L’ambassadeur chinois dit aux autres pays de ne pas se mêler de ses affaires intérieures

À propos du traitement de la minorité ouïghoure par la Chine, Peiwu Cong a répété qu'«[il] n’y a pas de telles choses, abus ou camps de concentration. Le gouvernement local applique des mesures de contre-terrorisme et de déradicalisation. Et c’est un succès.»
Photo: Stéphane Baillargeon Le Devoir À propos du traitement de la minorité ouïghoure par la Chine, Peiwu Cong a répété qu'«[il] n’y a pas de telles choses, abus ou camps de concentration. Le gouvernement local applique des mesures de contre-terrorisme et de déradicalisation. Et c’est un succès.»

Le nouvel ambassadeur de Chine au Canada a profité d’une conférence publique jeudi midi à Montréal pour rappeler les immenses succès économiques de son pays grâce à son système socialiste. Du même souffle, le représentant de la République populaire a demandé aux gouvernements étrangers de ne pas se mêler des affaires intérieures chinoises.

L’ambassadeur Peiwu Cong nie l’existence de camps d’internement de membres de la minorité musulmane des Ouïghours. Il parle carrément de « fake news ». Il appelle à une restauration rapide de « l’ordre » à Hong Kong après des mois d’une protestation massive prodémocratie.

M. Cong dit aussi que la Chine n’est pas responsable des tensions avec le Canada. Elles perdurent depuis l’arrestation il y a tout juste un an d’une dirigeante de la compagnie Huawei à Vancouver, à la suite d’une demande d’extradition des États-Unis.

Pékin a depuis emprisonné deux ressortissants canadiens. Là encore, M. Cong déclare que la justice chinoise suit son cours, que les droits du duo de prisonniers sont respectés et que les pays étrangers n’ont tout simplement pas à se mêler de cette histoire judiciaire.

Peiwu Cong, en poste à Ottawa depuis deux mois, s’exprimait devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) qui offre régulièrement sa tribune aux personnalités étrangères de passage.

Restaurer l’ordre est la tâche la plus pressante. Ce n’est qu’en faisant cela que Hong Kong pourra retrouver son calme et sa prospérité.

Son message était on ne peut plus clair : les affaires oui, les comptes à rendre non. D’ailleurs, après l’allocution, un dirigeant de SNC-Lavalin était fier d’annoncer que ce lundi sa compagnie avait signé un contrat pouvant mener à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en Chine avec sa filière Candu Energy inc.

Hong Kong et Xinjiang

L’ambassadeur a ouvertement parlé de deux zones sous tension dans son pays, à Hong Kong et au Xinjiang.

Il décrit les protestations prodémocratiques de Hong Kong qui perdurent depuis près de six mois comme « des activités criminelles ». « Restaurer l’ordre est la tâche la plus pressante. Ce n’est qu’en faisant cela que Hong Kong pourra retrouver son calme et sa prospérité. »

De même, l’ambassadeur affirme que son gouvernement ne fait que combattre la violence dans la région du Xinjiang. « De 1990 à 2016, des milliers d’incidents violents terroristes ont eu lieu dans cette région », dit-il en précisant que Pékin ne fait que combattre le terrorisme, y compris avec l’emprisonnement « occasionnel » pour se débarrasser « des idées extrémistes ».

Il précise qu’aucun incident « violent terroriste » n’a été enregistré dans les trois dernières années. Il assure que la liberté de religion est respectée dans son pays et au Xinjiang en particulier où se trouveraient plus de 2400 mosquées actives.

Le New York Times a pourtant publié la semaine dernière 403 pages de documents officiels du gouvernement chinois montrant l’étendue du système pour surveiller et punir les Ouïghours.

Selon les estimations d’un professeur allemand, environ un Ouïghour sur cinq (soit 1,8 million des quelque 10 millions de membres de cette minorité) croupit dans les camps de concentration décrits par Pékin comme des « centres de formation ». Ces lieux d’internement prolifèrent depuis l’accélération de la vague répressive il y a environ quatre ans.

Ce qui se passe à Pékin…

Ce ne sont que des « fake news » réplique l’ambassadeur. « Il n’y a pas de telles choses, abus ou camps de concentration, a répété M. Cong aux journalistes après sa présentation publique. Le gouvernement local applique des mesures de contre-terrorisme et de déradicalisation. Et c’est un succès. […] Nous nous opposons à toute intervention étrangère dans nos affaires intérieures. »

La Chambre des représentants des États-Unis a au contraire adopté mardi un projet de loi appelant à des sanctions contre Pékin en réponse à l’internement de musulmans ouïghours. La mesure jette de l’huile sur un feu déjà bien brûlant entre les deux superpuissances. Washington a aussi adopté une loi soutenant les mouvements démocratiques à Hong Kong.

« Personne n’est en meilleure position que le pays lui-même pour prendre ses propres décisions en s’appuyant sur son héritage historique, ses créations culturelles, son développement social et économique », a dit M. Cong. Il a ajouté que ce système était le choix des Chinois et que ce choix, sous la direction du Parti communiste chinois, avait permis un développement fulgurant.

Les preuves citées donnent le vertige. La Chine a réussi en quelques décennies une transformation industrielle que d’autres pays ont mis des siècles à réussir. La Chine est maintenant la deuxième économie mondiale, derrière les États-Unis qu’elle devancera un jour ou l’autre. L’espérance de vie des Chinois a fait un bon de 35 ans en autant de temps. Elle est maintenant de 77 ans.

Le conférencier a aussi tenu à rassurer sur les intentions de son pays dans le monde. « La Chine n’a jamais déclenché de guerre ni pris un seul pouce de territoire à un pays étranger. »