Premiers retours de réfugiés au Myanmar «dans les deux mois»

Dans le sud du Bangladesh, des camps de réfugiés rohingyas grands comme des villes sont sortis de terre en quelques semaines. Les conditions insalubres qui y règnent font redouter une catastrophe sanitaire.
Photo: Munir Uz Zaman Agence France-Presse Dans le sud du Bangladesh, des camps de réfugiés rohingyas grands comme des villes sont sortis de terre en quelques semaines. Les conditions insalubres qui y règnent font redouter une catastrophe sanitaire.

Rangoun — Le Myanmar et le Bangladesh ont signé jeudi un accord au contenu flou sur le retour « dans les deux mois » de réfugiés récemment passés au Bangladesh, où 620 000 Rohingyas ont afflué depuis fin août.

Face à une campagne de répression de l’armée myanmaraise que l’ONU considère comme une épuration ethnique, une vague humaine a submergé le Bangladesh et engendré l’une des plus graves crises humanitaires de ce début de XXIe siècle en Asie.

Après plusieurs mois de pourparlers et une intense pression diplomatique internationale, la dirigeante myanmaraise, Aung San Suu Kyi, et le ministre bangladais des Affaires étrangères, A. H. Mahmood Ali, ont finalement conclu jeudi un accord à Naypyidaw, la capitale du Myanmar, sur « le retour des personnes déplacées de l’État Rakhine », épicentre des troubles.

Le texte convenu par les deux parties « stipule que le programme de retours doit débuter dans les deux mois », selon le ministère des Affaires étrangères du Bangladesh. Un groupe de travail doit être mis en place dans les trois semaines pour décider des modalités de rapatriement.

L’accord n’emploie pas le terme « rohingya », que refusent les autorités myanmaraises. Les critères de rapatriement ou le nombre des personnes concernées par ce programme ne sont pas non plus précisés.

« Il s’agit d’un premier pas. Maintenant, nous devons commencer à travailler », a déclaré le ministre bangladais.

La crise humanitaire des Rohingyas a déclenché un émoi international et fait pleuvoir une avalanche de critiques sur Aung San Suu Kyi, fustigée pour sa retenue dans ce dossier.

Même les États-Unis, qui modéraient jusqu’ici leurs propos de crainte de fragiliser la jeune démocratie myanmaraise, ont sauté le pas mercredi en qualifiant à leur tour de « nettoyage ethnique » les violences contre cette communauté.

« La position du Myanmar est que des problèmes émergeant entre des pays voisins doivent être réglés à l’amiable à travers des négociations bilatérales », ont fait savoir jeudi dans un communiqué les services de la dirigeante myanmaraise.

Cet accord, « fondé sur des relations de voisinage bonnes et amicales », est une « situation gagnant-gagnant pour les deux pays », affirme ce communiqué.

Scepticisme

Dans le sud du Bangladesh, des camps de réfugiés rohingyas grands comme des villes sont sortis de terre en quelques semaines. Les conditions insalubres et la misère noire qui règnent dans ces cités de tentes font redouter une catastrophe sanitaire.

Interrogé à chaud par l’AFP sur l’accord entre Dacca et Naypyidaw, Abdur Rahim, un réfugié, s’est dit sceptique quant à sa réalisation pour les Rohingyas.

« Nous ne retournerons pas au Myanmar tant que les Rohingyas n’obtiendront pas la citoyenneté avec tous les droits qui y sont rattachés, comme les autres ressortissants du Myanmar », a déclaré cet ancien instituteur originaire du district de Buthidaung et passé en septembre au Bangladesh.

Le gouvernement myanmarais « devra nous rendre nos maisons et nos terres pour que nous puissions retourner dans nos villages », a-t-il ajouté.

L’exode actuel des Rohingyas fait écho à d’autres afflux massifs de cette communauté au Bangladesh au cours des dernières décennies, notamment en 1978 et 1991-1992. Des programmes de retour au Myanmar ont déjà eu lieu par le passé, mais la résurgence des violences soulève des questions quant à leur pérennité.

Cette annonce diplomatique intervient à quelques jours de la visite du pape François dans ces deux pays. Le souverain pontife sera au Myanmar du 26 au 30 novembre, puis au Bangladesh du 30 novembre au 2 décembre.

Traités comme des étrangers au Myanmar, un pays à plus de 90 % bouddhiste, les Rohingyas représentent la plus grande communauté apatride du monde.

Depuis que la nationalité du pays leur a été retirée en 1982, ils sont soumis à de nombreuses restrictions : ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation, et ils n’ont accès ni au marché du travail ni aux services publics.

La ministre Bibeau reste prudente

Ottawa — La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, accueille avec une certaine prudence l’entente qui aurait été conclue en vue du retour des réfugiés Rohingyas. En conférence téléphonique depuis Dacca, la capitale du Bangladesh, jeudi, elle a précisé qu’elle n’était pas au courant des détails de l’accord qui aurait été conclu entre les gouvernements des deux pays frontaliers. La ministre Bibeau, qui a passé les derniers jours à côtoyer certains parmi les centaines de milliers de Rohingyas ayant fui la répression de l’armée myanmaraise depuis la reprise des violences, en août dernier, a dit avoir souvent entendu que les réfugiés voulaient rentrer chez eux. En revanche, il ne serait pas souhaitable que ce retour à la maison se fasse sans l’assurance que cela se déroulera « de façon volontaire » et dans le respect des droits des réfugiés et de la personne, a-t-elle insisté.
1 commentaire
  • Jérôme Faivre - Inscrit 24 novembre 2017 21 h 46

    Correction de texte

    On lit: «L’accord n’emploie pas le terme « rohingya ».

    Par contre le Devoir continue à employer le canadianisme régional de «Myanmar», restant sérieusement bloqué à l'appellation que la junte militaire a imposé à l'ONU.
    Pourtant, même notre maison mère tient une British Embassy in Burma ! Nationalisme canadien ? Volonté d'émancipation ? Autres ?

    L'article d'origine de l'AFP utilise en effet la dénomination de «Birmanie». Par exemple, ce même article de l'AFP se retrouve dans le journal suisse *La Tribune de Genève* d'hier, est identique , mais nomme partout le pays «Birmanie». Ça laisse penser que quelqu'un au Devoir, la langue dans le coin, corrige avec application tout le texte de l'AFP pour le mettre à la sauce «respect des cultures des autres» ou quelque chose comme ça, très dans la tendance aussi de certains nouveaux chroniqueurs. Je me trompe probablement.

    Mais pourtant, nommer le monde en français, ça aide aussi à la liberté de penser.