La crise des Rohingyas fait grimper la pression internationale sur le Myanmar

En trois semaines s’est créé à la frontière du Bangladesh et du Myanmar l’un des plus grands camps de réfugiés du monde.
Photo: Dominique Faget Agence France-Presse En trois semaines s’est créé à la frontière du Bangladesh et du Myanmar l’un des plus grands camps de réfugiés du monde.

À la veille du grand discours d’Aung San Suu Kyi, l’étau s’est resserré lundi autour du Myanmar, Human Rights Watch appelant à des sanctions contre l’armée myanmaraise, accusée d’« épuration ethnique » après l’exode de plus de 410 000 musulmans rohingyas.

Human Rights Watch (HRW) a ainsi appelé les Nations unies, à la veille de l’Assemblée générale à New York, à imposer des sanctions ciblées et un embargo sur les armes.

« Les commandants militaires myanmarais sont plus susceptibles de répondre aux appels de la communauté internationale s’il y a des conséquences économiques réelles », a commenté John Sifton, de HRW.

L’ONU dénonce déjà une « épuration ethnique » menée par le Myanmar, dont l’armée mène depuis plus de trois semaines une opération de représailles ayant fait fuir en masse les civils, après des attaques de rebelles rohingyas le 25 août.

Quelque 412 000 réfugiés sont depuis arrivés au Bangladesh, selon le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR). Dans leurs rangs se trouvent 70 000 femmes enceintes ou ayant récemment accouché, selon le gouvernement du Bangladesh.

En trois semaines s’est créé l’un des plus grands camps de réfugiés du monde et les autorités locales comme les ONG, débordées, peinent à venir en aide aux nouveaux venus.

Dans ce chaos, les accidents se multiplient : deux personnes âgées sont mortes lundi sous les pas d’éléphants sauvages ayant piétiné leur abri de fortune.

En effet, en l’absence de place dans les campements existants, les nouveaux arrivants s’installent où ils le peuvent, déboisant à grande échelle, au risque de perturber la faune sauvage.

Toutes les collines de la zone sont aujourd’hui couvertes d’une mer de bâches noires sous lesquelles s’abritent les réfugiés, harassés par les pluies de mousson, qui ont fait de la zone un immense champ de boue.

Samedi, deux enfants et une femme sont morts dans une bousculade. Complètement démunies, affamées après des jours de marche sous la pluie, de nombreuses personnes se massent chaque jour pour tenter d’attraper au vol des habits ou de la nourriture lancés lors de distributions improvisées.

Les incendies de villages continuent au Myanmar

Et les Rohingyas continuent à affluer, les incendies de villages se poursuivant.

« Dans le district de Maungdaw, l’armée incendie des villages tous les jours. On nous rapporte quotidiennement deux à trois incendies », affirme à l’AFP Chris Lewa, du projet Arakan, une organisation de défense des droits des Rohingyas dont le travail d’enquête est utilisé depuis des années par l’ONU.

Et beaucoup craignent aujourd’hui que ces Rohingyas se retrouvent coincés pour des années au Bangladesh : le Myanmar a annoncé qu’elle ne reprendrait pas ceux qui sont partis, les estimant complices des rebelles rohingyas, qualifiés de « terroristes » par le gouvernement.

« Ceux qui ont fui leurs villages se sont rendus dans d’autres pays de peur d’être arrêtés, car ils sont impliqués dans les attaques violentes », a assuré samedi le service de presse d’Aung San Suu Kyi.

Pressée de toute part, la dirigeante myanmaraise va finalement s’exprimer mardi à 10 h locales (lundi 23 h 30 à Montréal).

Cette dernière est prise en étau entre la communauté internationale, très sévère à son égard, et la population myanmaraise, marquée par un fort racisme antimusulman.

Aung San Suu Kyi a jusqu’ici apporté son soutien sans faille à l’armée, accusée de mener des exactions sous couvert d’opération antiterroriste.

Pour Aung San Suu Kyi, la marge de manoeuvre est limitée, d’après les experts. « La nation myanmaraise est en train de se construire et elle a décidé de se construire sans les Rohingyas. Penser qu’on passera outre est complètement illusoire », estime Maël Raynaud, spécialiste du Myanmar.

 
Photo: Jewel Samad Archives Agence France-Presse La dirigeante myanmaraise va finalement s’exprimer sur la crise des Rohingyas mardi à 10 h locales. On la voit ici lors de son discours à l'Assemblée générale des Nations unies, l'an dernier.

Lundi à Rangoun, des manifestants ont dénoncé les pressions de la communauté internationale.

Le rejet des Rohingyas, considérés comme des étrangers illégaux dans ce pays à plus de 90 % bouddhiste, est très répandu dans la population myanmaraise.

Depuis que la nationalité myanmaraise leur a été retirée en 1982, les Rohingyas sont soumis à de nombreuses restrictions : ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation, ils n’ont accès ni au marché du travail ni aux services publics (écoles et hôpitaux).

À Dacca, au moins 20 000 islamistes vêtus de tuniques blanches et chantant « Dieu est grand » ont défilé au nom de la solidarité islamique pour appeler à la fin des violences contre les Rohingyas.