La pratique bouddhiste du Falungong survit en Chine dans le secret

Le mouvement a proliféré dans de nombreux pays, particulièrement auprès de la diaspora chinoise.
Photo: Sam Yeh Agence France-Presse Le mouvement a proliféré dans de nombreux pays, particulièrement auprès de la diaspora chinoise.

Dans la position du lotus, deux femmes bougent lentement les bras au-dessus de la tête, dans l’anonymat d’un appartement. Des gestes d’apparence anodins, mais bannis en Chine où cette gymnastique du Falungong est combattue depuis 20 ans.

Mis hors la loi en 1999, le mouvement d’inspiration bouddhiste n’est plus que l’ombre de lui-même en Chine, où il revendiquait avant son interdiction pas moins de 70 millions de membres — soit plus que le Parti communiste chinois (PCC) à l’époque.

Le 25 avril 1999, plus de 10 000 de ses membres lancent un défi inattendu au régime en se rassemblant en silence devant le siège du pouvoir à Pékin. Ils sont les premiers à oser contester publiquement l’autorité du Parti depuis les manifestations de Tiananmen, écrasées dans le sang dix ans plus tôt.

Trois mois après la manifestation silencieuse, la répression s’abat sur les adeptes du mouvement, qui avaient pour habitude de pratiquer leurs exercices matinaux dans les parcs. Des dizaines de milliers de personnes, voire plus, sont interpellées.

Une campagne de dénonciation à l’encontre de « la secte malfaisante », qui fonde largement sa popularité sur des exemples de guérisons miraculeuses, déferle dans les médias. Elle durera des mois.

La répression déchire des familles. Une femme originaire du nord de la Chine raconte à l’AFP que son père a été forcé par les autorités de frapper sa propre soeur afin de la faire renoncer au Falungong. « Ma tante l’a détesté pendant des années », témoigne-t-elle.

Vingt ans plus tard, le groupe conserve pourtant des adeptes en Chine, où ils sont toujours l’objet d’arrestations et de tortures, selon des associations de défense des droits de la personne. Ceux-ci en sont réduits à faire leurs exercices dans la clandestinité. « Peu importe la répression, je n’y pense pas trop, déclare dans l’appartement l’une des deux adeptes, qui a demandé l’anonymat. Je fais tout simplement ce que je veux faire. »

Fondé en 1992 par Li Hongzhi, un homme alors âgé d’une quarantaine d’années qui devait émigrer quatre ans plus tard aux États-Unis, le Falungong avait à ses débuts, comme d’autres mouvements de qi gong, le soutien des autorités, qui y voyaient un bon moyen d’entretenir à moindres frais la santé de la population.

Il fleurira aussi sur le matérialisme laissé par l’abandon de facto de l’idéal socialiste et par le contrôle étroit des religions établies.

Interdit en Chine continentale, le mouvement a proliféré dans de nombreux pays, particulièrement auprès de la diaspora chinoise. Il s’est aussi radicalisé, s’en prenant parfois à des experts pour l’avoir comparé à une secte, souligne David Ownby, historien à l’Université de Montréal et spécialiste du Falungong.

À Hong Kong, ses adeptes distribuent souvent des tracts et tentent de discuter avec les touristes originaires du reste de la Chine. « Le ciel détruira le Parti communiste chinois », promettent-ils à l’envi dans les rues de l’ancienne colonie britannique.

L’un d’entre eux, Zhang Yucheng, 76 ans, assure pourtant qu’il n’a rien d’un dissident. « J’étais membre du PCC », raconte-t-il. Mais quand le Parti a entrepris « de combattre le Falungong et de répandre des mensonges », M. Zhang a dû choisir son camp et quitter la Chine continentale, explique-t-il.

Si la campagne contre le Falungong est un souvenir lointain, Pékin reste vigilant et a mis en place des organes « anti-sectes » dans les grandes villes du pays.

Plus de 900 adeptes du mouvement ont encore été condamnés à des peines de prison entre janvier 2013 et juin 2016, selon un rapport de l’association Freedom House, financée par les États-Unis.

Le régime communiste « est calme en apparence, mais il maintient son contrôle sous la surface », confie la femme du nord de la Chine. « Ça ne s’est pas arrangé, qu’il s’agisse des écoutes téléphoniques ou bien des visites à répétition à domicile. »

Cette année, des affiches sont apparues sur les murs de Pékin pour mettre en garde contre l’influence des sectes. « Ouvrez les yeux et restez en éveil », ordonne le message.