L’aéroport de Hong Kong paralysé toute une journée

Les t-shirts noirs, signe de reconnaissance des militants pro-démocratie, ont inondé le hall des arrivées, lundi.
Photo: Manan Vatsyayana Agence France-Presse Les t-shirts noirs, signe de reconnaissance des militants pro-démocratie, ont inondé le hall des arrivées, lundi.

L’aéroport de Hong Kong a pris lundi la décision rarissime d’annuler tous ses vols après que des milliers de manifestants pro-démocratie ont envahi le hall des arrivées, tandis que Pékin musclait son discours, disant voir dans leur mouvement « des signes de terrorisme ». Les autorités ont finalement rouvert l’aéroport mardi à l’aube (heure locale). «Nous avons recommencé les enregistrements», a indiqué à l’AFP une porte-parole de l’aéroport. Les panneaux d’affichage des départs et arrivées indiquaient par ailleurs une reprise imminente des décollages et atterrissages.

La fermeture du huitième aéroport international parmi les plus fréquentés au monde avait été annoncée au moment où le gouvernement central chinois disait voir « des signes de terrorisme » dans la contestation qui agite sa région semi-autonome. Ces annonces, survenues à 10 minutes d’intervalle, marquent une nouvelle escalade dans la crise politique qui a vu le jour début juin, la plus grave à Hong Kong depuis la rétrocession du territoire par Londres à la Chine en 1997.

Un haut responsable gouvernemental américain a exhorté « les parties à s’abstenir de toute violence ». « Il en va de l’intérêt des sociétés lorsque les différentes opinions politiques sont respectées et peuvent s’exprimer librement et pacifiquement », a-t-il ajouté. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, s’est dit « extrêmement préoccupé » par la situation à Hong Kong et a appelé lundi les autorités chinoises à la « prudence » et au « respect » des revendications des manifestants. « Nous appelons à la paix, à l’ordre, au dialogue », ainsi qu’à une « réduction des tensions », a déclaré le dirigeant canadien lors d’un point presse. « Nous appelons la Chine à être très prudente et très respectueuse dans la façon dont elle agit avec les gens qui ont des inquiétudes légitimes à Hong Kong », a-t-il ajouté. Quelque 300 000 ressortissants canadiens vivent à Hong Kong, ce qui en fait la principale communauté d’expatriés canadiens en Asie, selon le ministère des Affaires étrangères.

Guerre des nerfs

« Les manifestants radicaux de Hong Kong ont à plusieurs reprises eu recours à des objets extrêmement dangereux afin d’attaquer des policiers, ce qui constitue déjà un crime grave et révèle de premiers signes de terrorisme », a accusé à Pékin le porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao, Yang Guang. Comme pour ajouter à la guerre des nerfs déclenchée par la presse de Pékin, deux médias publics, le Quotidien du peuple et le Global Times, émanations directes du Parti communiste au pouvoir, ont diffusé des vidéos censées représenter des blindés de transport de troupes se dirigeant vers Shenzhen, la métropole située aux portes de Hong Kong. La vingtaine de véhicules de la police militaire « se préparent à des exercices de grande ampleur », a affirmé le Global Times. Dans un commentaire publié dans la nuit de lundi à mardi, l’agence Chine nouvelle a estimé que l’avenir de Hong Kong était à un « moment critique ».

 
8e
L’aéroport de Hong Kong est le 8e plus fréquenté au monde.

Lundi, la compagnie hongkongaise Cathay Pacific a averti ses salariés qu’ils pourraient être licenciés s’ils soutenaient les manifestations « illégales » à Hong Kong ou s’ils y participaient. À l’aéroport, quelque 5000 manifestants, selon la police, étaient venus poursuivre un quatrième jour de sit-in pacifique afin de sensibiliser les voyageurs à leur cause. Certains brandissaient des pancartes où on pouvait lire « Hong Kong n’est pas sûr » ou « Honte à la police ». Ils accusent les policiers d’avoir recours à une violence disproportionnée dans le but de réprimer les rassemblements.

« Oeil pour oeil »

La mobilisation a vu ces dernières semaines se multiplier les affrontements entre policiers et manifestants. « Cela devient de plus en plus dangereux, mais si on ne continue pas de descendre dans la rue à ce stade, notre avenir sera de plus en plus effrayant et nous perdrons nos libertés », a confié une manifestante de 22 ans, portant le nom de famille Chan.

Les forces de l’ordre, au cours de la dixième fin de semaine de mobilisation, ont tiré des gaz lacrymogènes dans le métro et dans des rues commerçantes pleines de monde. Les protestataires répliquaient en leur lançant des briques et leur retournant des lacrymogènes. Les militants pro-démocratie ont également dénoncé l’infiltration dans leurs rangs de policiers qui revêtiraient des t-shirts noirs, signe de reconnaissance de leur mouvement.

Selon les autorités sanitaires, 45 personnes ont été blessées, dont 2 sont dans un état grave. Parmi elles, une femme blessée au visage : des images la montrant allongée sur le sol, le visage baignant dans son sang, sont rapidement devenues virales, et ont même été placardées sous le slogan « oeil pour oeil », appelant à de nouvelles manifestations. L’expression a également été peinte en chinois en plusieurs endroits de l’aéroport, où de nombreux manifestants portaient des bandeaux ou des bandages sur les yeux en solidarité avec la blessée.