à l’université d’East Anglia.

La première ministre a estimé que la question était légitime, mais que la priorité était de soigner les blessés.

Royal Caribbean, l’opérateur américain du Ovation of the seas, a vendu l’excursion d’une journée sur White Island comme une « visite guidée inoubliable du volcan le plus actif de Nouvelle-Zélande », qui amène les audacieux tellement près du volcan qu’il faut s’équiper de casques et de masques à gaz.

White Island se situe à une cinquantaine de kilomètres de la Baie de l’Abondance (Bay of Plenty). 70 % de la surface du volcan est immergée. C’est le plus actif de l’archipel néo-zélandais, selon l’agence gouvernementale GeoNet.

Environ 10 000 touristes s’y rendent chaque année. Le volcan a connu de fréquentes éruptions au cours des 50 dernières années, la plus récente remonte à 2016. Cette année-là, un conteneur de 2,4 tonnes avait été transporté par avion sur l’île afin de servir d’abri en cas d’éruption.

Les éruptions volcaniques les plus meurtrières depuis 25 ans

2018 : Indonésie

Le 22 décembre, l’éruption du volcan indonésien Anak Krakatoa provoque son effondrement partiel dans le détroit de la Sonde. Plus de 150 millions de mètres cubes (m³) de rochers et de cendres tombent dans l’océan, provoquant un raz-de-marée sur les rivages entre Sumatra et Java. Plus de 420 personnes sont tuées, 7200 sont blessées.

2018 : Guatemala

Le 3 juin, le volcan de Fuego, à 35 km au sud-est de la capitale guatémaltèque, entre en éruption et déclenche des avalanches de lave et de cendres ardentes sur plusieurs communes. Cette nuée ardente — un phénomène semblable à celui qui a détruit Pompéi en 79 av. JC — rase le village de San Miguel Los Lotes, faisant plus de 200 morts.

2014 : Japon

Le volcan Ontake (3067 mètres d’altitude au centre du pays) se réveille le 27 septembre, projetant d’épais nuages de fumée, de cendres et de pierres. Une soixantaine de randonneurs sont tués.

Cette catastrophe est la pire de ce type dans l’archipel depuis la fin de la guerre. En 1991, l’éruption du mont Unzen avait fait 43 morts, dont les volcanologues français Maurice et Katia Krafft et le chercheur américain Harry Glicken.

2014 : Indonésie

Sur l’île de Sumatra, au moins 16 personnes meurent dans une spectaculaire éruption début février du volcan Sinabung, qui s’était réveillé cinq mois plus tôt après 400 ans de sommeil. En mai 2016, des villages sont ensevelis après une nouvelle éruption faisant au moins sept morts.

2010 : Indonésie

L’éruption en octobre du Merapi (près de 2900 m d’altitude) fait plus de 300 morts et entraîne le déplacement de 280 000 personnes. C’est la plus forte éruption depuis 1872 de ce volcan situé dans une région très peuplée au centre de l’île de Java, même si celle de 1930 avait été plus meurtrière (1300 morts). En 1994, une autre éruption avait fait 60 morts.

2002 : RDC

Le Nyiragongo, sur les hauteurs de Goma, à plus de 3000 m, entre en éruption mi-janvier, faisant plus d’une centaine de morts. L’éruption la plus meurtrière — plus de 600 morts — avait eu lieu en 1977.

1999 : Pérou

À 800 km au nord-est de Lima, une éruption volcanique en novembre fait au moins 34 disparus.

1997 : Montserrat

En juin, l’éruption de La Soufrière sur l’île britannique de Montserrat, dans les Petites Antilles, fait 20 morts. Plymouth, la capitale qui a été évacuée, est rayée de la carte.

1995 : Philippines

L’effondrement, en septembre, du cratère du volcan Parker, dans le sud de l’île de Mindanao, fait 70 morts et 30 disparus. Quatre ans auparavant, le réveil du Pinatubo (80 km au nord de Manille) avait tué plus de 800 personnes.