Des Canadiens craignent la réforme judiciaire de Hong Kong

Les manifestations pourraient reprendre dès mercredi, à Hong Kong, alors que le projet de loi décrié suivra son cours législatif.
Photo: Dale De La Rey Agence France-Presse Les manifestations pourraient reprendre dès mercredi, à Hong Kong, alors que le projet de loi décrié suivra son cours législatif.

Le processus de modification des lois d’extradition à Hong Kong, qui permettrait l’envoi d’accusés vers la Chine continentale, pourrait nuire aux relations entre le Canada et le territoire, particulièrement dans le climat tendu qui prévaut depuis plusieurs mois entre Ottawa et Pékin. La réforme est perçue comme une prise de contrôle de la justice hongkongaise par le régime autoritaire chinois, mais également comme une atteinte aux libertés civiles et à l’autonomie de Hong Kong, ce qui risque d’inciter plusieurs étrangers à aller voir ailleurs.

« Il va y avoir un impact très négatif chez les Canadiens qui travaillent à Hong Kong ou qui y font des affaires, dit Bin Han, président du bureau montréalais de l’Association commerciale Hong Kong Canada (ACHKC). Le timing n’est vraiment pas bon et va être à l’avantage de Singapour, où les investissements et les bureaux pourraient être déplacés. »

Hong Kong, ville internationale, voit son statut particulier menacé par une réforme des lois d’extradition qui, pour la première fois depuis la rétrocession de l’ex-territoire britannique à la Chine, vise notamment à autoriser le transfert d’accusés vers le continent chinois pour qu’ils y soient jugés. Les crimes passibles d’une peine de sept ans d’emprisonnement et plus sont ciblés par cette réécriture législative. Hong Kong ne veut plus être un « refuge pour criminels », dont plusieurs Chinois auraient profité dans les dernières années pour ne pas avoir à affronter la justice chinoise. Une justice critiquée pour son manque d’indépendance et son caractère souvent arbitraire.

Un « pays, deux lois »

Or, pour les défenseurs des droits civils, ce changement menace le principe d’« un pays, deux lois » qui prévaut à Hong Kong depuis 1997 et qui en fait techniquement un État de droit appartenant à la Chine. Les nouvelles règles d’extradition pourraient aussi être utilisées par Pékin pour s’attaquer aux opposants chinois vivant à Hong Kong et pour faire sortir de la ville des figures de l’opposition politique au régime chinois et à son parti unique, dénoncent plusieurs.

Les autorités de Hong Kong ont assuré que des mesures seront prises pour éviter les abus, mais dimanche des milliers de Hongkongais sont descendus dans les rues pour manifester leurs craintes. De nouvelles manifestations sont à prévoir mercredi lorsque le projet de loi va poursuivre son chemin législatif en deuxième lecture.

Selon Bin Han, environ 500 000 personnes vivent avec un passeport canadien à Hong Kong. « Si le cadre légal change, cela va faire augmenter les risques pour eux dans le climat froid actuel entre le Canada et la Chine », dit-il.

L’arrestation de la dirigeante de la compagnie de technologie Huawei, Meng Wanzhou, à Vancouver en décembre dernier, a dégradé cette relation diplomatique. Deux Canadiens, l’ex-diplomate Michael Kovrig et l’homme d’affaires Michael Spavor, ont été arrêtés. La Chine les accuse de violation de la sécurité nationale.

Pour Human Rights Watch, les interférences de la Chine continentale à Hong Kong sont de plus en plus importantes et ébranlent les libertés civiles sur cet ex-territoire britannique. En 2014, les manifestations pacifiques contre Pékin, baptisé le Mouvement des parapluies, ont entraîné l’arrestation et la condamnation de plusieurs leaders étudiants. Leurs peines allaient de six à huit mois de prison.