Des manifestants s’échappent d’un campus assiégé par la police

Des protestataires sont descendus en rappel d’une passerelle avant de fuir à moto sur une route en contrebas.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Des protestataires sont descendus en rappel d’une passerelle avant de fuir à moto sur une route en contrebas.

Des dizaines de manifestants hongkongais assiégés par la police sur un campus ont réussi lundi soir à s’enfuir, après une nouvelle menace d’intervention de Pékin pour régler la crise politique dans le territoire autonome du sud de la Chine.

Retranchés dans l’Université polytechnique (PolyU), actuel bastion de la contestation, des protestataires sont descendus en rappel d’une passerelle, puis ont été récupérés sur une route en contrebas par des personnes à moto.

Les heurts se sont poursuivis dans la nuit de lundi à mardi, alors que la police menaçait désormais d’utiliser des « balles réelles » face aux « armes létales » des manifestants radicaux — qui ont jeté briques et cocktails Molotov contre les forces de l’ordre.

Dans une tactique apparemment coordonnée, des dizaines de milliers de personnes ont afflué vers le campus de PolyU pour tenter d’en rompre le siège. Des affrontements avaient lieu aux alentours.

Des dizaines de personnes restaient sur le campus dans la nuit, a déclaré un des protestataires à l’AFP. Des manifestants mineurs ont cependant été autorisés à partir.

Appel au calme

Jugeant la violence « inacceptable d’où qu’elle vienne », le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a estimé lundi qu’il incombait au gouvernement de Hong Kong de « rétablir le calme » sur le territoire, en prenant notamment « des mesures claires pour répondre aux demandes de l’opinion [publique] ».

L’Union européenne, par la voix de la cheffe de la diplomatie Federica Mogherini, a souligné que les actions des forces de l’ordre « doivent rester strictement proportionnées et les libertés fondamentales, y compris le droit de réunion pacifique des Hongkongais, doivent être respectées ».

Photo: Philip Fong Agence France-Presse À l’entrée de PolyU, des feux sporadiques étaient encore maintenus allumés tout au long de la journée de lundi par les protestataires voulant constituer une barrière défensive.

La mobilisation, en cours dans l’ex-colonie britannique depuis plus de cinq mois, a basculé la semaine dernière dans une opposition beaucoup plus radicale et violente, qui a entraîné notamment la fermeture des écoles.

L’exécutif hongkongais, qui est aligné sur Pékin, s’est refusé à accéder aux revendications des manifestants. Ceux-ci demandent notamment l’avènement du suffrage universel dans la mégapole de 7,5 millions d’habitants et une enquête sur ce qu’ils présentent comme des violences policières.

La Chine a maintes fois averti qu’elle ne tolérerait pas la dissidence, et l’inquiétude monte face à l’éventualité d’une intervention pour mettre fin à la crise.

« Zone d’émeute »

Des soldats de l’armée chinoise, présents à Hong Kong depuis la rétrocession de l’ex-colonie en 1997, sont sortis ce week-end de leur caserne pour déblayer certaines rues de leurs barricades. Une apparition rarissime qui a encore alimenté l’hypothèse d’une opération militaire.

L’ambassadeur de Chine au Royaume-Uni a donné lundi du crédit supplémentaire à cette option. « Le gouvernement de Hong Kong fait tout son possible pour reprendre le contrôle de la situation », a déclaré Liu Xiaoming lors d’une conférence de presse. « Mais si elle devenait incontrôlable, le gouvernement central ne resterait certainement pas les bras croisés. Nous avons la résolution et le pouvoir suffisants pour mettre fin aux troubles. »

Plus tôt lundi, la police avait arrêté des dizaines de manifestants aux abords du campus — frappant certains d’entre eux avec des matraques alors qu’ils étaient au sol. « À part sortir et se rendre, je ne vois pas d’autre option envisageable pour eux », avait déclaré Cheuk Hau-yip, un commandant de la police, quelques heures avant l’évasion spectaculaire de manifestants.

La police a qualifié le campus de « zone d’émeute ». Or, la participation à une émeute est passible de 10 ans de prison.

Violence des deux camps

La contestation avait augmenté d’un cran lundi dernier à Hong Kong avec une nouvelle stratégie baptisée « Éclore partout » (« Blossom Everywhere »), qui consiste à multiplier les actions — blocages, affrontements, vandalisme — pour éprouver au maximum les capacités de la police.

Conséquence : un blocage quasi général des transports en commun la semaine dernière pendant cinq jours. Lundi, les écoles n’ont pas rouvert.

Cette stratégie a eu pour effet d’ancrer la contestation dans plusieurs lieux, comme les campus, alors que les manifestants préconisaient au cours des mois précédents d’être insaisissables et fluides « comme l’eau ».

Cette nouvelle phase a été marquée par une aggravation de la violence dans les deux camps, comme l’ont montré les images d’un policier blessé à la jambe dimanche par une flèche tirée par un manifestant près de PolyU.

La police dit avoir tiré lundi trois balles près du campus, en précisant que personne n’avait été blessé. Les forces de l’ordre ne se sont servies que lors d’incidents isolés de leur arme de service, sans faire de mort.

Face aux groupes de protestataires jetant briques et cocktails Molotov, la police a privilégié l’usage de gaz lacrymogènes, de balles en caoutchouc ou de canons à eau.

Le moral à zéro

Lundi, une jeune femme de 19 ans se faisant appeler « K » faisait part du désespoir des manifestants retranchés dans PolyU. « Certains pleuraient, certains étaient furieux […], parce qu’ils n’ont pas d’issue, car il n’est plus possible de sortir du campus », a-t-elle témoigné.

À quelques centaines de mètres de l’université, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui ont érigé des barricades.

Les protestataires entendent poursuivre les blocages pour « étrangler l’économie » d’un des principaux centres financiers de la planète, désormais en récession.

Victoire très symbolique pour les manifestants, la Haute Cour a jugé lundi anticonstitutionnelle l’interdiction du port du masque qui avait été décidée par le gouvernement pour désamorcer la contestation.

Le président Xi Jinping a adressé la semaine dernière sa mise en garde la plus claire à ce jour, affirmant que la contestation menaçait le principe « Un pays, deux systèmes » qui a présidé à la rétrocession en 1997.

Un porte-parole du ministre chinois de la Défense, Wu Qian, a estimé lundi que « mettre fin aux violences et restaurer l’ordre est la tâche la plus urgente à Hong Kong ».