Les malheurs de Hong Kong ravivent sa rivalité avec Singapour

Singapour est considéré comme respectueux de l’État de droit, un atout clé pour attirer les investisseurs.
Photo: Roslan Rahman Agence France-Presse Singapour est considéré comme respectueux de l’État de droit, un atout clé pour attirer les investisseurs.

La réputation de centre financier stable dont bénéficie Hong Kong est fragilisée par des manifestations monstres à la suite d’un projet de loi controversé sur les extraditions vers la Chine, un revers qui pourrait profiter à Singapour même si aucun départ massif n’est pour l’instant à craindre, estiment les experts.

Le territoire chinois et la cité-État d’Asie du Sud-Est sont depuis longtemps en rivalité pour décrocher le titre de principale place financière d’Asie et attirer les sociétés internationales.

Mais la décision du gouvernement pro-Pékin de Hong Kong de faire voter une loi permettant des extraditions du territoire vers la Chine a suscité l’inquiétude de la communauté financière et précipité près de deux millions d’habitants dans la rue.

Si le texte a été suspendu, la crise politique que traverse Hong Kong « vient vraiment entacher sa réputation », souligne Lawrence Loh, un responsable de l’école de commerce de l’Université nationale de Singapour.

Et « il y aura des bénéfices immédiats » pour Singapour, prédit-il, citant des informations sur des transferts de fonds de certaines grandes fortunes.

Singapour n’est pas connue comme un bastion de la liberté d’expression, mais elle a su préserver sa souveraineté.

De l’importance de l’État de droit

Le pays de près de 6 millions d’habitants, contre 7 millions pour Hong Kong, est aussi considéré comme respectueux de l’État de droit, un atout clé pour attirer les investisseurs. Un nombre croissant de sociétés étrangères se tournent d’ailleurs vers Singapour pour régler leurs conflits commerciaux.

« L’entrée en vigueur arbitraire d’une telle loi conduirait forcément des entreprises vers Singapour », a souligné Richard Harris, directeur général de Port Shelter Investment, dans le quotidien hongkongais South China Morning Post.

Les adversaires du texte craignent que les habitants et les expatriés ne se retrouvent devant la justice chinoise, notoirement opaque et dépendante du pouvoir politique.

Pour les critiques, ce projet de loi sur l’extradition n’est que le dernier signe d’un travail de sape engagé contre un système judiciaire qui paraît de plus en plus sous emprise chinoise.

Si vous cherchez à ouvrir une première représentation, « vous examinerez probablement la probabilité que ces lois soient réactivées », dit Davis Webb, un investisseur hongkongais qui plaide pour un renforcement de la gouvernance d’entreprise.

Pourtant, si quelques défections sont signalées à Hong Kong, elles ne devraient pas être massives, estiment les experts.

Une cité-État loin d’être un eldorado

Singapour se met en avant comme une alternative moins surpeuplée et plus organisée que Hong Kong, même si la cité-État est aussi vue comme un micropays ennuyeux où les libertés civiles sont réprimées.

Les médias du pays subissent un étroit contrôle et les défenseurs des droits de la personne soulignent que l’opposition et les activistes sont souvent muselés par des procès en diffamation ruineux.

« Les sociétés qui veulent investir en Chine préfèrent Hong Kong à Singapour du fait de sa proximité » avec la deuxième économie mondiale, note Abhineet Kaul de la société de conseil Frost Sullivan.

« Je ne pense pas que les incertitudes et la perte de confiance ont atteint un point tel que l’on va voir les vannes lâcher » et des départs massifs, a-t-il relevé.

Hong Kong est pour les investisseurs étrangers une porte d’entrée vers la Chine et bénéficie de libertés inconnues sur le continent en vertu de l’accord de rétrocession de 1997 conclu entre la Grande-Bretagne et Pékin.

L’île a une large communauté d’expatriés et est fière de sa réputation de capitale financière de la région.

Mais son statut privilégié reste temporaire puisque l’accord expire en 2047 et que l’on a assisté ces dernières années à une emprise croissante de Pékin sur ses institutions.

« Singapour n’est pas connue comme un bastion de la liberté d’expression, mais elle a su préserver sa souveraineté », relève David Webb.