La Chine dément la détention d’un million de musulmans ouïghours

Des policiers patrouillent dans un marché de nuit près de la mosquée Id Kah à Kashgar, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, en Chine.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Des policiers patrouillent dans un marché de nuit près de la mosquée Id Kah à Kashgar, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, en Chine.

La Chine a vigoureusement démenti lundi la détention dans des centres de rééducation d’un million de Ouïghours, ethnie majoritaire de la région musulmane du Xinjiang (nord-ouest), mais a défendu sa politique sécuritaire de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme.

Lors d’une audition devant un comité des droits de l’homme de l’ONU à Genève, un responsable chinois a assuré qu’aucun groupe ethnique ni aucune religion n’était visé en particulier.

« Les citoyens du Xinjiang, y compris les Ouïghours, jouissent des mêmes libertés et des mêmes droits », a déclaré Ma Youqing, directeur du Département du travail du Front Uni, agence du Parti communiste chinois, au pouvoir à Pékin.

Lors de la première journée de la session consacrée par le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale, l’un des 18 membres de ce comité, Gay McDougall, avait exprimé vendredi sa vive préoccupation au sujet de « nombreux rapports crédibles » affirmant que la Chine avait transformé le Xinjiang en « quelque chose qui ressemble à un énorme camp d’internement ».

Mme McDougall a cité des informations émanant de groupes de défense des droits de l’homme et faisant état d’un million de Ouïghours et de membres d’autres minorités musulmanes qui seraient détenus dans des centres de lutte contre l’extrémisme.

« Totalement faux »

M. Ma, qui faisait partie de la délégation chinoise d’une cinquantaine de membres venus répondre aux questions du comité, a affirmé que « l’argument d’un million de Ouïghours détenus dans des centres de rééducation est totalement faux ».

Il a également démenti l’affirmation de Mme McDougall selon laquelle la région du Xinjiang serait devenue « une zone de non-droit ».

« Il n’y a aucune politique visant une minorité ethnique en particulier, ni limitant les droits et la liberté de religion du peuple ouïghour », a ajouté le responsable chinois.

Mais Mme McDougall n’a pas été convaincue par ses arguments.

« Vous dites que je me suis trompée sur le chiffre d’un million. Mais alors, combien sont-ils ? Et quelles sont les lois qui ont permis leur détention ? », a-t-elle demandé. « Il nous faut plus qu’un simple démenti. »

Le Xinjiang compte environ 22 millions d’habitants, dont près de la moitié de Ouïghours d’origine turque, dont beaucoup se plaignent de discriminations de la part de la majorité Han (chinois).

La Chine est accusée d’y avoir ouvert des centres de rééducation où des personnes soupçonnées d’intentions hostiles ou jugées suspectes y suivraient notamment des cours de mandarin ou des formations idéologiques.

Le Parti communiste justifie la surveillance de la population dans ce vaste territoire semi-désertique, où check-points policiers et caméras de surveillance sont omniprésents, par les menaces posées par l’extrémisme islamiste, le terrorisme et le séparatisme.

Des attentats imputés à des « séparatistes » ou musulmans radicalisés ont ainsi fait des centaines de morts ces dernières années dans la région ainsi qu’ailleurs dans le pays.

Dans un long éditorial, le Global Times, un influent quotidien proche du Parti communiste chinois, a défendu la politique sécuritaire qui a permis « d’éviter » que le Xinjiang devienne une nouvelle Syrie.

« Des politiciens et médias des États-Unis et d’autres pays occidentaux ont intensément critiqué la gouvernance du Xinjiang, parlant de massives violations des droits de l’homme et qualifiant la région de prison à ciel ouvert », s’insurge le journal.

« Leur objectif est de semer le trouble au Xinjiang, et de détruire la stabilité si péniblement accomplie dans la région », poursuit-il.

Grâce au durcissement sécuritaire, « le Xinjiang a été sauvé alors qu’il était au bord du chaos, évitant le sort d’une nouvelle Syrie ou d’une nouvelle Libye », insiste l’éditorial.