Première victoire de taille pour #MeToo en Inde

Le ministre M.J. Akbar a annoncé mercredi renoncer à ses fonctions pour se défendre à titre personnel des accusations qu’il dément.
Photo: Prakash Singh Archives Agence France-Presse Le ministre M.J. Akbar a annoncé mercredi renoncer à ses fonctions pour se défendre à titre personnel des accusations qu’il dément.

Le mouvement citoyen contre le harcèlement sexuel #MeToo a enregistré mercredi sa première victoire de taille en Inde, avec la démission d’un ministre du gouvernement nationaliste hindou mis en cause par une vingtaine de femmes.

Vétéran du journalisme devenu un ministre des Affaires étrangères de seconde classe — l’équivalent d’un secrétaire d’État — du gouvernement de Narendra Modi, M.J. Akbar a annoncé mercredi renoncer à ses fonctions pour se défendre à titre personnel des accusations qu’il dément.

« J’estime approprié d’abandonner mes responsabilités et de combattre les fausses accusations contre moi, également en ma capacité personnelle », a déclaré M. Akbar, 67 ans, dans un communiqué intervenant après plus d’une semaine de tempête médiatique.

Réalisateurs, humoristes, journalistes... Plusieurs personnalités indiennes de l’industrie du spectacle et des médias se sont vues accusées publiquement ces derniers jours de comportement inapproprié envers des femmes dans cette société patriarcale.

La campagne féministe #MeToo a d’ores et déjà entraîné une série de démissions et d’enquêtes internes dans le géant d’Asie du Sud depuis le début du mois d’octobre, trouvant un écho dans ce pays de 1,25 milliard d’habitants plus d’un an après son apparition aux États-Unis.

L’étincelle est partie d’une comédienne de Bollywood, Tanushree Dutta, qui a réitéré dans une entrevue ses accusations de conduite déplacée de la part du célèbre acteur Nana Patekar — qui nie — durant le tournage d’une comédie romantique en 2008.

Le mouvement s’est ensuite diffusé sur les réseaux sociaux, où les témoignages de harcèlement sexuel ont déferlé de la part de femmes généralement issues de la petite élite urbaine du pays.

Lors de sa carrière de journaliste

Figure la plus en vue des personnalités nommées, M.J. Akbar est accusé d’avances sexuelles inappropriées envers des femmes journalistes débutant dans le métier à l’époque où il occupait des postes à responsabilité dans les médias. Il a engagé ce week-end des poursuites en diffamation contre la première femme à l’avoir publiquement ciblé, la journaliste Priya Ramani.

Cette dernière avait révélé la semaine dernière dans un tweet devenu viral qu’il était le rédacteur en chef anonyme qu’elle avait décrit dans un article paru l’année dernière.

Le texte relatait un entretien d’embauche qu’il lui avait fait passer, lorsqu’elle avait 23 ans et lui 43, dans sa chambre d’un hôtel chic de Bombay. « Il s’avère que vous chassiez en prédateur de façon aussi talentueuse que vous écriviez », y estime la journaliste.

« Vous êtes un expert d’appels téléphoniques, de textos obscènes. [...] Vous savez pincer, tapoter, frotter, attraper et agresser. Parler contre vous coûte encore un lourd tribut que beaucoup de jeunes femmes ne peuvent se permettre de payer », ajoute-t-elle dans cette lettre ouverte publiée par Vogue India.

Mouvement de solidarité

En solidarité contre les poursuites engagées, une vingtaine de femmes se sont dites prêtes à témoigner contre celui qui, avant de passer en politique, avait occupé des postes à responsabilités dans des publications prestigieuses comme The Telegraph, Asian Age et The Sunday Guardian.

« En tant que femmes, nous nous sentons renforcées par la démission de M.J. Akbar. J’attends avec impatience le jour où j’obtiendrai également justice au tribunal. #MeToo », a réagi l’accusatrice Priya Ramani.

   

Les révélations dans le cadre du mouvement #MeToo font la une des médias locaux depuis une dizaine de jours.

Vendredi, le tournage d’un film de Bollywood a été stoppé à la suite d’accusations de harcèlement sexuel à l’encontre du metteur en scène et d’un acteur, à la demande de l’acteur vedette qui a exigé une enquête « rigoureuse » à ce sujet.

La condition et le traitement des femmes sont un sujet très sensible en Inde et régulièrement dans la lumière des projecteurs.

Des affaires de violences sexuelles dans cette nation de 1,25 milliard d’habitants font régulièrement les gros titres de la presse. Mercredi, en parallèle de la démission de M.J. Akbar, de violents heurts se déroulaient autour de l’ouverture aux femmes d’un grand temple hindou du Kerala, à la suite d’une décision de justice combattue par les traditionalistes.