Effondrement d’un barrage au Laos: plus de 130 disparus

<p>Les opérations de secours sont compliquées, car la zone sinistrée, très isolée, n’est accessible que par hélicoptère ou bateau, les routes ayant été gravement endommagées, voire totalement emportées.</p>
Photo: Attapeu Today / Agence France-Presse

Les opérations de secours sont compliquées, car la zone sinistrée, très isolée, n’est accessible que par hélicoptère ou bateau, les routes ayant été gravement endommagées, voire totalement emportées.

Un total de 131 personnes sont portées disparues au Laos, après l'effondrement d'un barrage qui a submergé des villages entiers, a déclaré mercredi le Premier ministre laotien, livrant un premier bilan de la catastrophe.

«Il y a 131 disparus», a déclaré le premier ministre Thongloun Sisoulith, alors que l'agence de presse officielle évoquait jusqu'ici «des centaines de disparus».

Vingt-six corps ont été retrouvés mercredi parmi les centaines de personnes portées disparues après l’effondrement d’un barrage qui a provoqué d’importantes inondations dans le sud du Laos, l’isolement de la zone et les pluies de mousson compliquant le travail des secours.

Des survivants, rencontrés par l’AFP, déploraient ne pas avoir été avertis à temps des risques qu’ils encouraient, alors que des dégâts, causés par des pluies très abondantes, avaient été repérés sur la structure plusieurs jours avant son effondrement.

« Vingt-six corps ont désormais été récupérés, 17 personnes blessées transportées à l’hôpital », a déclaré à l’AFP Chana Miencharoen, le consul thaïlandais au Laos présent sur place. « Nous ne pouvons pas encore estimer le nombre de disparus », a-t-il ajouté.

Les autorités du Laos, État communiste très fermé, où les sources d’information sont rares, n’ont fourni à ce stade aucun bilan.

L’agence de presse laotienne KPL faisait état mercredi de « centaines de personnes toujours portées disparues », dont cinquante dans le seul village de Ban Mai. La catastrophe s’est produite dans le sud du pays, près des frontières cambodgienne et vietnamienne.

Des images filmées par les médias locaux montrent des personnes sur les toits dans l’attente des secours, d’autres fuyant la zone avec les quelques objets qu’elles ont pu sauver alors que les inondations, qui ont submergé sept villages, touchent un vaste périmètre.

Des vêtements, de la nourriture et de l’eau potable ont été distribués par des équipes de la Croix-Rouge arrivées sur les lieux.

Près de 750 personnes ont trouvé refuge dans un entrepôt dans une province voisine à plusieurs dizaines de kilomètres de la catastrophe, a constaté une journaliste de l’AFP. D’après le consul thaïlandais, plus de 6000 personnes restaient sans abri.

Les mesures de sécurité prises par les entreprises chargées de la construction du barrage ont-elles été suffisantes alors que certains habitants disent n’avoir été avertis que peu de temps avant la catastrophe ?

« Cela s’est passé rapidement, nous n’avions pas beaucoup de temps pour nous préparer », a déclaré à l’AFP Joo Hinla habitant de l’un des villages les plus touchés, Ban Hin Lath, toujours sans nouvelles de quatre membres de sa famille.

Or, un des opérateurs coréens du projet a indiqué que, dès vendredi « onze centimètres d’affaissement ont été détectés au centre du barrage ». Un autre exploitant coréen a relaté que « la partie supérieure du barrage » a été emportée dimanche à 21 heures (14 h GMT), soit près de 24 heures avant l’effondrement total de la structure qui a libéré 500 millions de tonnes d’eau.

Dimanche, « nous avons immédiatement alerté les autorités et commencé à évacuer les villageois » qui se trouvaient à proximité, a indiqué une des compagnies coréennes.

« Systèmes d’alerte inadéquats » 

« S’il s’avère que l’alerte n’a été donnée que dimanche, il était très difficile d’évacuer les populations à temps », a relevé Olivier Evrard, ethnologue, spécialiste du Laos, joint par l’AFP.

Cette catastrophe « soulève d’importantes questions sur la sécurité des barrages au Laos, y compris leur pertinence pour faire face aux conditions météorologiques », dans ce pays frappé chaque année par la mousson, a déploré Maureen Harris, de l’ONG International Rivers.

Les opérations de secours sont compliquées, car la zone sinistrée, très isolée, n’est accessible que par hélicoptère ou bateau, les routes ayant été gravement endommagées, voire totalement emportées.

La structure qui s’est effondrée, « Saddle Dam D », fait partie d’un réseau de plusieurs barrages hydroélectriques. Ce projet de plus d’un milliard de dollars implique des entreprises laotiennes, thaïlandaises et sud-coréennes, regroupées dans une co-entreprise, la Xe-Pian Xe-Namnoy Power Company’s (PNPC).

Le barrage devait commencer à fournir de l’électricité en 2019, dont 90 % devait être exporté vers la Thaïlande voisine, le reste devant être distribué sur le réseau local.

Enclavé au coeur de la péninsule indochinoise, le Laos, petit État rural et montagneux, ambitionne de devenir « la batterie de l’Asie du Sud-Est ».

Plus de 50 projets hydroélectriques sont en cours de développement dans le pays, au grand dam des organisations environnementales qui mettent en avant leur impact sur le Mékong, sa flore et sa faune, sur les populations rurales, souvent déplacées, et sur les économies locales qui en dépendent.

Le pays exporte la majorité de cette électricité, notamment vers la Chine, le Vietnam ou la Thaïlande, avides d’énergie.

Les effondrements de barrages ou de digues, comparables à celui qui vient de survenir au Laos, sont relativement fréquents en Asie et ont notamment affecté le puissant voisin chinois.

En août 1998, dans la province chinoise du Hubei, des centaines de personnes avaient trouvé la mort après l’effondrement d’une digue à proximité du fleuve Yangtsé.

Plus de 20 000 personnes avaient été tuées dans le centre du pays, en août 1975, après la rupture de barrages, une catastrophe qui n’avait été révélée que 24 ans plus tard.