Thaïlande: une évacuation longue et périlleuse

Des membres de la police fédérale australienne discutent avec un secouriste thaïlandais.
Photo: Sakchai Lalit Associated Press Des membres de la police fédérale australienne discutent avec un secouriste thaïlandais.

Affaiblissement musculaire, malnutrition et possiblement infections : affaiblis par de longs jours sans rien à manger, douze jeunes Thaïlandais et leur entraîneur coincés dans une grotte vont pourtant devoir se remettre sur pied rapidement pour sortir, soulignent les spécialistes de ce genre de sauvetage.

La survie du groupe devra beaucoup au mental, en plus de la résistance physique individuelle.

« Même si l’incertitude face au sauvetage peut développer une situation anxiogène, la force du groupe, leur habitude des lieux doit les avoir fait tenir », estime Jean-Noël Dubois, médecin et coordinateur du pôle santé secours à la Fédération française de spéléologie.

« L’aspect mental doit être l’une des choses dont il faut le plus tenir compte », confirme Andrew Watson, du Service de sauvetage minier britannique.

Lundi, après plus de neuf jours prisonniers, les garçons de 11 à 16 ans et leur entraîneur de football avaient d’abord été rejoints par des plongeurs britanniques. Ils étaient affamés, hagards, mais tous en vie.

Passé l’euphorie, il leur a fallu intégrer qu’il allait être compliqué de les ramener à l’air libre. Car ils vont peut-être devoir faire de la plongée pour franchir certains passages inondés.

« L’incertitude quant au moment et à la façon dont ils pourront être sauvés va commencer à s’installer », prévient un universitaire expert de la santé mentale militaire, Neil Greenberg, du King’s College de Londres.

Un trajet de six heures

Quand les plongeurs sont arrivés, les victimes ont dû se dire : « Ils sont entrés, pourquoi je ne peux pas sortir ? », selon Andrew Watson.

La réponse : le parcours, très exigeant, a pris six heures à des plongeurs expérimentés et en pleine forme. « Il faut leur dire exactement quelle est la situation […] Ils doivent comprendre que c’est un processus difficile qui exigera de la patience. »

Photo: Lillian Suwanrumpha Agence France-Presse Un membre de la famille d'un des 12 garçons pris au piège dans la grotte exhibe une photo prise en 2017 de quatre ceux-ci après avoir appris qu'ils ont été retrouvés.

La priorité est donc de nourrir et d’hydrater le groupe, pour que chacun retrouve la santé.

Pour Mike Tipton, professeur de physiologie humaine à l’Université de Portsmouth (Grande-Bretagne) spécialiste des environnements extrêmes, ils avaient les trois ingrédients clés pour survivre : de l’oxygène, une température supportable et de l’eau potable.

On peut se préoccuper de choses moins vitales maintenant, mais essentielles : « Où vont-ils aux toilettes ? Sont-ils disciplinés pour ne pas déclencher une épidémie ? », explique l’universitaire. À éviter surtout : polluer sa source d’eau potable.

Autre souci : « Quelle place ont-ils ? » Le confinement, la sédentarité peuvent déjà atrophier les muscles, avec le risque de complications articulaires et osseuses, ou dans le contrôle de la tension artérielle.

Entreprendre ou non ce chemin vers l’air libre, « cela va être une décision très, très délicate », d’après Andrew Watson. Il estime « bien plus sûr » d’attendre que la route soit praticable sans plongée.

« Il faut garder à l’esprit que ce sont des enfants. Et qu’il s’agit d’eau : ça va bouger, il y aura de la pression, de la résistance, elle ne sera pas claire, et ils n’ont pas d’expérience de l’équipement de plongée », insiste-t-il.

Que l’un d’entre eux ait des difficultés ou panique risque de stresser tous les autres.

Garder le moral

Tant que le groupe sera bloqué au même endroit, l’un des défis sera de lui trouver des occupations et de maintenir son moral. Un meneur peut transformer ce moment « en aventure plutôt qu’en épreuve », indique Mike Tipton.

L’idéal serait d’avoir le soutien des parents, une fois la communication établie.

« L’anxiété exprimée par sa famille pourrait facilement épuiser la résistance d’un enfant, avertit Neil Greenberg. Une attitude positive pour dire “ça va aller” serait une manière efficace de dissiper leurs craintes. »

Pour Jean-Noël Dubois, la cohésion des treize sera un facteur essentiel pour se tirer d’un tel mauvais pas.

« Ils sont en groupe. Ils connaissaient la cavité, et c’est sûrement ce qui leur a permis de trouver cette zone relativement sûre […] Ce que les gens nous disent lorsqu’on fait ces sauvetages souterrains, c’est qu’on vit très bien tant qu’on est en groupe et qu’on espère », affirme-t-il.

Les sauveteurs, deux volontaires britanniques passionnés de plongée

Londres — Les secouristes britanniques qui ont retrouvé les petits Thaïlandais piégés dans une grotte inondée sont des secouristes volontaires, passionnés de plongée et de spéléologie, devenus experts en sauvetage.

Rick Stanton et John Volanthen sont parmi les premiers secouristes à avoir atteint lundi les douze garçons et leur jeune entraîneur de football de 25 ans, prisonniers d’une grotte inondée après la montée des eaux depuis le 23 juin. Dans la vidéo de leur découverte vue des millions de fois, on entend les plongeurs s’adresser au groupe avec un accent anglais, les félicitant pour leur courage.

Les deux hommes, ainsi qu’un troisième Britannique, Robert Harper, font partie du British Cave Rescue Council (BCRC), qui regroupe des secouristes experts en plongée et en spéléologie. Ils étaient partis la semaine dernière en Thaïlande pour participer aux secours.

« Nick et John ont été à la tête » des opérations de secours, a expliqué le vice-président du BCRC, Bill Whitehouse. « Ils ont dû nager à contre-courant ou avancer en s’agrippant aux murs », a-t-il déclaré à la BBC. Il a estimé que la plongée avait duré environ trois heures.

Rick Stanton, pompier originaire de Coventry, avait déjà aidé à sauver six soldats britanniques pris au piège dans une grotte au Mexique en 2004. Considéré comme un expert mondial en sauvetage, le quinquagénaire avait été anobli par la reine.

« Qui aurait pensé qu’en me passionnant pour la spéléologie, ce passe-temps m’amènerait partout dans le monde et me ferait gagner des récompenses, et maintenant une distinction ? » s’exclamait-il en 2012 dans les colonnes du Coventry Telegraph.

Il confiait au journal que sa mission la plus périlleuse s’était déroulée en France lorsqu’il avait essayé de retrouver en 2010 le spéléologue Eric Establie, parti explorer une grotte des gorges de l’Ardèche (sud-est) et bloqué à son retour par un éboulement.

Selon des médias britanniques, il faisait déjà équipe à l’époque avec John Volanthen, un ingénieur de Bristol d’une quarantaine d’années. « Un autre plongeur et moi avons été là pendant dix jours et c’était une période vraiment stressante. C’était une plongée très dangereuse et une grotte très dangereuse. » Eric Establie avait finalement été retrouvé noyé.

John Volanthen avait confié au Sunday Times Magazine en 2013 que pour faire de la spéléologie, il fallait garder la tête froide. « La panique et l’adrénaline sont super dans certaines situations, mais pas en spéléologie. »