L’opposition appelle à «la désobéissance civile» en Arménie

Sur la place de la République, les manifestants ont suivi toute la journée les débats parlementaires retransmis sur écrans géants.
Photo: Vano Shlamov Agence France-Presse Sur la place de la République, les manifestants ont suivi toute la journée les débats parlementaires retransmis sur écrans géants.

L’opposant arménien Nikol Pachinian a appelé mardi soir à bloquer les routes, les trains et les aéroports du pays, après que sa candidature au poste de premier ministre a été rejetée par le Parlement.

Le parti au pouvoir a voté contre lui et, sur les 100 députés ayant participé au scrutin, 55 se sont exprimés contre et 45 pour la candidature du chef de la contestation antigouvernementale.

Après le vote, Nikol Pachinian s’est rendu sur la place de la République, au centre d’Erevan, où étaient rassemblées plusieurs dizaines de milliers de ses partisans.

« Demain à partir de 8 h 15, toutes les autoroutes seront bloquées, un blocage total est annoncé, les aéroports et les chemins de fer seront bloqués », a-t-il lancé devant les manifestants, les appelant à « la désobéissance civile ».

Il avait plus tôt promis un « tsunami politique » si le Parti républicain « volait la victoire du peuple ».

Le Parti républicain dispose de la majorité au Parlement, où les députés se sont réunis mardi en session extraordinaire pour élire un nouveau premier ministre.

L’opposant, qui avait besoin de 53 voix pour être élu, a subi la défection de 2 députés au sein des 3 groupes parlementaires qui le soutenaient et devaient lui assurer 47 voix.

Avant le vote, plusieurs députés du Parti républicain ont dénoncé le manque de cohérence du programme politique de l’opposant.

« M. Pachinian, je ne vous vois pas au poste de premier ministre, je ne vous vois pas comme commandant en chef », a martelé Edouard Charmazanov, porte-parole du Parti républicain et vice-président du Parlement.

« Nous devons choisir une personne qui n’est pas imprévisible […] On ne peut pas être un peu socialiste et un peu libéral », a-t-il déclaré.

Manifestations

Sur la place de la République, les manifestants ont suivi toute la journée les débats parlementaires retransmis sur écrans géants. « La lutte va continuer, elle va devenir quatre fois plus forte, et peut-être que ce sera le chaos à Erevan », prévient Karine Melkoumian, une manifestante.

À côté d’elle, Anaït Tolmassian, 63 ans, retraitée, ajoute : « Nous ne demandons qu’une seule chose, que le Parti républicain s’en aille. C’est Nikol Pachinian le vrai dirigeant du peuple arménien. »

Depuis le 13 avril, l’Arménie est plongée dans une crise politique sans précédent : des manifestations de plusieurs dizaines de milliers d’opposants ont provoqué le 23 avril la démission de Serge Sarkissian, qui venait d’être élu premier ministre six jours auparavant par les députés, après avoir été le chef de l’État pendant dix ans.

Souvent habillé en treillis, connu pour son franc-parler, Nikol Pachinian a été dès les premiers jours le chef de la fronde contre le gouvernement.

Dès l’annonce de sa candidature au poste de premier ministre, il a multiplié les démonstrations de force, en réunissant presque quotidiennement ses partisans sur la place de laRépublique, noire de monde.

Mardi soir, il a appelé les Arméniens à manifester de nouveau mercredi sur la même place. « La révolution de l’amour et de la tolérance continue », a-t-il déclaré.

L’homme n’est « pas un nouveau venu dans la politique arménienne », a-t-il rappelé lundi dans des déclarations à l’AFP.

Beaucoup d’Arméniens ont en mémoire la mort de dix manifestants en 2008 dans des affrontements entre ses partisans et la police, alors que Serge Sarkissian venait de remporter son premier mandat présidentiel.

M. Pachinian faisait alors déjà partie des meneurs de la contestation et il était passé dans la clandestinité pendant plusieurs mois avant de se rendre. Incarcéré, il avait été libéré en 2011, bénéficiant d’une amnistie.

La Russie, qui voit d’un très mauvais oeil toute contestation populaire susceptible d’amener au pouvoir dans une républiqued’ex-URSS des dirigeants hostiles au Kremlin, comme cela a été le cas en Géorgie et en Ukraine, a adopté une attitude neutre face à la crise en Arménie.