Victoire historique de l’opposition en Malaisie

Un partisan de l’ancien premier ministre et candidat de l’opposition Mahathir Mohamad célèbre la victoire de son candidat à Kuala Lampur.
Photo: Mohd Rasfan Agence France-Presse Un partisan de l’ancien premier ministre et candidat de l’opposition Mahathir Mohamad célèbre la victoire de son candidat à Kuala Lampur.

Mahathir Mohamad, 92 ans, a annoncé la défaite du Barisan Nasional, coalition au pouvoir depuis 61 ans.

À 3 heures du matin, Mahathir Mohamad, 92 ans, a confirmé définitivement la victoire de l’opposition, mettant fin à 61 ans de pouvoir interrompu de l’Umno, le parti qui avait négocié avec les colons britanniques, en 1957, l’indépendance de la Malaisie. Et actant le départ du premier ministre Najib Razak. Le vieux lion a aussitôt annoncé avec un air coquin que « jeudi et vendredi sont déclarés fériés », « ce qui fait quatre jours de congé », fin de semaine comprise. Une mesure de prudence, alors que des entreprises avaient déjà demandé à leurs employés de rester chez eux demain, de peur que le gouvernement sortant ne déclenche des violences. Après une courte nuit, Mahathir rencontrera jeudi matin le sultan, qui le désignera premier ministre, avant la cérémonie officielle d’intronisation dans la journée.

Au troisième étage de l’hôtel Sheraton de Kuala Lumpur, où l’opposition a installé son QG pour la soirée, hommes d’affaires, avocats constitutionnalistes sont arrivés les uns après les autres, et continuent à enchaîner les réunions pour préparer la transition. Ironie de l’histoire, Mahathir Mohamad a déjà dirigé le pays entre 1981 et 2003, mais dans le camp adverse.

« Reformasi, reformasi ! » La clameur est montée dès le début de la soirée dans la rue, où des voitures passent vitres ouvertes, de grands drapeaux aux couleurs de l’opposition flottant au vent. Depuis 17 heures, les résultats bureau par bureau défilent sur les téléphones, relayés par les observateurs. Dans de très nombreux endroits, le BN était écrasé avec des scores humiliants, 6200 voix contre 780, 5500 contre 2200… Tous les signes d’un raz-de-marée pour Pakatan Harapan, « l’Alliance de l’espoir », la coalition antigouvernementale, étaient réunis, alors qu’une majorité simple de 112 sièges (sur 222) suffisait à assurer la victoire.

Dès 20 heures, la victoire de Tian Chua, figure historique de l’opposition, dans sa circonscription de Batu, à Kuala Lumpur, était symbolique : emprisonné pour une énième fois cet automne pendant un mois pour « troubles à l’ordre public », il avait été déclaré inéligible il y a dix jours par un tribunal, dans une ultime manoeuvre du pouvoir pour stopper la vague de contestations qui s’est emparée du pays. À sa demande, les électeurs se sont reportés en masse sur un jeune candidat indépendant de 22 ans, investi en urgence, tant l’envie de changement est grande. « Ce soir, nous avons écrit l’histoire, déclarait Tian Chua à Libération. Nous allons bientôt pouvoir former un gouvernement. C’est la victoire que l’on espérait, même si tout le monde assurait que nous perdrions encore. Najib [Razak, le premier ministre] n’a plus aucune autorité pour continuer à gouverner. »

Scandale 1MDB

Il aura donc fallu quatorze élections générales pour que l’Organisation nationale unifiée malaise (Umno), le parti qui avait négocié l’indépendance avec les colons britanniques à la fin des années 1950, soit battu dans les urnes. Le scandale 1MDB, qui a explosé en 2015 quand une journaliste a révélé que près de 6 milliards de dollars avaient été détournés d’un fonds souverain par le chef de l’État et ses proches, a joué un rôle important dans cette défaite. Mais c’est surtout l’arrivée-surprise de Mahathir Mohamad qui a renversé la vapeur. L’ancien homme fort du pays, architecte de la réussite économique de la Malaisie, a mené la bataille contre Najib, son ancien dauphin, jusqu’à la dernière minute, accompagné de sa femme, sa cadette d’un an.

Selon la Constitution, le gouvernement devra s’effacer dès la publication des résultats officiels. À 3 heures du matin, alors que quelques résultats officiels tardaient encore à arriver, les scores étaient sans appel, avec 99 sièges pour l’opposition, 69 pour le Barisan Nasional et 16 pour le parti islamiste.