Hong Kong: «trop peu, trop tard»

Dans une vidéo diffusée mercredi, Carie Lam s’est montrée un peu plus conciliante que d’ordinaire en annonçant que son «gouvernement [allait retirer] officiellement le projet de loi afin de complètement apaiser les inquiétudes de la population».
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Dans une vidéo diffusée mercredi, Carie Lam s’est montrée un peu plus conciliante que d’ordinaire en annonçant que son «gouvernement [allait retirer] officiellement le projet de loi afin de complètement apaiser les inquiétudes de la population».

« Trop peu, trop tard ». L’annonce du retrait définitif du projet de loi sur les extraditions, qui a déclenché une crise sociale sans précédent à Hong Kong, a été accueillie froidement mercredi par les leaders du mouvement d’opposition. Ils doutent en effet de la sincérité du geste et réclament au passage la fin de la répression et la tenue d’élections libres.

« La réponse de Carrie Lam [cheffe de l’exécutif hongkongais] arrive après la perte de 7 vies [dans les manifestations] et l’arrestation de plus de 1200 personnes dont plusieurs ont été maltraitées dans les postes de police », a résumé Joshua Wong, figure de proue de la Révolution des parapluies, mouvement appelant à plus de libertés civiles en 2014 et leader de l’actuel vague d’opposition qui s’est emparée des rues de la ville-État depuis le 31 mars dernier.

« L’intensification de la brutalité policière dans les dernières semaines a laissé une cicatrice irréparable sur l’ensemble de la société hongkongaise », a-t-il ajouté sur le réseau Twitter, en appelant à la fin des poursuites entamées contre les manifestations, à la tenue d’une enquête indépendante sur la violence policière et la tenue rapide d’élections au scrutin universel pour nommer un nouveau chef de l’exécutif.

Ce qui se passe en ce moment n’est pas encourageant. Et les choses risquent de se dégrader davantage pour l’opposition démocratique.

Dans une vidéo diffusée mercredi, Carie Lam s’est montrée un peu plus conciliante que d’ordinaire, au lendemain d’une fin de semaine marquée par une escalade de violence entre les manifestants et la police, en annonçant que son « gouvernement [allait retirer] officiellement le projet de loi afin de complètement apaiser les inquiétudes de la population ». La tête dirigeante de la ville-État, nommée par Pékin, a également appelé les manifestants au dialogue et la société civile à la mobilisation « pour examiner de façon indépendante les problèmes profondément enracinés dans la société et conseiller le gouvernement sur des solutions ».

Hong Kong vit au rythme d’une tension sociale d’une intensité unique depuis sa rétrocession à la Chine par Londres en 1997, et ce, après le dépôt en mars d’un amendement à la loi d’extradition visant à faciliter le transfert de criminels de la ville vers la Chine continentale.

Le geste a été perçu toutefois par les Hongkongais comme une tentative de Pékin de s’immiscer dans les affaires judiciaires de Hong Kong et de faire taire l’opposition en brandissant une nouvelle menace de poursuites devant les tribunaux de la Chine continentale, moins respectueux des libertés civiles.

Photo: Jae C. Hon Associated Press Les policiers antiémeute visaient des manifestants mercredi.

« C’est une victoire pour le mouvement de contestation, mais une victoire éphémère, résume à l’autre bout du fil Serge Granger, professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. L’annonce va surtout lézarder l’opposition, la diviser entre radicaux et modérés. C’est ce que cherche Pékin : faire reculer la contestation avant d’enclencher d’autres mesures visant à empêcher Hong Kong de se définir elle-même politiquement ».

Dans les derniers jours, Ronny Tong, un proche conseiller de Carrie Lam a suggéré de mettre à contribution la police secrète afin de porter un coup fatal aux manifestants, a rappelé l’opposant Joshua Wong. Le service de police de la Ville a par ailleurs réitéré sa détermination à combattre une « maladie » qui « se répand dans la ville et empoisonne les esprits des jeunes », a dit un de ses hauts gradés.

Problème de fond à régler

« L’annonce cherche à désamorcer l’escalade de violence qui s’est produite dans les derniers jours, mais le problème de fond, lui, ne sera pas réglé, dit le géographe Éric Mottet, chercheur au Groupe d’étude et de recherche sur l’Asie contemporaine de l’UQAM. Pékin a lancé un ultimatum à Carrie Lam en lui demandant de régler cette histoire avant le 1er octobre prochain [date du 70e anniversaire de la naissance de la Chine contemporaine], sans quoi le pouvoir chinois va se charger de mater l’insurrection lui-même ».

Dans son annonce, Mme Lam a d’ailleurs mis en garde la population du risque de mettre Hong Kong dans une situation « vulnérable et dangereuse » en raison des violences rythmant désormais son quotidien, évoquant ainsi à mots couverts la menace d’une intervention armée de Pékin sur le territoire.

« La Chine n’abandonnera jamais son emprise sur Hong Kong, dit Joseph H. Chung, codirecteur de l’Observatoire de l’Asie de l’Est de l’UQAM. Elle n’a pas encore décidé d’intervenir militairement, mais elle attend sans doute que la poussière retombe pour intervenir avec force. Ce qui se passe en ce moment n’est pas encourageant. Et les choses risquent de se dégrader davantage pour l’opposition démocratique ».

Sur Twitter, Joshua Wong a d’ailleurs exhorté la communauté internationale à garder l’oeil ouvert sur la suite des choses, disant craindre la « répression de masse en cours ». « Chaque fois qu’un signe de paix est envoyé, il est toujours suivi d’une emprise plus étroite sur l’exercice de nos droits civils », a-t-il dit.