Pachinian dit avoir obtenu le soutien du Parlement arménien

Nikol Pachinian, le 30 avril dernier
Photo: Vano Shlamov Agence France-Presse Nikol Pachinian, le 30 avril dernier

L’opposant Nikol Pachinian a appelé mercredi les Arméniens à cesser les manifestations, assurant avoir obtenu le soutien de l’ensemble du Parlement pour son élection au poste de premier ministre le 8 mai.

« Actuellement, tous les groupes [parlementaires] ont dit qu’ils soutiendraient ma candidature. La question est réglée », a-t-il assuré devant des dizaines de milliers de manifestants réunis à la place de la République, dans le centre d’Erevan.

Le leader de la fronde antigouvernementale qui agite l’Arménie depuis le 13 avril a ensuite appelé les manifestants à rentrer chez eux et à « se reposer », leur donnant rendez-vous dans six jours.

« Le 8 mai, nous serons 500 000 personnes à nous réunir ici et nous proclamerons notre victoire », a-t-il promis.

Mardi, Nikol Pachinian, qui était seul candidat, avait échoué à être élu premier ministre par le Parlement, le Parti républicain, au pouvoir et majoritaire dans l’hémicycle, ayant fait bloc contre lui.

L’opposant avait alors appelé ses partisans à la « désobéissance civile ». Mercredi, des dizaines de milliers de manifestants, selon une estimation de l’AFP, ont paralysé Erevan, bloquant les routes, le métro et les trains.

Le Parlement a annoncé une nouvelle élection pour le 8 mai, à laquelle le Parti républicain a déclaré ne pas présenter de candidat, à l’instar de ce qu’il avait fait lors du scrutin de mardi.

Si les députés ne parviennent pas le 8 mai à élire un chef de gouvernement, le Parlement sera dissous et des élections législatives anticipées seront convoquées, d’après la Constitution arménienne.

Depuis trois semaines, le petit pays du Caucase du Sud est plongé dans une crise politique sans précédent, avec des manifestations qui ont abouti le 23 avril à la démission de Serge Sarkissian, tout juste élu premier ministre après avoir été président de l’Arménie pendant dix ans.

En appelant à la « désobéissance civile » et au blocage des routes, trains et aéroports, Nikol Pachinian a mis à profit le soutien des Arméniens pour peser sur l’élection du 8 mai et forcer le Parti républicain, qui dispose de 58 des 105 sièges, à accepter sa candidature. Pour être élu, M. Pachinian doit réunir 53 voix.

Lors du vote de mardi, l’opposant avait bénéficié du soutien de deux groupes parlementaires : sur les 100 députés ayant participé au scrutin, 45 l’ont soutenu et 55 ont voté contre lui.

Le Parti républicain a « volé la victoire du peuple », avait alors tonné M. Pachinian, promettant un « tsunami politique ».

Pour Sergueï Konsoulian, un homme d’affaires de 45 ans sorti dans la rue soutenir Nikol Pachinian, « les gens ne céderont pas, les manifestants ne reculeront pas ».

« Nous gagnerons parce que nous sommes unis, tout le peuple arménien est uni », renchérissait Gayane Amiragian, une étudiante de 19 ans.

Mercredi, le Parlement n’a pas pu se réunir en l’absence de quorum, dû au refus d’un parti, le Parti de la prospérité, de participer aux travaux. « Le pays se trouve dans une situation d’urgence. Notre groupe entame un boycottage politique », a déclaré Vahe Enfiagian, un député de cette formation qui soutient M. Pachinian.

La pause des manifestations intervient alors que Nikol Pachinian a multiplié ces dernières semaines les démonstrations de force, réunissant presque quotidiennement ses partisans à la place de la République.

Un rôle de meneur qui a transformé l’opposant en « héros » aux yeux de nombreux Arméniens, assure l’expert indépendant Ervand Bozoïan.

« Depuis les années 1990, les gens n’espéraient plus un changement dans ce pays. Maintenant, ils voient que c’est possible. Les gens sont surpris », souligne-t-il.

Président de l’Arménie de 2008 à 2018, Serge Sarkissian et son Parti républicain sont critiqués par les partisans de M. Pachinian pour n’avoir pas su faire reculer la pauvreté et la corruption et avoir laissé aux oligarques le contrôle de l’économie de ce pays de 2,9 millions d’habitants.

La Russie, qui voit d’un très mauvais oeil toute contestation populaire susceptible d’amener au pouvoir dans une république de l’ex-URSS des dirigeants hostiles au Kremlin, comme cela a été le cas en Géorgie et en Ukraine, a adopté une attitude neutre par rapport à la crise en Arménie.

Après avoir d’abord souligné qu’il s’agissait d’une affaire intérieure arménienne, la Russie a joué les médiateurs : Vladimir Poutine a appelé le premier ministre par intérim, Karen Karapetian, et plusieurs contacts ont eu lieu entre les autorités russes, des représentants du pouvoir arménien et Nikol Pachinian.