Le mouvement hongkongais en deuil

Les militants se sont rassemblés pour rendre hommage à Alex Chow, décédé vendredi.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Les militants se sont rassemblés pour rendre hommage à Alex Chow, décédé vendredi.

Plusieurs milliers de militants prodémocratie se sont rassemblés vendredi soir en plusieurs points de Hong Kong dans une atmosphère tendue pour rendre hommage à un étudiant décédé, victime selon eux de violences policières.

Alex Chow, tombé le week-end dernier d’un stationnement à étages lors d’affrontements entre la police et les manifestants, est mort vendredi. Il est le premier étudiant décédé depuis le début il y a cinq mois des manifestations dans l’ex-colonie britannique.

Les circonstances de sa chute demeurent obscures, mais pour les manifestants, ce décès est le résultat de violences policières.

« Aujourd’hui, nous pleurons la perte d’un combattant de la liberté à Hong Kong », a déclaré sur Twitter Joshua Wong, figure du mouvement prodémocratie à Hong Kong.

« L’atmosphère à Hong Kong est comme une bombe à retardement », a commenté de son côté Lo Kin-hei, un homme politique local et militant prodémocratie. « Les Hongkongais ne font pas confiance à la police pour nous dire la vérité. »

Différents forums en ligne coordonnant le mouvement de protestation sans véritable leader ont invité non seulement les manifestants, mais toute la population à venir avec des bougies participer vendredi soir à ces veillées.

Cet étudiant en informatique de 22 ans avait été conduit inconscient à l’hôpital très tôt lundi matin à l’issue d’une nuit d’affrontements entre la police et les manifestants dans le quartier de Tseung Kwan O, dans l’est de Hong Kong.

Vendredi matin, l’hôpital dans lequel il se trouvait dans le coma a annoncé son décès.

Alex Chow avait été retrouvé gisant inconscient dans une flaque de sang à l’intérieur d’un stationnement à proximité duquel la police avait tiré des gaz lacrymogènes, répliquant à des manifestants qui lançaient des objets depuis le bâtiment.

La police rejette les accusations

La police a reconnu l’usage de gaz lacrymogènes afin de disperser les manifestants près du stationnement d’où Alex Chow a chuté, mais a nié tout acte répréhensible, et rejeté les accusations selon lesquelles elle aurait gêné l’intervention des secours ou bloqué l’ambulance.

« Quant aux accusations selon lesquelles la police aurait pris en chasse l’étudiant décédé, ou bien l’aurait poussé ou encore aurait causé sa chute, d’aucune façon, nous déclarons solennellement que rien de tel ne s’est passé », a déclaré vendredi le commissaire Ewing Wu, chargé de cette affaire.

L’atmosphère à Hong Kong est comme une bombe à retardement. Les Hongkongais ne font pas confiance à la police pour nous dire la vérité.

Dans une courte déclaration, le gouvernement de Hong Kong a exprimé sa « grande tristesse » et ses « regrets » après la mort de l’étudiant, sans faire de commentaires sur les circonstances du décès.

Alex Chow étudiait à l’Université des sciences et technologies de Hong Kong où se tenait vendredi matin une cérémonie de remise de diplômes.

Le directeur de l’université, Wei Shyy, a interrompu le déroulement des événements pour annoncer la mort du jeune homme et a appelé à observer une minute de silence.

À l’issue de la cérémonie, des centaines d’étudiants se sont rassemblés pour pleurer Alex Chow et condamner ce qu’ils qualifient de brutalité policière.

« Entraver les sauveteurs, c’est une tentative de meurtre ! » ont scandé les étudiants.

Après 22 week-ends de manifestations, la mobilisation ne semble pas marquer le pas et les rassemblements dégénèrent de plus en plus souvent en heurts violents avec les forces de l’ordre.

Hong Kong est une région semi-autonome dirigée sous le principe « un pays, deux systèmes », et jouit à ce titre de libertés inconnues dans le reste de la Chine, et ce, jusqu’en 2047.

Mais les militants prodémocratie accusent Pékin de s’asseoir sur ses promesses en augmentant son emprise politique, notamment depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping.

Ils demandent notamment l’instauration d’un véritable suffrage universel et une enquête sur l’attitude de la police.