Violences après l’inculpation de 44 manifestants à Hong Kong

Les forces antiémeutes ont fait usage de gaz poivré et de violence contre des centaines de manifestants qui s’étaient regroupés devant un commissariat de police du quartier de Kwai Chung dans la soirée de mardi à Hong Kong.
Photo: Vincent Yu Associated Press Les forces antiémeutes ont fait usage de gaz poivré et de violence contre des centaines de manifestants qui s’étaient regroupés devant un commissariat de police du quartier de Kwai Chung dans la soirée de mardi à Hong Kong.

Des heurts ont éclaté mardi soir à Hong Kong entre la police et des centaines de manifestants après que 44 personnes arrêtées pendant les violences ayant émaillé les récents rassemblements en faveur d’une plus grande démocratie ont été inculpées de participation à des émeutes, un délit passible d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à dix ans.

Cette ancienne colonie britannique est plongée dans la pire crise de son histoire récente, avec de gigantesques manifestations pacifiques depuis le 9 juin contre le gouvernement local soutenu par Pékin, mais aussi des affrontements sporadiques entre contestataires radicaux et policiers.

Ainsi, dans la soirée de mardi, les forces antiémeutes ont fait usage de gaz poivré contre des centaines de manifestants qui s’étaient regroupés devant un commissariat de police du quartier de Kwai Chung où, selon des médias, étaient détenus les opposants inculpés le même jour, a constaté sur place un journaliste de l’AFP.

Des policiers armés de matraques et protégés par des boucliers sont sortis du bâtiment pour tenter de disperser la foule qui a alors répliqué par des jets de bouteilles en plastique et de parapluies.

Sur des images diffusées en direct par la chaîne de télévision Now TV, on pouvait voir un policier pointer son fusil en direction de contestataires qui lui lançaient des objets, avant de précipitamment battre en retraite avec ses camarades.

Des volets de fer avaient été abaissés sur toutes les portes et fenêtres du commissariat, dont les murs étaient maculés de graffitis.

Les échauffourées les plus violentes se sont produites dimanche près du Bureau de liaison chinois, qui représente l’autorité de Pékin dans ce territoire semi-autonome. Au total, 49 manifestants ont été arrêtés : 32 hommes et 17 femmes âgés de 16 à 41 ans, dont 44 ont été inculpés mardi de participation à des émeutes.

À la suite de troubles en 2016, le militant indépendantiste Edward Leung avait été condamné en 2018 à six ans de prison.

Le mouvement de contestation actuel est né du rejet du projet — désormais suspendu — d’autoriser les extraditions vers la Chine. Mais les revendications se sont élargies à la dénonciation du recul des libertés dans cette ancienne colonie britannique ou à l’exigence de réformes démocratiques.

Mardi, des manifestants ont retenu des rames dans le métro à l’heure de pointe matinale, ce qui y a fortement perturbé la circulation des trains et entraîné de longues files d’attente aux arrêts de bus.

Revendications

Les manifestants se sont engagés à poursuivre leur mouvement jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites. Ils demandent notamment la démission de la chef de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, une enquête indépendante sur les agissements de la police, l’amnistie des personnes arrêtées, le retrait définitif du projet de loi sur les extraditions vers la Chine et le droit d’élire leurs propres dirigeants.

Le gouvernement chinois a réitéré lundi son soutien à Carrie Lam et à la police locale, et appelé à « rétablir l’ordre au plus vite » dans ce haut lieu de la finance internationale. Selon un comptage réalisé par l’AFP, au moins 170 personnes ont été arrêtées depuis le 9 juin.

« Nulle société civilisée ou régie selon l’État de droit ne peut tolérer de violences rampantes », a averti un porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao, Yang Guang, au cours d’une conférence de presse.

Il a imputé la responsabilité des violences à « une poignée de radicaux », accusés de franchir les limites du principe officiellement en vigueur d’« un pays, deux systèmes », qui a présidé à la rétrocession en 1997 de Hong Kong à la Chine.

Yang Guang s’est aussi insurgé contre le soutien apporté par des « personnes irresponsables en Occident » aux manifestants.

Hong Kong jouit en théorie jusqu’en 2047 d’une semi-autonomie et de libertés très étendues n’existant pas en Chine continentale, comme une justice indépendante et la liberté d’expression.

Mais l’ingérence jugée grandissante de Pékin dans les affaires intérieures de ce territoire suscite des inquiétudes qui nourrissent l’agitation politique.