Nouvelles manifestations à Hong Kong

La police a tiré du gaz lacrymogène, dimanche soir, pour disperser la population.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse La police a tiré du gaz lacrymogène, dimanche soir, pour disperser la population.

Plongée dans une crise politique majeure, Hong Kong continue d’être secouée par de gigantesques manifestations. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues samedi et dimanche, tantôt pour appuyer le gouvernement pro-Pékin, tantôt pour le critiquer.

Dimanche, ils étaient environ 430 000, selon les organisateurs, à réclamer pour une septième fin de semaine d’affilée la démission de la chef de l’exécutif, Carrie Lam, et à dénoncer les violences policières.

« Depuis trop longtemps, notre gouvernement nous ment et nous trompe, et refuse de répondre aux demandes du peuple, malgré les nombreuses manifestations massives », a déclaré un groupe de protestataires avant de se mettre en marche.

Depuis trop longtemps, notre gouvernement nous ment

Samedi, un tout autre discours a envahi les rues de Hong Kong. Plus de 300 000 manifestants — majoritairement âgés — ont à leur tour voulu faire entendre leur voix et se sont portés à la défense du gouvernement pro-Pékin et des forces policières. Ils ont notamment accusé le mouvement antigouvernement de faire usage de la violence, en référence à l’occupation et au saccage du Conseil législatif (LegCo), le 1er juillet dernier.

 
Photo: Laurel Chor Agence France-Presse Samedi, c’est un rassemblement pour soutenir la police qui avait été organisé.

Hong Kong est le théâtre d’un important mouvement de contestation depuis le 9 juin en raison d’un projet de loi qui visait l’autorisation des extraditions vers la Chine. Le projet de loi a finalement été suspendu, mais il n’a pas été annulé définitivement. Les Hongkongais ne décolèrent donc pas et continuent de manifester chaque semaine pour défendre leurs libertés et leurs acquis démocratiques, qu’ils jugent en péril.

Il est surtout question de liberté d’expression et d’indépendance de la justice, dont bénéficie l’ancienne colonie britannique revenue dans le giron chinois en 1997, théoriquement, jusqu’en 2047, selon les termes de l’accord de rétrocession.

D’autres revendications se sont aussi ajoutées, telles que le retrait des accusations contre les personnes arrêtées pendant les manifestations, la création d’une enquête indépendante sur la violence policière et l’instauration d’un suffrage universel en 2020.

Dans l’impasse ?

Cependant, après plusieurs semaines de manifestations et aucune avancée concrète, Ashley Yue, une résidente de Hong Kong âgée de 26 ans, craint de voir le mouvement s’essouffler. « C’est un peu au point mort en ce moment… C’est exactement ce que le gouvernement veut », s’inquiète la jeune femme, en entrevue avec Le Devoir. Elle assiste presque chaque semaine aux rassemblements et a pu constater une diminution du nombre de participants.

Début juin, plus d’un million de personnes sont descendues dans la rue. Mais les dernières manifestations n’ont réussi qu’à rassembler la moitié d’entre eux.

Photo: Laurel Chor Agence France-Presse Plus tôt dans la journée, la manifestation anti-gouvernement s’était déroulée de manière pacifique (des citoyens portent des pancartes «Menteur»).

« Je ne dirai pas que [le mouvement] perd de sa force, mais c’est que les gens improvisent et que nous menons une longue bataille », poursuit Ashley Yue.

De son côté, Anthea Cheung, 28 ans, se montre plus optimiste et ne croit en aucun cas à un essoufflement. « Je ne pense pas qu’on puisse se baser uniquement sur le nombre de personnes présentes pour juger [la force du mouvement] ». Pour cette Hongkongaise, la vague de contestation est là pour rester. « Je pense que ni le gouvernement ni les manifestants ne sont prêts à abandonner bientôt. Cela ne fera que continuer », a-t-elle dit au Devoir.

Pour Steve Vickers, un ancien policier et spécialiste en sécurité, la situation risque « d’empirer » dans les prochaines semaines. « La polarisation au sein de la société hongkongaise et les relations très acrimonieuses entre les contestataires et la police s’aggravent », juge-t-il.

Heurts violents

La manifestation a d’ailleurs dégénéré dimanche. La police a tiré des balles de caoutchouc et fait usage de gaz lacrymogène en fin de soirée pour disperser des groupes de manifestants.

Plus tôt dans la journée, des protestataires masqués ont passé outre les consignes entourant le parcours et se sont rendus jusqu’au bureau de liaison chinois, qui représente le gouvernement de Pékin. Ils y ont érigé des barricades et ont pris pour cible le bâtiment en jetant des oeufs et en inscrivant des graffitis sur sa façade.

Un homme portant un masque noir et un casque de vélo a ensuite lu une liste de revendications dans un mégaphone. « Il n’y a pas de protestataires violents ni d’émeutiers, il n’y a que la tyrannie. Nous protégerons notre patrie par tous les moyens », a-t-il dit. « Nous appelons le gouvernement à arrêter de mener Hong Kong vers la destruction. »

Un autre événement violent est survenu plus tard en soirée, dans une gare du nord-ouest de la ville, dans le district de Yuen Long, proche de la frontière chinoise. Des hommes masqués, vêtus de blanc et brandissant des bâtons, ont chargé la foule, passant notamment à tabac une journaliste qui diffusait en direct les événements.

Ces scènes de violence sont de plus en plus fréquentes à Hong Kong. Si les manifestations se veulent depuis le début pacifiques, une minorité de protestataires plus radicaux s’est jointe au mouvement. Changement d’itinéraire, occupation et saccage de bâtiments sont devenus quasi systématiques. Tout comme les affrontements violents entre cette minorité et les policiers de Hong Kong.

Le 14 juillet, de violents heurts dans un centre commercial ont particulièrement marqué les esprits : 28 personnes ont été blessées, dont 10 policiers. « C’était un spectacle complètement fou. Il y avait encore des enfants et des personnes âgées quand la police a pris d’assaut le centre commercial. Beaucoup de gens étaient simplement en train de souper », se souvient Ashley Yue, complètement outrée.

Accusée de toutes parts de faire un usage excessif de la force, la police se défend toutefois, estimant sa réponse proportionnée.

Les forces de l’ordre ont d’ailleurs annoncé samedi avoir découvert un laboratoire clandestin de fabrication d’explosif TATP, mis la main sur des tracts pro-indépendance et arrêté un homme.


Avec l’Agence France-Presse