Thaïlande: une Saoudienne en exil pris en charge par l’ONU

Le HCR a déclaré que, conformément au principe de non-refoulement, les demandeurs d’asile ne peuvent être renvoyés dans leur pays d’origine si leur vie est menacée.
Photo: Compte Twitter de Rahaf Mohammed Al-Qunun Le HCR a déclaré que, conformément au principe de non-refoulement, les demandeurs d’asile ne peuvent être renvoyés dans leur pays d’origine si leur vie est menacée.

Une jeune Saoudienne demandeuse d’asile, arrêtée dimanche à l’aéroport de Bangkok, a été placée sous la protection du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) de l’ONU, après une forte mobilisation des réseaux sociaux autour de son arrestation.

Rahaf Mohammed al-Qunun, 18 ans, a été « autorisée à rester » en Thaïlande et a quitté dans la soirée l’aéroport international de Bangkok avec des représentants du HCR, a déclaré à la presse le chef de la police de l’immigration thaïlandaise, Surachate Hakparn.

« Elle est maintenant sous la protection du HCR et nous avons également envoyé la sécurité thaïlandaise pour aider à prendre soin [d’elle] », a expliqué le haut gradé, précisant que la jeune femme avait informé les représentants du HCR de sa volonté « de rester en Thaïlande encore un moment pendant qu’elle demande l’asile à un pays tiers ».

« Si elle ne veut pas partir, elle ne sera pas renvoyée contre son gré », avait-il assuré auparavant devant des journalistes de la presse internationale venus en nombre à l’aéroport. Selon lui, le HCR doit statuer sur son cas « d’ici cinq jours », ce qui n’a pas été confirmé.

De son côté, Rahaf Mohammed al-Qunun a assuré, dans un tweet, qu’elle se sentait en sécurité « sous la protection du HCR avec l’accord des autorités thaïlandaises », ajoutant que son passeport lui avait été restitué.

À Genève, un porte-parole du HCR, Babar Baloch, a confirmé que la jeune femme avait « quitté l’aéroport pour un endroit sûr en ville » et qu’elle serait interrogée dès qu’elle aurait pris du repos.

Multiples rebondissements

Cette affaire a pris une dimension particulière après le récent meurtre au consulat saoudien d’Istanbul en Turquie du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

La jeune Saoudienne affirme avoir subi des violences physiques et psychologiques de la part de sa famille et craint pour sa vie si elle rentre dans son pays.

Elle devait au départ être renvoyée en Arabie saoudite via le Koweït dans un avion qui a décollé lundi matin de Bangkok. Mais le vol est finalement parti sans elle, car elle s’est barricadée dans une chambre d’hôtel de l’aéroport, comme elle l’a montré dans une vidéo publiée sur son compte Twitter.

Un recours déposé par une avocate thaïlandaise pour tenter d’empêcher le renvoi de la jeune Saoudienne dans son pays avait été rejeté lundi après-midi. Mais, face à la pression internationale et à la forte médiatisation de l’affaire sur les réseaux sociaux, la Thaïlande a décidé de ne pas la renvoyer dans son pays si elle ne le souhaitait pas.

La jeune femme envisage de demander l’asile en Australie. L’île continent a contacté le HCR et les autorités thaïlandaises pour « obtenir des garanties » afin qu’elle puisse accéder au processus d’obtention du statut de réfugié, a fait savoir un porte-parole du gouvernement australien.

Le HCR a déclaré de son côté que, conformément au principe de non-refoulement, les demandeurs d’asile ne peuvent être renvoyés dans leur pays d’origine si leur vie est menacée.

L’arrestation et l’éventuel renvoi dans son pays de Rahaf Mohammed al-Qunun ont suscité de vives réactions et une pétition a été lancée sur Change.org pour plaider sa cause.

Craintes

Rahaf Mohammed al-Qunun assure avoir été arrêtée par des responsables saoudiens et koweïtiens à son arrivée à l’aéroport de Bangkok. Mais l’ambassade saoudienne a nié que ses représentants aient été présents à l’intérieur du terminal, ajoutant sur Twitter « être en contact constant avec la famille de la jeune femme ».

Cette dernière accuse sa famille de l’avoir enfermée dans une pièce durant six mois simplement parce qu’elle s’était coupé les cheveux.

L’immigration thaïlandaise affirme de son côté qu’elle tentait d’échapper à un mariage arrangé.

L’Arabie saoudite est connue pour ses nombreuses restrictions envers les femmes. Elles sont notamment soumises à la tutelle d’un homme — leur père ou leur mari, par exemple — qui exerce sur elles une autorité arbitraire et prend à sa place les décisions importantes. Une femme, jugée pour avoir commis un crime « moral », peut être punie violemment par sa famille, y compris être tuée dans ce qu’on appelle un « crime d’honneur ».