Le régime chinois justifie discrètement «l’incident» Tian’anmen

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, les chars de l’Armée populaire de libération ont mis fin brutalement à sept semaines de manifestations pour la démocratie, aiguillées par les étudiants et centrées sur la place Tian’anmen.
Photo: Catherine Henriette Agence France-Presse Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, les chars de l’Armée populaire de libération ont mis fin brutalement à sept semaines de manifestations pour la démocratie, aiguillées par les étudiants et centrées sur la place Tian’anmen.

Washington a regretté lundi que les espoirs d’ouverture en Chine aient été « balayés » 30 ans après l’écrasement du mouvement pro-démocratie de Tian’anmen, alors que Pékin a plutôt justifié la répression sanglante.

Comme chaque année à l’approche de l’anniversaire du 4 juin 1989, le régime communiste veillait fermement au maintien de la chape de plomb pesant sur ces événements, emprisonnant les dissidents et accentuant sa censure d’Internet.

 

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, les chars de l’Armée populaire de libération ont mis fin brutalement à sept semaines de manifestations pour la démocratie, aiguillées par les étudiants et centrées sur la place Tian’anmen, l’immense esplanade du coeur de Pékin. La répression, qui a fait des centaines de morts, voire plus d’un millier, reste un sujet tabou en Chine.

Un événement « oublié »

Mais dans une très rare allusion à ces événements, un organe de la presse d’État s’est félicité lundi que « l’incident » du 4 juin 1989 soit « devenu un événement historique oublié ». La répression sanglante de Tian’anmen a « immunisé la Chine » contre l’agitation politique, a assuré le quotidien de langue anglaise Global Times, très proche du parti au pouvoir.

Dans un éditorial, ne figurant pas dans la version du journal en langue chinoise, ce quotidien officiel a même estimé que l’oubli entourant Tian’anmen avait permis à la Chine de poursuivre son spectaculaire développement économique. « Depuis l’incident, la Chine est parvenue à devenir la deuxième économie mondiale, avec une amélioration rapide du niveau de vie », a salué le journal.

L’ensemble des autres médias ont gardé le silence sur l’anniversaire du massacre.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a plutôt profité de l’anniversaire pour critiquer l’attitude du régime chinois. « Dans les décennies qui ont suivi [la répression], les États-Unis ont espéré que l’intégration de la Chine dans la communauté internationale déboucherait sur une société plus ouverte et tolérante. Ces espoirs ont été balayés. L’État chinois à parti unique ne tolère aucune dissidence et viole les droits de la personne chaque fois que c’est dans son intérêt », a-t-il affirmé.

Rendant un hommage appuyé aux « héros du peuple chinois qui se sont courageusement levés il y a 30 ans place Tian’anmen pour exiger leurs droits », le patron du département d’État américain a appelé les autorités de Pékin à publier un bilan des morts et disparus d’alors, ce qu’elles n’ont jamais fait.

Le gouvernement taïwanais a de son côté condamné plus fermement qu’à l’habitude des événements de 1989. « Nous appelons fermement les autorités chinoises à regarder en face leurs erreurs historiques et à présenter au plus vite des excuses sincères », a déclaré l’organe chargé des relations avec le régime communiste.