Le Japon demande aux médias internationaux de revoir l’ordre des choses

Le ministre des Affaires étrangères Taro Kono... ou Kono Taro selon la coutume japonaise.
Photo: Pavel Golovkin Associated Press Le ministre des Affaires étrangères Taro Kono... ou Kono Taro selon la coutume japonaise.

Il va falloir revoir l’ordre des choses. La nouvelle ère impériale qui s’est ouverte le mois dernier au Japon, l’ère Reiwa (harmonie ordonnée), devrait servir de base pour remettre les noms japonais dans le sens de la tradition. Comment ? En nommant d’abord le nom de famille, puis le prénom, comme les Occidentaux le font déjà pour les personnalités chinoises et coréennes, comme Xi Jinping et Moon Jae-in, présidents de la Chine et de la Corée du Sud.

C’est du moins l’appel lancé cette semaine par le ministre des Affaires étrangères Kono Taro — nommé ici selon la coutume japonaise — aux médias étrangers. L’arrivée d’un nouvel empereur, Naruhito, 58 ans, mais également la tenue, fin juin, du sommet du G20 à Osaka justifie, selon lui, cette réorganisation traditionnelle des noms, chambardés par l’ouverture du Japon à l’Occident à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

« J’ai l’intention de demander aux organisations médiatiques internationales de faire ce changement », a dit Kono Taro en citant un rapport du Conseil national de la langue du ministère de l’Éducation, qui appelait en 2000 à inscrire le nom de famille en premier dans toutes les circonstances, par respect des coutumes japonaises. « Les médias nationaux qui ont des services [en langue étrangère] devraient également le considérer. »

Défense de l’identité japonaise

Fini donc l’ère de Shinzo Abe, l’actuel premier ministre, qui, à l’avenir, devrait devenir Abe Shinzo si l’appel est entendu. Même chose pour le grand compositeur Sakamoto Ryuichi, le dessinateur Miyazaki Hayao ou encore la réalisatrice Kawase Naomi, pour ne citer qu’eux.

« Cette demande est étonnante, mais elle est facile à comprendre, résume à l’autre bout du fil l’anthropologue Bernard Bernier, spécialiste du Japon, qui dans ses cours respecte la façon japonaise de nommer les gens. Elle témoigne d’une volonté d’affirmation de la culture nationale » que l’État souhaite apporter au-delà de ses frontières.

Selon lui, le « gouvernement très nationaliste » et conservateur actuel tient à passer par ce retour à la tradition pour se présenter en défenseur de l’identité japonaise. Entre autres.

L’inversion coutumière vient également corriger une incohérence puisque le Japon est un des rares pays d’Asie dont les noms en usage à l’intérieur du pays ne sont pas respectés dans les médias étrangers. Contrairement à ses proches voisins.