L’orage gronde à Hong Kong

Mercredi, les policiers ont lancé des gaz lacrymogènes et ont tiré des balles de caoutchouc sur la foule de manifestants.
Photo: Philip Fong Agence France-Presse Mercredi, les policiers ont lancé des gaz lacrymogènes et ont tiré des balles de caoutchouc sur la foule de manifestants.

De violents heurts faisant plus de 70 blessés ont opposé manifestants et policiers à Hong Kong, mercredi, après que les protestataires eurent provoqué le report de l’examen du projet de loi controversé ouvrant la porte à des extraditions vers la Chine continentale.

Dès le petit matin, des manifestants s’étaient postés aux alentours du Conseil législatif pour en bloquer l’accès aux parlementaires et paralyser la circulation dans le quartier du gouvernement. Au fil de la journée, des dizaines de milliers de Hongkongais, surtout des jeunes, les ont rejoints.

Face à cette mobilisation, le secrétariat du Conseil législatif a annoncé que les débats sur le projet de loi devant débuter ce jour-là étaient reportés à une « date ultérieure ».

En après-midi, toutefois, des violences ont éclaté. Les forces de l’ordre ont repoussé les contestataires qui tentaient d’entrer dans le Conseil législatif à coups de matraque et avec du gaz poivre, pour finir par tirer des balles en caoutchouc et recourir à du gaz lacrymogène.

Certains manifestants n’y sont pas allés de main morte non plus, jetant barres de métal, bouteilles et briques en direction des policiers.

Globalement, des observateurs sur place notent toutefois que la majorité des manifestants n’ont pas fait preuve de violence.

Amnistie internationale a d’ailleurs jugé que la police « a profité des actes violents d’une petite minorité pour en tirer prétexte et recourir à un usage excessif de la force contre la vaste majorité des manifestants pacifiques ».

Les autorités à la tête du territoire semi-autonome, très proches de Pékin, veulent adopter une loi permettant l’extradition de prisonniers même vers les pays avec lesquels elle ne partage pas d’accord encadrant cette procédure.

Carrie Lam, la chef de l’exécutif de Hong Kong, a réitéré cette intention mercredi, comparant les manifestants à des enfants têtus — même si une grande partie de la population les appuie.

Regards de l’étranger

Mercredi, quelques capitales ont exprimé des inquiétudes face à la montée de la tension à Hong Kong.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, s’est dite préoccupée par les effets possibles du projet de loi sur les citoyens canadiens à Hong Kong et sur le commerce.

« Nous exhortons le gouvernement de Hong Kong à écouter son peuple et ses nombreux amis dans le monde entier et à prendre le temps de procéder à des consultations approfondies et à un examen approfondi avant d’apporter toute modification à l’ordonnance sur les délinquants fugitifs », peut-on lire dans un communiqué officiel de la ministre.

L’Union européenne a quant à elle appelé au « respect » des droits des protestataires, tout en soulignant « partager plusieurs » de leurs inquiétudes. Le président américain a expliqué pour sa part qu’il comprenait « la raison pour les manifestations » et s’est dit certain que Hong Kong et Pékin « seraient capables de s’arranger ».

En vertu de l’accord de rétrocession entré en vigueur en 1997, l’ex-colonie dispose d’un système judiciaire indépendant de celui du reste de la Chine.

Dimanche, on estime qu’un million de personnes sont descendues dans les rues pour protester contre le projet de loi sur les extraditions et l’influence croissante de Pékin sur la cité.

Pour bon nombre de Hongkongais, il est impératif de s’opposer au projet de loi — même s’il sera probablement adopté par le Conseil législatif, où les députés prochinois sont majoritaires — car ils craignent que ce soit leur dernière chance de s’exprimer librement.

Avec l’Agence France-Presse