L’Inde expulse sept Rohingyas vers le Myanmar

Selon l’ONU, 16 000 Rohingyas se trouvent en Inde, mais beaucoup n’ont pas été recensés. New Delhi évalue leur nombre à 40 000.
Photo: Dibyangshu Sarkar Archives Agence France-Presse Selon l’ONU, 16 000 Rohingyas se trouvent en Inde, mais beaucoup n’ont pas été recensés. New Delhi évalue leur nombre à 40 000.

Malgré les protestations de l’ONU, l’Inde a expulsé jeudi sept Rohingyas vers le Myanmar, pays où cette minorité musulmane est persécutée.

Incarcérés depuis 2012 pour entrée illégale sur le territoire indien, les sept Rohingyas ont été remis à des officiels myanmarais à une frontière commune dans l’État du Manipur, dans le nord-est de l’Inde.

« Sept ressortissants myanmarais ont été déportés aujourd’hui. Ils ont été remis aux autorités du Myanmar au poste-frontière de Moreh », a déclaré Bhaskar Jyoti Mahanta, un haut responsable de la police de l’Assam, État voisin où ces hommes étaient détenus.

Des photos publiées dans la presse indienne montraient sept hommes assis dans un bus en route pour la frontière myanmaraie roulant dans les collines du Manipur.

Selon l’ONU, 16 000 Rohingyas se trouvent en Inde, mais beaucoup n’ont pas été recensés. New Delhi évalue leur nombre à 40 000.

Dirigé par les nationalistes hindous, le gouvernement indien les présente comme une menace à la sécurité nationale et a ordonné leur expulsion.

Photo: Sajjad Hussain Archives Agence France-Presse Selon les nationalistes hindous, les musulmans rohingyas représentent une menace à la sécurité nationale de l'Inde.

Plus tôt dans la journée, un recours engagé pour empêcher l’expulsion de sept Rohingyas avait été rejeté par la Cour suprême indienne.

Cette semaine, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, Tendayi Achiume, s’était alarmée de ce projet d’expulsion, estimant que « compte tenu de l’identité ethnique des hommes », il s’agissait « d’un déni flagrant de leur droit à la protection ».

En 2017, plus de 700 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh face aux violences commises par les forces armées myanmaraises et des milices bouddhistes, une répression qualifiée de « nettoyage ethnique » par l’ONU, qui a même parlé de « génocide ».

L’armée myanmaraise rejette ces accusations et assure que sa campagne visait des rebelles rohingyas après des attaques meurtrières contre des postes de police en août 2017.

Une mission d’enquête de l’ONU a établi qu’il y avait suffisamment d’éléments de preuve pour justifier des poursuites à l’encontre de plusieurs hauts responsables militaires myanmarais pour crimes contre l’humanité et génocide visant les civils rohingyas.

Considérés comme des étrangers au Myanmar, les musulmans rohingyas sont historiquement marginalisés dans ce pays à majorité bouddhiste. En un demi-siècle, plusieurs vagues de violence ont forcé des centaines de milliers d’entre eux à trouver refuge au Bangladesh voisin.