Les aspirations maoïstes de Xi Jinping

Le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, doit normalement quitter ses fonctions en 2023.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, doit normalement quitter ses fonctions en 2023.

Xi Jinping, qui dirige la Chine d’une main de fer depuis plus de cinq ans, devrait pouvoir se maintenir à la tête du géant asiatique autant qu’il lui plaira : le Parti communiste chinois (PCC) a fait savoir dimanche qu’il voulait lever la limite de deux mandats présidentiels dans la Constitution.

Le comité central — sorte de Parlement du PCC — a proposé d’effacer de la Constitution la mention stipulant qu’un président « ne peut pas exercer plus de deux mandats consécutifs » de cinq ans, a annoncé l’agence Chine nouvelle. M. Xi, président de la République populaire depuis 2013, doit normalement quitter ses fonctions en 2023.

« Je pense qu’il va devenir empereur à vie et le Mao Tsé-toung du XXIe siècle », commente le politologue Willy Lam, depuis l’Université chinoise de Hong Kong, en référence au tout-puissant fondateur du régime communiste (1949).

« Si sa santé le lui permet, il souhaite rester au pouvoir 20 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2032 en tant que secrétaire général du Parti et 2033 en tant que président de l’État », ajoute M. Lam, citant des sources proches du pouvoir à Pékin.

M. Xi aura 80 ans en 2033.

Le PCC a également proposé d’inclure « la Pensée Xi Jinping » dans la constitution du pays, a rapporté Chine nouvelle.


Le Poutine d'Asie ?

Ces dispositions seront soumises aux parlementaires chinois lors de la session annuelle plénière de l’Assemblée nationale populaire (ANP), qui s’ouvre le 5 mars.

En cherchant à se maintenir indéfiniment au pouvoir, Xi Jinping « se poutinise, en moins démocratique » que le président russe, Vladimir Poutine, observe le sinologue Jean-Pierre Cabestan, depuis l’Université baptiste de Hong Kong.

Après avoir placé depuis cinq ans des hommes à lui aux échelons les plus élevés du pouvoir, il devrait obtenir, selon M. Cabestan, le poste de président de l’ANP pour un très proche collaborateur, Li Zhanshu, son « éminence grise », devenu l’an dernier numéro trois du régime, après le premier ministre, Li Keqiang.

« Il s’assure ainsi que la réforme constitutionnelle sera adoptée sans coup férir », prévoit le sinologue, notant l’existence d’une opposition interne au régime.

Lors du XIXe congrès quinquennal du PCC, qui s’est déroulé en octobre dernier, M. Xi avait déjà obtenu de voir sa « Pensée sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère » incluse dans la charte du Parti, un honneur réservé jusqu’ici de son vivant au seul Mao Tsé-toung, fondateur du régime communiste en 1949.

Xi Jinping a promis à cette occasion à ses compatriotes l’avènement d’une « Nouvelle ère » culminant en 2050, avec une Chine prospère, moderne et respectée sur la scène internationale… mais avec un Parti communiste toujours aux commandes.


Concentration

Depuis son arrivée à la tête du Parti fin 2012, Xi Jinping a concentré les pouvoirs sur sa personne comme aucun dirigeant chinois ne l’avait fait depuis au moins un quart de siècle. Il a engagé une lutte contre la corruption qui a vu plus d’un million de cadres sanctionnés — mais d’aucuns y voient avant tout un moyen pour le président de se débarrasser de toute opposition interne.

Son pouvoir s’est accompagné d’un retour du quasi-culte de la personnalité autour du président, omniprésent dans les médias, et d’un renforcement de la répression visant la presse, les défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme.

M. Xi a promis en octobre de combattre tout ce qui pourrait « saper » le pouvoir du PCC et le système socialiste.

« Nous assistons au retour de l’ère Mao Tsé-toung, lorsqu’une seule personne décidait pour des centaines de millions », commente Willy Lam. « Il n’y a pas de contre-pouvoir. C’est très dangereux, car Xi Jinping risque de commettre des erreurs parce que personne n’osera s’opposer à lui. »