Hong Kong crie sa colère au cœur du Parlement

L’hémicycle du parlement hongkongais a été occupé et saccagé lundi durant plusieurs heures par des manifestants anti-Pékin — parfois casqués ou masqués —, qui ont forcé un barrage de police, au jour anniversaire de la rétrocession de l’île à la Chine, en 1997.
Photo: Vivek Prakash agence france-presse L’hémicycle du parlement hongkongais a été occupé et saccagé lundi durant plusieurs heures par des manifestants anti-Pékin — parfois casqués ou masqués —, qui ont forcé un barrage de police, au jour anniversaire de la rétrocession de l’île à la Chine, en 1997.

Après le calme vient la tempête. Faute d’avoir reçu des réponses satisfaisantes à leurs préoccupations en matière de démocratie et de liberté, un important groupe de protestataires opposés au gouvernement pro-chinois de Hong Kong a occupé le bâtiment du conseil législatif pendant des heures, lundi soir. Le mouvement, largement pacifique, a versé dans le vandalisme en ce jour du 22e anniversaire de la rétrocession de l’ex-colonie britannique à Pékin.

Défonçant les portes vitrées du complexe gouvernemental à coups de barre de fer, une partie des manifestants est entrée dans l’édifice vers 21 h locales après des heures de siège. À l’intérieur, ils ont saccagé des écrans, tracé des graffitis, défiguré les portraits de personnages politiques, et, dans un geste d’affront, fait voler le drapeau britannique. « Il n’y a pas d’émeutiers violents, seulement un régime violent », pouvait-on lire sur une pancarte déployée dans l’enceinte par les militants.

Il n’y a pas d’émeutiers violents, seulement un régime violent

Des députés sympathiques à leur cause avaient pourtant tenté de les dissuader de forcer les portes, s’interposant physiquement, mais sans succès. Des policiers ont aussi essayé de les contenir, avant de battre en retraite quand les contestataires ont lancé dans leur direction des poudres irritantes.

Pendant trois heures, l’occupation du bâtiment s’est poursuivie sans que la police intervienne. À l’extérieur, des dizaines de milliers de personnes se massaient près du conseil législatif (LegCo).

Vers minuit, les forces de l’ordre ont finalement fait irruption près du complexe gouvernemental. Munies de matraques et de boucliers, elles ont aspergé de gaz lacrymogène les contestataires autour des édifices. Les policiers se sont ensuite affairés à démanteler les barricades entourant le LegCo et sont entrés dans le bâtiment, que la plupart des militants avaient déjà fui.

Ce ras-le-bol d’une partie de la jeunesse hongkongaise survient dans la foulée d’un projet de loi rendant possibles les extraditions vers la Chine. Carrie Lam, la chef de l’exécutif de Hong Kong, a suspendu le projet de loi le 5 juin, mais sans l’annuler définitivement. Même si les autorités assurent que le projet sera abandonné de facto, le mouvement maintient la pression, demandant la démission de Mme Lam. Parmi les revendications, on compte aussi le retrait des accusations contre les personnes arrêtées pendant les manifestations des dernières semaines, une enquête sur la violence policière et l’instauration du suffrage universel en 2020. « Les gens sont vraiment en colère contre la police, qui fait un usage excessif de la force et qui dépeint les manifestants comme des personnes violentes, alors que c’est elle qui blesse des innocents », déplore Ashley Yue, une résidente de Hong Kong âgée de 26 ans jointe par Le Devoir.

À l’aube, mardi matin, Mme Lam a condamné « l’usage extrême de violence et de vandalisme par les protestataires ». L’occupation du LegCo « est quelque chose que nous devons sévèrement condamner », a-t-elle ajouté, rejetant tout le blâme sur les militants en invoquant que le projet de loi avait été suspendu.

Eddie Chu, un parlementaire de l’opposition, jugeait pourtant lundi que la responsabilité de résoudre la crise politique qui enflamme la péninsule revenait avant tout au gouvernement. « Si nous laissons la police et Pékin s’en occuper, nous ferons face à la plus grave tragédie jamais vue en 22 ans », depuis la rétrocession, a-t-il déclaré à la presse.

Trois suicides liés au mouvement

Dans les deux dernières semaines, trois jeunes sympathisants du mouvement de contestation se sont enlevé la vie, rapportent plusieurs médias locaux et internationaux. Les plus récents cas de suicides sont survenus samedi et dimanche.

Tandis que les autorités de santé publique font tout pour éviter que ces drames en inspirent d’autres, les suicidés ont été élevés au rang de martyrs par certains militants.

« Beaucoup de gens se sentent désespérés par la situation actuelle », affirme Mme Yue, qui a étudié à l’Université McGill, à Montréal, de 2011 à 2015.

« Les gens de Hong Kong sont désespérés. Ma génération est désespérée. Nous ne savons pas quoi faire. Nous faisons de notre mieux pour agir », expliquait pour sa part Edward Tsang, un jeune homme de 25 ans interrogé à Hong Kong par le Los Angeles Times. Comme plusieurs autres témoins, M. Tsang dit soutenir l’intrusion au parlement, mais ne pas y avoir participé.

Avant le grabuge de la soirée, une manifestation défilait à quelques coins de rue du siège du gouvernement. Organisée à l’occasion de l’anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à Pékin par le Royaume-Uni, elle a réuni 550 000 personnes, selon ses organisateurs — un record pour cet événement marqué chaque année.

Si cette marche s’est déroulée dans un climat pacifique et familial, des violences avaient déjà éclaté plus tôt dans la journée en marge d’un autre événement tenu à l’occasion de l’anniversaire de la rétrocession.

Photo: Kin Cheung Associated Press Un prostestataire a recouvert l’emblème de Hong Kong par un drapeau de l’époque coloniale britannique.

En matinée, des militants ont tenté de perturber la traditionnelle cérémonie de levée des drapeaux hongkongais et chinois. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et de matraques afin de mater les quelques milliers d’opposants. Prétextant des risques de pluie, les membres du gouvernement ont finalement observé la cérémonie sur des écrans depuis l’intérieur d’un centre de congrès.

Les hôpitaux de Hong Kong ont dit avoir soigné plus de 50 personnes à la suite des événements de lundi. Trois d’entre elles seraient dans un état sérieux.

Avec Baptiste Barbe