Vague pro-démocratie dans les urnes hongkongaises

Une des victoires les plus significatives pour le mouvement prodémocratie a été enregistrée contre le conseiller Junius Kwan Ho, détesté des protestataires pour ses sympathies avec les forces répressives.
Photo: Philip Fong Agence France-Presse Une des victoires les plus significatives pour le mouvement prodémocratie a été enregistrée contre le conseiller Junius Kwan Ho, détesté des protestataires pour ses sympathies avec les forces répressives.

Le jaune est le nouveau bleu à Hong Kong, où les candidats ralliés autour de cette couleur du camp pro-démocratie se dirigeaient vers une victoire éclatante aux élections locales contre le camp bleu, pro-Pékin.

Le scrutin tenu dimanche a connu une participation record d’environ 71 % des électeurs inscrits, par rapport à 47 % en 2015. Plus de trois millions de Hongkongais ont exprimé leur choix.

Au moment où ces lignes étaient écrites, les candidats souhaitant plus de démocratie au sein de l’ancienne enclave britannique remportaient, selon les dernières estimations, entre 240 et 300 sièges, sur les 452 en jeu. Ils n’étaient que 124 conseillers de ce camp jusqu’ici. Le reste de la chambre des conseillers sera divisée entre des représentants alignés avec la Chine continentale et d’autres dits indépendants. Le camp bleu pourrait compter aussi peu que 24 élus selon certaines projections.

Alors que le dépouillement était toujours en cours lundi matin, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a rappelé que Hong Kong « fait partie de la Chine » quel que soit le résultat des élections locales.« Toute tentative visant à semer la pagaille à Hong Kong ou à entamer sa prospérité et sa stabilité est vouée à l’échec », a-t-il averti depuis Tokyo.

De son côté, la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, s’est montrée plus ouverte, affirmant, dans un communiqué, que son gouvernement, qui « respecte le résultat des élections », souhaitait « écouter humblement » la population.

 

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« Cinq demandes, pas une de moins », dit le slogan repris sur les affiches des candidats du clan jaune. La courte liste des réclamations demande, notamment, le retrait définitif du projet de loi sur les extraditions qui a déclenché la poussée protestataire, un point accepté depuis septembre. L’opposition au pouvoir en place veut aussi l’amnistie pour les manifestants arrêtés, une enquête sur les violences policières, que le gouvernement ne qualifie plus les manifestations d’émeutes et l’instauration d’un suffrage universel.

Un référendum sur le pouvoir ?

Hong Kong est divisé en 18 districts et les réformistes emportent la majorité dans au moins les deux tiers d’entre eux, tous sous contrôle bleu jusqu’ici. Au moins cinq jeunes gagnants désignés sont liés au mouvement de manifestations de septembre 2014, celui dit des parapluies, antérieurs aux actuelles protestations.

Une des victoires les plus significatives a été enregistrée contre le conseiller Junius Kwan Ho, détesté des protestataires pour ses sympathies avec les forces répressives. Lui-même a subi une attaque au couteau il y a trois semaines. Le jeune démocrate Cary Lo Chun l’a expulsé de son siège de Tuen Mun en l’emportant 3474 voix contre 2278.

 
71 %
C'est le taux de participation record à ces élections locales, où plus de trois millions de Hongkongais ont voté. Il était de 47 % en 2015.

Les conseillers hongkongais détiennent dans les faits très peu de pouvoir, encore moins que les élus municipaux d’une grande ville québécoise. Il s’agit par contre de la seule instance où tous les membres (à l’exemption de 27 sièges réservés aux Hongkongais de souche) sont élus directement, au suffrage universel.

Cette particularité explique l’investissement du camp pro-démocratie dans le processus électoral, puisque les protestataires réclament l’extension du vote universel à la désignation de tous les dirigeants. L’exécutif de Hong Kong est encore contrôlé par un jeu complexe d’intermédiaires impliquant les grandes compagnies et Pékin.

L’élection locale a été décrite par de nombreux observateurs comme un référendum sur le pouvoir et sa gestion de la crise déclenchée en juin autour d’une loi d’extradition. Les derniers jours ont accéléré les affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants, surtout autour du camp de l’Université polytechnique de Hong Kong (PolyU).

« Ce n’est pas un référendum », croit pour sa part Gerald Cheung, attrapé dimanche à la sortie d’un bureau de scrutin dans le quartier de la rue Belcher. « J’espère seulement que tout va se régler bientôt. Il faut que les choses changent et il faut qu’elles changent vite. »

L’homme dans la quarantaine voit surtout dans cette élection une occasion d’encourager une entente « pour en finir avec les troubles ». Il parle aussi d’une manière « d’aider le gouvernement, même si le résultat ne va pas dans le sens désiré ».

Une élection en noir

Le vote s’est déroulé calmement, souvent sous la garde de policiers, présents aux abords des bureaux de scrutin, sans presque aucune violence. Les urnes ont parlé et le résultat sans équivoque, tout en rappelant la grande division de la société hongkongaise, pourrait bien marquer une nouvelle étape importante dans l’évolution de la crise.

La stratégie jaune va maintenant devoir réévaluer l’équilibre entre les pressions de la rue et celles à l’intérieur des institutions pour favoriser les réformes souhaitées. Rien n’assure encore que les manifestations populaires ne vont pas reprendre. Des échanges en ligne sur les sites fréquentés par les protestataires parlent d’une troisième étape en développement allant dans ce sens.

Le premier acte a débuté en juin et le second s’est joué la semaine dernière, avec la fin musclée de l’occupation de PolyU. La nouvelle étape est amorcée et pourrait ramener des centaines de milliers de personnes dans la rue si le pouvoir ne cède pas aux revendications des manifestants.

Il n’y a pas que des jeunes dans les rues de la colère, mais, pour eux, l’exercice démocratique de dimanche, réservé aux citoyens de 18 ans et plus, a pris une signification particulière. Beaucoup votaient pour la première fois. Ils étaient nombreux dès les premières heures du scrutin, en partie rameutés par une rumeur voulant que le vote soit perturbé, ce qui n’a pas été le cas.

Un mot d’ordre venu du camp contestataire invitait aussi les jeunes à délaisser les habits noirs, omniprésents dans les manifestations. La consigne a été largement suivie. Maintenant, le jaune est le nouveau noir…

Avec l'Agence France-Presse

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.