New Delhi piégée dans une pollution aux airs de fin du monde

Lundi matin, une brume nauséabonde et écoeurante emprisonnait toujours la capitale indienne, cachant les bâtiments, s’immisçant dans les foyers, les bureaux et même les galeries souterraines du métro.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse Lundi matin, une brume nauséabonde et écoeurante emprisonnait toujours la capitale indienne, cachant les bâtiments, s’immisçant dans les foyers, les bureaux et même les galeries souterraines du métro.

Les 20 millions d’habitants de New Delhi continuaient de tousser et se frotter les yeux lundi dans un brouillard de pollution dantesque, une urgence de santé publique qui a entraîné la fermeture d’écoles et de chantiers.

Lundi matin, une brume nauséabonde et écoeurante emprisonnait toujours la capitale indienne, cachant les bâtiments, s’immisçant dans les foyers, les bureaux et même les galeries souterraines du métro, envahissant de façon insupportable les voies respiratoires et les poumons.

Le pic de ces jours-ci est l’un des plus violents épisodes de pollution atmosphérique qu’a connu ces dernières années la mégapole, souvent qualifiée par des responsables indiens de « chambre à gaz ». Les immenses besoins de croissance du géant d’Asie du Sud se payent souvent au prix de la détérioration de son environnement.

« J’ai mal à la tête chaque jour quand je me réveille. C’est parfois suffocant de respirer. Les narines sont irritées et tout, les yeux aussi. Ça brûle », a décrit à l’AFP Ankusha Kushi, une étudiante de Delhi.

Chaque année au début de l’hiver, une conjonction de facteurs naturels et humains rend irrespirable l’air de New Delhi, l’une des villes les plus polluées de la planète.

À 10 h locales (23 h 30 dimanche à Montréal), l’ambassade américaine sur place enregistrait une concentration de particules fines PM2,5 de 469 microgrammes par mètre cube d’air. En comparaison, le niveau de Paris au même moment était de 6.

J’ai mal à la tête chaque jour quand je me réveille. C’est parfois suffocant de respirer. Les narines sont irritées et tout, les yeux aussi. Ça brûle.

L’Organisation mondiale pour la santé(OMS) recommande de ne pas dépasser une concentration de 25 en moyenne journalière.

La circulation alternée est entrée en vigueur lundi dans la ville, jusqu’au 15 novembre. Les véhicules ne peuvent rouler qu’un jour sur deux selon que leur plaque d’immatriculation finit par un chiffre pair ou impair.

Les experts sont très circonspects sur l’efficacité de ce dispositif, utilisé plusieurs fois depuis 2016, notamment en raison des très nombreuses exemptions, pour les deux-roues ou pour les conductrices par exemple.

« Ça ne peut pas être une solution, car le transport privé motorisé ne représente qu’une très petite partie » des sources de pollution, a déclaré à l’AFP Siddharth Singh, auteur du livre The Great Smog of India.


Photo: Sajjad Hussain Agence France-Presse Cette combinaison d’images, prises à 24 heures de différence, montre la Porte de l’Inde, un lieu prisé par les touristes à New Delhi. Alors que le smog était dense dimanche, l’air était devenu un peu plus respirable le lendemain.

Écoles et chantiers fermés

Les décideurs ont ordonné vendredi la fermeture des écoles et l’arrêt des chantiers jusqu’à mardi à Delhi et sa région. Le gouvernement local distribue aussi des masques de protection aux écoliers.

Le brouillard de pollution était si dense dimanche qu’une quarantaine d’avions ont dû être détournés de l’aéroport de la capitale. Des centaines de vols ont été retardés.

Pour réduire les effets néfastes de la pollution sur le corps, le ministre de la Santé a recommandé dimanche aux Indiens de manger des carottes.

Un groupe de défenseurs de l’environnement a écrit dimanche au premier ministre, Narendra Modi, silencieux sur la pollution de l’air, pour appeler la classe politique à dépasser ses querelles et à s’attaquer sérieusement à ce problème de société majeur.

Au-delà de New Delhi, la pollution atmosphérique est un mal endémique pour tout le nord du pays, le long de la plaine du Gange.

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’an passé, 14 des 15 villes les plus polluées au monde se trouvent en Inde. En 2017, la pollution de l’air a causé 1,2 million de décès prématurés dans le pays, selon l’estimation d’une étude parue l’année dernière dans la revue scientifique The Lancet.