Au Japon, nouvel empereur pour une nouvelle ère

L’empereur Akihito avait laissé savoir qu’il souhaitait être déchargé de sa tâche en raison de sa santé et son âge.
Photo: Japan Pool via AP L’empereur Akihito avait laissé savoir qu’il souhaitait être déchargé de sa tâche en raison de sa santé et son âge.

Naruhito, fils aîné du souverain Akihito, est devenu le 126e empereur du Japon, ouvrant une nouvelle ère baptisée Reiwa (belle harmonie). Son père avait conclu mardi les cérémonies d’abdication après 30 ans de règne, cédant ainsi de son vivant le trône du Chrysanthème mercredi à minuit heure locale (mardi 15 h GMT), une première au Japon depuis plus de deux siècles.

Le moment est historique — un congé exceptionnel de dix jours a été décrété pour l’occasion —, mais le changement de souverain s’est fait sans fanfare, derrière les portes closes du palais.

Dans les quartiers festifs de la capitale (Shibuya, Shinjuku), des bars se sont joints à la célébration, émaillée de rares échauffourées entre nationalistes et militants d’extrême gauche, tandis qu’à Gifu (centre du pays), des habitants en kimono comptaient danser jusqu’au bout de la nuit.

Après une ère impériale précédente marquée par de nombreuses catastrophes naturelles, du séisme de Kobe en 1995 au tsunami du nord-est en mars 2011, et par l’éclatement de la bulle financière et immobilière, nombreux sont ceux qui espèrent que Reiwa soit « plus sûre, plus calme ».

« Symbole de l’unité du peuple »

Dans l’après-midi de mardi, Akihito, 85 ans, avait clos son règne par une courte cérémonie d’à peine dix minutes. Vêtu d’un costume queue-de-pie, il a prononcé un court discours : « J’exprime du fond du coeur ma gratitude au peuple du Japon qui m’a accepté comme symbole de l’État et m’a soutenu », a-t-il lu, reprenant la définition de son rôle inscrite dans la Constitution entrée en vigueur en 1947 et par laquelle l’empereur a perdu son statut semi-divin.

Contrairement à 1989 (mort de Hirohito, aussi appelé empereur Showa), 1926 (mort de l’empereur Taisho) ou 1912 (mort de l’empereur Meiji), le passage d’Akihito à Naruhito découle d’une loi d’exception écrite sur mesure. Le premier avait subtilement exprimé en août 2016 son souhait d’être déchargé de sa tâche, qu’il ne pourrait plus « exercer corps et âme » en raison de son âge et d’une santé sur le déclin.

Héritant des titres nouveaux d’empereur émérite et impératrice émérite, le couple impérial cède le palais à Naruhito et son épouse Masako, 59 et 55 ans. Tout le monde attend désormais le premier discours de Naruhito mercredi, après l’intronisation. Il devrait y distiller l’esprit qu’il compte donner à son règne.

Akihito a oeuvré à conférer une substance au rôle constitutionnel de « symbole de l’unité du peuple », et Naruhito promet de s’inscrire dans cette continuité. Il a déjà signifié qu’il continuerait à faire en sorte que les exactions du Japon durant la guerre ne soient pas passées sous silence pour les générations futures. Il aura aussi à coeur de continuer à soutenir les victimes de désastres naturels.