Myanmar: sept militaires condamnés à dix ans de prison pour le meurtre de Rohingyas

Des Rohingyas embarquent dans un bus avant de se rendre dans un camp de réfugiés après leur arrivée du Myanmar, près de Shah Barir Dip à Cox’s bazar au Bangladesh, en décembre dernier.
Photo: Ed Jones Agence France-Presse Des Rohingyas embarquent dans un bus avant de se rendre dans un camp de réfugiés après leur arrivée du Myanmar, près de Shah Barir Dip à Cox’s bazar au Bangladesh, en décembre dernier.

Sept militaires ont été condamnés mardi au Myanmar à dix ans de prison pour le massacre de musulmans rohingyas, a annoncé l’armée, une décision sans précédent depuis le début de la crise ayant causé l’exil de 700 000 Rohingyas.

« Quatre officiers ont été limogés et condamnés à dix ans de prison. Trois autres soldats ont été limogés et condamnés à dix ans », a annoncé le chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, sur sa page Facebook, son moyen de communication habituel.

Ces condamnations se rapportent à des meurtres commis dans le village de Inn Dinn, documentés par l’agence Reuters.

Cette annonce survient à la veille d’une décision judiciaire très attendue par la communauté internationale concernant le sort de deux journalistes de Reuters, arrêtés pour avoir enquêté sur le massacre de Inn Dinn de dix Rohingyas par l’armée et des villageois bouddhistes.

Wa Lone, 31 ans, et Kyaw Soe Oo, 27 ans, risquent jusqu’à 14 ans de prison pour possession de documents classifiés.

Dans leur enquête, les deux journalistes citent notamment des villageois bouddhistes qui auraient participé avec des soldats au massacre des dix captifs dans le village le 2 septembre 2017.

L’armée a reconnu mardi que des militaires avaient commis des exécutions « extrajudiciaires » dans cette affaire, sans pour autant concéder que cela faisait partie d’un plan plus vaste de nettoyage ethnique comme l’en accuse l’ONU.

Le travail des journalistes de Reuters était basé sur des témoignages de villageois bouddhistes, de membres de forces de sécurité et de proches des hommes tués.

Quelques jours après l’arrestation des deux journalistes birmans en décembre 2017, l’armée avait reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingyas, un premier aveu public de violation des droits de la personne dans cette crise après des mois de dénégations.

Lors de leur enquête, les deux journalistes ont également pu se procurer des photos du massacre, sur lesquelles on peut voir les dix hommes menottés et à genoux par terre.

D’autres photos prises peu après montrent les corps de ces hommes dans un large trou, couverts de sang, avec des blessures apparentes. L’un des hommes est décapité.

Jusqu’alors, l’armée comme les autorités birmanes avaient nié les accusations d’exactions de masse, affirmant que seuls des membres de la rébellion avaient été tués lors de la campagne militaire commencée fin août 2017 dans l’ouest de la Birmanie.

Mardi, dans son annonce du verdict, l’armée s’en tient à la phraséologie officielle, évoquant « le meurtre de dix terroristes bengalis ». Les Rohingyas sont appelés de façon péjorative « Bengalis » au Myanmar, où ils sont considérés comme des immigrés illégaux du Bangladesh voisin.

Le Myanmar est dans la tourmente depuis les accusations d’épuration ethnique portées par les Nations unies après une vaste opération de l’armée dans l’ouest du pays, après des attaques d’une rébellion rohingya en août 2017.