Vives tensions au Pakistan après une «frappe» indienne

Des manifestants pakistanais brûlent une pancarte à l'effigie du premier ministre indien, Narendra Modi, mardi à Peshawar.
Photo: Muhammad Sajjad Agence France-Presse Des manifestants pakistanais brûlent une pancarte à l'effigie du premier ministre indien, Narendra Modi, mardi à Peshawar.

L’Inde a procédé mardi à une frappe aérienne au Pakistan qui visait selon elle un groupe islamiste, provoquant un nouvel accès de fièvre entre ces deux puissances nucléaires autour de la région disputée du Cachemire.

Les tensions étaient déjà très vives entre ces pays voisins depuis l’attentat suicide dans la partie indienne du Cachemire qui a provoqué la mort d’au moins 40 paramilitaires indiens le 14 février et a été revendiqué par le groupe islamiste insurgé Jaish-e-Mohammed (JeM), établi au Pakistan.

Islamabad, dénonçant mardi une « agression intempestive », a démenti qu’un « camp terroriste » ait été visé près de Balakot, dans le nord-est du Pakistan, non loin du Cachemire, et promis de répliquer « à l’heure et à l’endroit de son choix ». Une réunion de l’instance chargée de superviser l’arsenal nucléaire a en outre été convoquée pour mercredi, a fait savoir un porte-parole de l’armée.

Ces événements ont provoqué l’inquiétude de la communauté internationale. La Chine et l’Union européenne ont ainsi appelé mardi les deux pays à « la retenue ».

Dans cette opération, un très grand nombre de terroristes, de formateurs, de commandants de haut rang et de djihadistes entraînés aux attentats suicides de Jaish-e-Mohammed ont été éliminés

La France, de son côté, a défendu « la légitimité de l’Inde à assurer sa sécurité contre le terrorisme transfrontalier » et demandé au Pakistan de « mettre fin aux agissements des groupes terroristes installés sur son territoire ».

L’Inde et le Pakistan se sont livré trois guerres dans le passé, dont deux au sujet du Cachemire, une région himalayenne en majorité peuplée de musulmans divisée entre ces deux pays qui la revendiquent chacun depuis des décennies.

Frappe préventive

Les autorités indiennes ont expliqué leur action mardi par le fait que le groupe rebelle JeM préparait de nouveaux attentats suicides en Inde.

« Au vu du danger immédiat, une frappe préventive est devenue absolument nécessaire », a déclaré Vijay Gokhale, un haut responsable de la diplomatie indienne à New Delhi.

« Aux premières heures aujourd’hui, l’Inde a frappé le plus grand camp d’entraînement de Jaish-e-Mohammed à Balakot », a dit M. Gokhale, qualifiant ce raid d’« action préventive non militaire » et « spécifiquement ciblé sur le camp de JeM ».

« Dans cette opération, un très grand nombre de terroristes, de formateurs, de commandants de haut rang et de djihadistes entraînés aux attentats suicides de Jaish-e-Mohammed ont été éliminés », a-t-il poursuivi.

Le Pakistan a réagi avec colère dénonçant des affirmations « fictives » à destination du public indien « dans un contexte électoral » au prix d’« un risque sérieux pour la paix et la stabilité régionales ».

New Delhi n’a pas donné officiellement de détails sur les modalités de cette opération, mais la presse locale rapportait qu’elle avait pris la forme d’un bombardement aérien effectué par des avions de chasse Mirage 2000.

Escalade

Selon les analystes, le fait que la frappe ait eu lieu en territoire pakistanais hors du Cachemire est le signe d’une possible escalade entre les deux pays.

En décrivant l’opération de mardi comme une « action préventive non militaire » ayant seulement visé un groupe islamiste et non l’État pakistanais, New Delhi cherche toutefois à limiter ses répercussions, selon Samir Saran, le président de l’Observer Research Foundation à New Delhi.

Le message ainsi adressé par l’Inde au Pakistan est de « lui dire que nous ne voulons pas l’escalade. C’est pourquoi nous disons que c’est une mesure préventive. Vous n’avez pas besoin d’en faire une guerre, si vous ne le voulez pas ».