Pékin lance un avertissement à Washington

<p>Fu Cong, le directeur général du département du contrôle des armements du ministère des Affaires étrangères en Chine.</p>
Photo: Alex Halada Agence France-Presse

Fu Cong, le directeur général du département du contrôle des armements du ministère des Affaires étrangères en Chine.

« Pas de missiles à notre porte. » La Chine a mis mardi les États-Unis en garde contre le déploiement de nouveaux armements américains en Asie-Pacifique, agitant le spectre de la crise des missiles à Cuba pendant la guerre froide.

En termes fermes, la diplomatie chinoise s’en est prise, sans jamais le nommer, au nouveau chef du Pentagone, Mark Esper, qui s’est prononcé samedi pour le déploiement « le plus tôt possible » de nouveaux missiles américains en Asie, à l’orée d’une tournée dans la région.

« La Chine ne restera pas les bras croisés et sera dans l’obligation de prendre des mesures de rétorsion si les États-Unis devaient déployer des missiles terrestres de moyenne portée dans cette région du monde », a averti devant la presse le directeur général du département du contrôle des armements du ministère des Affaires étrangères, Fu Cong.

Si vous installez des missiles sur un bout de terre comme Guam, cela sera perçu comme un geste hautement provocateur de la part des États-Unis. Ce serait très dangereux.

Interrogé, M. Fu n’a pas voulu préciser quelles mesures de rétorsion Pékin pourrait prendre, mais a assuré que « tout est sur la table ».

Déjà aux prises avec une guerre commerciale, technologique et monétaire avec les États-Unis de Donald Trump, le géant asiatique dénonce fréquemment la présence militaire américaine en Asie, relayée par les alliés que sont le Japon et la Corée du Sud.

Le haut responsable chinois a appelé ces pays, et aussi l’Australie, « à faire preuve de prudence et à ne pas permettre un déploiement de missiles américains sur leur sol, car cela n’entrerait pas dans l’intérêt de leur sécurité nationale ».

Interrogé mardi sur la réaction chinoise, M. Esper a cherché à tempérer ses propos de samedi, assurant qu’il n’avait demandé à aucun pays d’accueillir des missiles. « Nous en sommes encore assez loin, a-t-il dit. Cela prendra quelques années avant que nous soyons en mesure de déployer des missiles opérationnels. »

« Aux portes » de la Chine

Mais alors que des experts estiment que Washington pourrait déployer ses nouveaux missiles sur son île de Guam, dans le Pacifique, Fu Cong a averti que cela équivaudrait à les installer « aux portes de la Chine ».

« Si vous installez des missiles sur un bout de terre comme Guam, cela sera perçu comme un geste hautement provocateur de la part des États-Unis. Ce serait très dangereux », a-t-il prévenu en direction des Américains.

L’avertissement survient quatre jours après que les États-Unis se sont retirés du traité de désarmement INF, conclu pendant la guerre froide entre Washington et Moscou pour interdire totalement les missiles terrestres de portée intermédiaire (de 500 à 5500 km).

Washington est désormais libre de venir concurrencer la Chine, dont l’arsenal est largement constitué d’armes du type interdit par le traité INF, dont Pékin n’a jamais été signataire.