Thaïlande: des élections législatives auront lieu dimanche

Depuis le coup d’État de 2014, la junte militaire est à la tête du pays. 
Photo: Lillian Suwanrumpha Agence France-Presse Depuis le coup d’État de 2014, la junte militaire est à la tête du pays. 

Des législatives sont organisées dimanche en Thaïlande, pour la première fois depuis huit ans, un test pour la junte militaire au pouvoir depuis un coup d’État et qui rêve de se convertir en force politique.

« Êtes-vous prêts à continuer à vivre de la sorte pendant les cinq prochaines années ? », a lancé cette semaine lors d’un meeting électoral, devant un public chauffé à blanc, Sudarat Keyuraphan, candidate du principal parti d’opposition, le Pheu Thai, de l’ex-premier ministre en exil Thaksin Shinawatra.

La foule de milliers de partisans de l’opposition réunis à Khon Kaen, dans l’est du pays, ont abondamment hué la junte.

C’est en effet cette importante région rizicole qui assure depuis vingt ans les victoires électorales de Thaksin Shinawatra, lequel reste un acteur politique clef malgré son exil pour échapper à des poursuites qu’il juge politiques.

« Nous aimons toujours Thaksin… Nous voulons qu’il revienne ! », témoigne dans la foule Lamoon Moosorping, un riziculteur bien décidé à ne pas laisser la junte militaire rester au pouvoir.

Pourtant les militaires ont tenté de séduire les électeurs, alternant annonces de grands travaux sur 20 ans et subventions aux paysans.

Depuis le coup d’État de 2014 qui a renversé le gouvernement de la soeur de Thaksin, Yingluck Shinawatra, elle aussi en exil, les généraux manient en alternance le bâton et la carotte, entre promesse de « bonheur » pour tous et répression de l’opposition, autorisée à se réunir depuis quelques mois seulement.

Les militaires ont aussi pris le temps de préparer le terrain de leur victoire, contrairement au coup d’État de 2006, après lequel ils avaient rapidement permis des élections, qui avaient été remportées par Thaksin.

Cette fois-ci, ils ont changé la Constitution de façon à s’assurer que, même en cas de victoire du parti de Thaksin aux législatives de dimanche, sa majorité parlementaire soit contrôlée par un Sénat nommé par les militaires.

A cela s’ajoute un nouveau système électoral, qui rend très difficile à un grand parti de rafler la majorité des 500 sièges du parlement et « empêche les partis pro-Thaksin d’obtenir trop de députés », décrypte le politologue Thitinan Pongsudhirak, de l’université Chulalongkorn de Bangkok.

Un second parti créé par le clan Shinawatra pour contourner ce système a d’ailleurs été dissous par la Cour constitutionnelle : il avait eu l’impudence de proposer la soeur du roi de Thaïlande, la princesse Ubolratana, comme candidate au poste de premier ministre en cas de victoire, ce qui aurait été une révolution dans cette monarchie constitutionnelle.

Un milliardaire séduit les jeunes

La fidélité de l’électorat à Thaksin et le positionnement des jeunes électeurs (avec sept millions de primo-électeurs sur un total de 51 millions) sont les deux principales inconnues du scrutin.

Un nouveau venu en politique, Thanatorn Juangroongruangkit, milliardaire de 40 ans et virulent opposant de la junte, séduit les jeunes électeurs et pourrait être un allié de poids pour Thaksin.

« Nous avons besoin de changement. Thanatorn est une lumière au milieu de toute cette noirceur », témoigne Cherry, jeune partisane de son parti « Future Forward » (« En avant l’avenir »).

Mais, avec le changement du système électoral, la victoire du parti créé spécialement pour ce scrutin par les militaires, le Palang Pracharat, reste la piste la plus probable.

Avec dans la foulée, l’élection au poste de premier ministre du chef actuel de la junte, le général Prayut Chan-O-Cha, qui tente de se donner une image de modernité et de proximité avec le peuple, posant dans les transports en commun, ouvrant un compte Instagram ou écrivant une ballade électorale louant la « voie démocratique »…

Avec les 250 sénateurs nommés par les militaires, le Palang Pracharat n’aura besoin que de 126 sièges à la chambre basse du Parlement pour s’assurer une majorité parlementaire. Et ce sans compter la myriade de petits partis pro-junte créés.

L’opposition en revanche aurait besoin de réaliser le pari, mathématiquement quasi impossible, d’obtenir 376 sièges sur 500.

Ces 500 députés élus dimanche auront pour première mission d’élire le premier ministre.

Le général « Prayut va vraisemblablement revenir comme premier ministre. Mais il ne pourra pas former de gouvernement », assure Jatuporn Promphan, meneur des « chemises rouges », mouvement pro-Thasin, prompt à mobiliser les foules de manifestants pendant des semaines.