Entre les États-Unis et la Corée du Nord, la Chine cherche l’apaisement

Rassemblement en soutien à la position de la Corée du Nord envers les États-Unis sur la place Kim Il-Sung à Pyongyang, le 9 août 2017
Photo: Won-Jin Kim Agence France-Presse Rassemblement en soutien à la position de la Corée du Nord envers les États-Unis sur la place Kim Il-Sung à Pyongyang, le 9 août 2017

Une priorité : éviter l’escalade. Mercredi, le ministre des Affaires étrangères chinois a appelé Pyongyang et Washington à « continuer sur la voie d’une résolution pacifique de la question nucléaire dans la péninsule coréenne et à éviter les paroles et actions susceptibles d’aggraver la situation ». Deux jours plus tôt, il assurait que son pays « appliquerait à 100 % » les sanctions votées samedi par le Conseil de sécurité de l’ONU. Des déclarations apaisantes dans la droite ligne de la diplomatie chinoise depuis des décennies.

Pour Antoine Bondaz, spécialiste de l’Asie de l’Est au Centre de recherches internationales (CERI), « le programme nucléaire nord-coréen est un problème pour la Chine. Mais, à court terme, elle ne peut pas faire beaucoup plus. Imaginer que la Corée du Nord écoute Pékin est une erreur, et c’est lui donner beaucoup d’importance. Les deux pays ont des intérêts réciproques, mais ils ne se font pas confiance. Et Washington et Pékin ne cessent de se renvoyer la patate chaude. » La Chine répète que, pour Pyongyang, l’arme nucléaire est un problème bilatéral entre les Kim et les « impérialistes américains ». Et les États-Unis réclament des actions fortes de la part de Pékin, qui assure à son voisin la quasi-totalité de ses échanges commerciaux. « La Chine a des intérêts conflictuels, reprend Antoine Bondaz. D’un côté, elle veut apparaître comme une puissance responsable, par exemple sur le climat ou le libre-échange. De l’autre, elle a des intérêts nationaux qui l’empêchent d’abandonner la Corée du Nord, car pour elle le renversement du régime n’est pas une solution acceptable. »

Depuis le mois de février, la Chine a radicalement réduit l’importation de charbon nord-coréen, et elle craint la menace de sanctions secondaires, infligées par les États-Unis aux entreprises chinoises qui, selon eux, dérogeraient aux restrictions. Mais, depuis 2006, elle s’est toujours arrangée pour ce que l’ampleur des sanctions économiques ne provoque pas l’écroulement du régime nord-coréen.

« Une absorption du Nord par le Sud ouvrirait trop d’incertitudes. Comment être sûr que tout un pays rendrait les armes sans combattre ? Comment sécuriser les armes de destruction massive ? se demande Antoine Bondaz. Une réunification de la péninsule créerait pour la première fois une frontière terrestre avec un allié des Américains et renforcerait la perception d’un encerclement stratégique américain, jusque-là cantonné au domaine maritime via le Japon, Singapour, les Philippines ou indirectement Taïwan. Une grande Corée nationaliste pourrait aussi avoir des revendications territoriales dans les zones habitées par les minorités coréennes du côté chinois, ou par exemple sur le mont sacré Paektu, jusque-là coupé en deux. »

Reste que, pour Jean-Vincent Brisset, expert des questions de défense à l’IRIS, « les choses ont changé. La Chine a fait dix fois plus contre la Corée du Nord depuis le début de l’année que depuis 1993, et son vocabulaire est de plus en plus dur. Il y a eu manifestement un accord entre Donald Trump et Xi Jinping, car Trump a besoin d’un succès diplomatique. Mais qu’est-ce que Xi a obtenu en échange ? Certains craignent que ce soit un abandon de Taïwan par les États-Unis. »

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