Nettoyage ethnique des Rohingyas: la preuve par satellite

Le 25 août, un poste de police de Chein Kar Li, dans le district de Rathidaung, a été attaqué par un groupe rebelle. Le jour même, une sanglante opération de représailles a été lancée contre la population civile, et de larges parties du village ont été incendiées.
Photo: AI Canada Francophonet Le 25 août, un poste de police de Chein Kar Li, dans le district de Rathidaung, a été attaqué par un groupe rebelle. Le jour même, une sanglante opération de représailles a été lancée contre la population civile, et de larges parties du village ont été incendiées.

Amnesty International a analysé des images satellites prises avant et après le début des opérations de l’armée du Myanmar contre une partie de sa population.

Au moins 582 000 musulmans de l’État Rakhine ont passé la frontière du Bangladesh depuis le Myanmar depuis le 25 août, fuyant les exactions de l’armée. L’attaque de postes de police par des groupes rebelles semble n’avoir été qu’un prétexte pour lancer une opération de nettoyage ethnique contre les Rohingyas. Cette minorité ethnique et religieuse, victime de persécutions depuis des décennies, comptait environ 1,1 million de membres au Myanmar 2014. La moitié d’entre eux ont désormais trouvé refuge au Bangladesh, et leur nombre ne cesse d’augmenter.

Car même si les massacres semblent avoir pris fin le 1er septembre, l’incendie ciblé des villages, quartiers ou maisons habités par des musulmans continue. La région étant interdite aux journalistes et observateurs indépendants, ces destructions à grande échelle nous ont été rapportées par des réfugiés, parfois filmées en temps réel par des témoins sur place, et certaines sont visibles à l’oeil nu depuis la frontière bangladaise.

156 incendies

L’ONG Amnesty International, dans son rapport « Mon monde a disparu : les Rohingyas visés par des crimes contre l’humanité en Birmanie », publié mercredi, a analysé des images et données satellites de la région, et les a croisées avec les témoignages de réfugiés. Ces données montrent qu’au moins 156 incendies de grande ampleur ont eu lieu dans le nord de l’État Rakhine depuis le 25 août, alors qu’au cours des cinq dernières années, les capteurs satellites n’en avaient décelé aucun à la même période, très pluvieuse.

De son côté, l’ONG Human Rights Watch, également sur la base de photos satellites, a décompté 288 villages détruits entre le 25 août et le 25 septembre, sur 866. Amnesty International estime que ces informations, ajoutées aux très nombreux témoignages de tueries et de viols organisés, sont la preuve qu’un « crime contre l’humanité » est en cours au Myanmar.

Photo: AI Canada Francophonet