L’Inde et le Bangladesh frappés par un puissant cyclone

À Puri, ville indienne d’environ 200 000 habitants, 160 personnes ont été blessées lors du passage du cyclone «Fani».
Photo: Dibyangshu Sarkar Agence France-Presse À Puri, ville indienne d’environ 200 000 habitants, 160 personnes ont été blessées lors du passage du cyclone «Fani».

Calcutta était étrangement calme, vendredi soir, alors que le cyclone Fani, le plus puissant dans l’océan Indien depuis des années, avançait vers la mégapole indienne en laissant un sillage de morts et de destructions. Le cyclone a touché l’est de l’Inde vendredi matin dans l’État d’Odisha (46 millions d’habitants), tuant au moins huit personnes et une autre au Bangladesh voisin, qu’il devrait frapper après Calcutta, selon l’agence Press Trust of India (PTI).

Le monstre météorologique, avec des vents dépassant 200 km/h, s’est fait sentir jusqu’au lointain mont Everest, arrachant des arbres et coupant l’eau, l’électricité et les communications sur son passage.

En prévision de son arrivée, les autorités de l’Odisha, où 10 000 personnes avaient été tuées en 1999 par un cyclone, avaient fait évacuer plus d’un million de personnes, craignant une montée des eaux pouvant atteindre jusqu’à un mètre et demi. Huit personnes ont péri en Inde, dont un adolescent et une femme frappée par des débris de béton, selon PTI. Les autorités de l’Odisha n’ont pu confirmer ce bilan.

Environ 160 blessés à Puri

Fani a touché terre à Puri, ville indienne côtière de 200 000 habitants célèbre pour son temple de Shree Jagannath, l’un des plus sacrés de l’hindouisme, qui accueille des millions de pèlerins chaque année et a été épargné. « Environ 160 personnes ont été blessées à Puri », a indiqué un responsable des secours, Prabhat Mahapatra.

Au Bangladesh, plus au nord, où 400 000 personnes ont été évacuées de villages côtiers vers des abris en dur, les autorités ont annoncé la mort d’une femme tuée par un arbre. Quatorze villages ont été inondés lorsque des digues se sont rompues à cause de la montée des eaux.

L’ordre d’évacuation a également été donné à des centaines de milliers de personnes de l’État indien du Bengale occidental, où les aéroports ont été fermés et les routes et lignes de chemin de fer fermées. « Tout est devenu noir d’un coup et, soudain, on n’y voyait plus à cinq mètres », a témoigné un homme réfugié dans un hôtel de Puri. « Les étals de nourriture et les enseignes se sont envolés. Le vent est assourdissant. » L’électricité et l’eau ont été coupées dans la plupart des quartiers de la ville, et des centaines d’arbres déracinés. Un autre témoin a raconté avoir vu une voiture être poussée, puis retournée par le vent sur une avenue.

Alors que Fani se dirige vers le nord-est, perdant de sa puissance, mais continuant à faire des dégâts, les autorités de l’Odisha tentaient de dégager les routes encombrées d’arbres arrachés et autres débris et de rétablir les communications. Des pylônes électriques sont tombés, des toits ont été arrachés et les fenêtres de bâtiments ont été brisées. « Je n’ai jamais vu autant de destruction de ma vie », confiait Gouranga Malick, 48 ans, au milieu des ruines de sa petite maison de deux pièces détruite par la tempête à Puri.

Selon les autorités de l’Odisha, l’infrastructure électrique de l’État a été détruite par Fani. Une petite fille est née à l’hôpital de Bhubaneswar, la capitale de l’État, alors que le cyclone faisait rage. « Nous l’appelons Lady Fani », a indiqué un porte-parole de l’hôpital à PTI.

Fani avance désormais vers Calcutta, capitale du Bengale occidental comptant 4,5 millions d’habitants, qu’il devrait toucher vers minuit (18 h 30 GMT). Des pluies diluviennes tombent sur la ville depuis plusieurs heures. La ville, habituellement très animée, était déserte, ses commerces fermés, et quelques rares véhicules se risquaient dans les rues. « Nous avons vu comment le cyclone a ravagé certains quartiers de Bhubaneswar. Nous ne voulons prendre aucun risque. Nous allons essayer de survivre au cyclone », a déclaré Subrata Das, directeur du centre commercial AXIS.

Ressenti jusque dans l’Everest

Les vents violents ont été ressentis jusqu’au massif de l’Everest, où des tentes ont été arrachées au camp 2 (6400 mètres d’altitude). Les autorités népalaises ont déconseillé aux hélicoptères de prendre l’air. Les ports ont été fermés, mais la marine indienne a envoyé six navires dans la zone. Le principal producteur de pétrole et de gaz indien, ONGC, a évacué quelque 500 employés de plateformes en mer.

Au Bangladesh, où la tempête devrait frapper samedi, plus de 4000 abris anticycloniques ont été ouverts, selon un responsable des secours, Mohammad Hashim.

L’est et le sud-est de l’Inde sont régulièrement balayés par des tempêtes tropicales entre avril et décembre. En octobre, quelque 300 000 personnes avaient été évacuées dans les districts côtiers de l’Odisha, frappés par le cyclone Titli, qui avait fait au moins deux morts. En 2017, quelque 250 personnes avaient été tuées et plus de 600 avaient disparu au passage du cyclone Ockhi dans le Tamil Nadu et le Kerala.