Myanmar: à l’impossible nul n’est tenu, pas même le pape

Le souverain pontife a plaidé mercredi devant la haute autorité du clergé bouddhiste pour «l’unité».
Photo: Vincenzo Pinto Agence France-Presse Le souverain pontife a plaidé mercredi devant la haute autorité du clergé bouddhiste pour «l’unité».

Le pape François a appelé mercredi les bouddhistes myanmarais « à dépasser toutes les formes d’intolérance, de préjugé et de haine » en évitant toutefois une nouvelle fois de mentionner directement le sort de la minorité musulmane rohingya.

Le porte-parole du pape a défendu mercredi la retenue du souverain pontife sur cette question brûlante, à la veille de son départ au Bangladesh, où il sera de nouveau question de l’exode forcé des Rohingyas.

Le pape n’a aucunement perdu son « autorité morale », a estimé au cours d’un point de presse son porte-parole, Greg Burke, ajoutant qu’« on ne peut pas attendre des gens qu’ils règlent des problèmes impossibles ».

Pour ce voyage inédit au Myanmar, pays majoritairement bouddhiste, le souverain pontife a préféré « construire des ponts ». Il a par exemple plaidé mercredi devant la haute autorité du clergé bouddhiste pour « l’unité », estimant qu’il n’était plus possible de « rester isolés les uns des autres ».

Pour le pape, « toute la société » doit « participer au travail de dépassement du conflit et de l’injustice ».

Il a prononcé au troisième jour de sa visite au Myanmar de nouveaux propos ne mentionnant jamais directement les violences dans l’ouest du pays contre la minorité musulmane des Rohingyas, un sujet sur lequel il était très attendu.

Il n’a pas non plus prononcé ce mot tabou, alors qu’à Rome il s’émeut publiquement pour ses « frères rohingyas », « torturés et tués ».

Plus de 620 000 membres de cette minorité se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août pour fuir les exactions de l’armée birmane, coupable d’« épuration ethnique », d’après les Nations unies.

Au Myanmar, la xénophobie et la haine des musulmans gagnent du terrain et une grande majorité des habitants considèrent les Rohingyas, qu’ils nomment « Bangladais », comme des immigrés illégaux qui ne font pas partie du pays.

L’Église myanmaraise avait donc demandé au pape de soigneusement peser ses mots une fois sur le sol birman.

Le haut clergé bouddhiste, qui a mis plusieurs années avant de bannir le mouvement des moines extrémistes de Wirathu qui propage la haine de l’islam, ne s’est lui-même jamais exprimé en faveur de la minorité musulmane discriminée.

Les moines, qui sont plus de 500 000 dans le pays, constituent une force considérable et ont toujours pris part à la politique dans ce pays d’Asie du Sud-Est.

À l’époque de la junte militaire, ils ont souvent été en première ligne lors des manifestations contre la dictature, le payant parfois de leur vie.