Shanghai inaugure la «bataille» du tri des déchets en Chine

La Chine ne produisait que 30 millions de tonnes de déchets en 1980. Ce chiffre a grimpé à 210 millions en 2017.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse La Chine ne produisait que 30 millions de tonnes de déchets en 1980. Ce chiffre a grimpé à 210 millions en 2017.

Nie Feng, un jeune employé de Shanghai, jetait jusqu’à présent négligemment ses sacs-poubelle avant de filer au travail. Mais ses habitudes ont dû changer avec le lancement du tri sélectif dans la ville, la plus grande en Chine à le faire à cette échelle.

La métropole de 25 millions d’habitants applique depuis le 1er juillet le plus ambitieux programme de tri des déchets jamais vu dans le pays, peu habitué à ces méthodes de collecte déjà bien connues en Occident.

Mais il y a aujourd’hui urgence, car avec 1,4 milliard de consommateurs, la Chine croule sous une montagne croissante d’ordures. En cause : un mode de vie de plus en plus développé, et tourné vers une consommation effrénée.

Peu habitué aux règles de tri, Nie Feng consulte un immense tableau accroché au mur, indiquant qu’il lui faut désormais placer dans trois poubelles différentes les arêtes de poisson, les os de porc et les sacs plastiques.

« Tout ça, c’est bien pour la société, mais on continue de faire des erreurs de tri, dit en souriant M. Nie, employé d’une société de négoce, en tentant de répartir correctement ses ordures dans les bacs de collecte. On doit apprendre à faire ça bien avant que les autorités commencent à vraiment infliger les amendes. »

Shanghai est à la tête d’un programme pilote de tri sélectif, prévu pour être ensuite étendu à toute la Chine. Ville la plus peuplée du pays, elle produit à elle seule 26 000 tonnes de déchets par jour.

Le traitement de ces ordures est un casse-tête pour les municipalités en Chine, et provoque de l’instabilité sociale. Début juillet, les autorités de la grande ville de Wuhan ont dû envoyer la police anti-émeute faire face à des milliers d’habitants inquiets qui manifestaient contre la construction d’un incinérateur à déchets. La municipalité a été contrainte de suspendre son projet.

La Chine ne produisait que 30 millions de tonnes de déchets en 1980. Ce chiffre a grimpé à 210 millions en 2017, selon la Banque mondiale. C’est encore derrière les États-Unis, mais le pays asiatique rattrape rapidement son retard, et pourrait atteindre les 500 millions de tonnes en 2030.

Le développement fulgurant de la vente en ligne en Chine, qui permet de se faire livrer très rapidement nourriture ou vêtements, mais produit aussi une grande quantité de déchets d’emballage, explique en partie le phénomène.

Avec le déploiement prévu du tri sélectif à l’échelle nationale, l’expérience de Shanghai est devenue l’un des sujets les plus discutés entre amis ou sur les réseaux sociaux, dans toute la Chine. Beaucoup s’étonnent des règles de tri qui semblent parfois contradictoires ou s’amusent des agents municipaux qui vont inspecter les poubelles des habitants.

D’autres villes chinoises ont déjà essayé de mettre en place un tri sélectif. Mais sans véritable succès. « Le grand changement, cette fois-ci, c’est que le gouvernement central s’en mêle, et qu’il encourage l’opération. Ça change tout parce que maintenant tout le monde en parle, est impliqué et est en alerte », explique Alizée Buysschaert, fondatrice du cabinet de conseil Zero Waste Shanghai.

Les amendes vont de 200 yuans (38 dollars canadiens) pour les particuliers à 50 000 yuans (9500 dollars canadiens) pour les entreprises. Mais les autorités laissent encore les gens s’habituer aux changements avant de sanctionner.

Certaines start-ups y voient déjà des occasions de développement : elles proposent par l’entremise d’applications mobiles de s’occuper de la collecte ou du tri des ordures à la place des habitants.