Quatre ans de prison pour un blogueur qui inventoriait les conflits sociaux

Le blogue de Lu Yuyu et de sa compagne était devenu au fil du temps un outil précieux pour les militants défendant les droits des travailleurs.
Photo: Peter Parks Agence France-Presse Le blogue de Lu Yuyu et de sa compagne était devenu au fil du temps un outil précieux pour les militants défendant les droits des travailleurs.

La justice chinoise a condamné à quatre ans d’emprisonnement un blogueur qui répertoriait en ligne les manifestations et mouvements sociaux, nouvelle illustration de la répression draconienne que mène Pékin contre les défenseurs des droits des travailleurs.

Jugé par un tribunal de Dali, au Yunnan (sud-ouest de la Chine), Lu Yuyu a été reconnu coupable jeudi d’avoir, avec son blogue, « provoqué des troubles et attisé des querelles », a indiqué à l’AFP l’un de ses deux avocats, Xiao Yunyang.

Le motif est fréquemment utilisé par les autorités pour réprimer les voix hostiles au régime communiste.

M. Lu est déterminé à contester en appel cette lourde peine d’emprisonnement, a assuré Me Xiao, ajoutant que son client clamait toujours son innocence.

Ancien travailleur migrant, Lu Yuyu avait entrepris avec sa compagne Li Tingyu de rechercher méticuleusement sur Internet et les réseaux sociaux les informations sur les grèves et manifestations d’ouvriers se multipliant à travers la Chine.

Le couple épluchait notamment les comptes de microblogues et publiait sur un site un recensement extensif de ces incidents, offrant un tableau complet des tensions sociales dans le pays. Cette mission de « journalistes-citoyens » leur avait valu d’être arrêtés de concert en juin 2016 et d’être récompensés en novembre dernier par le prix Reporters sans frontières-TV5 Monde.

« Ce verdict est extrêmement inquiétant, car Lu Yuyu ne faisait pas autre chose que compiler des informations déjà publiques » et disponibles ailleurs, s’alarme William Nee, chercheur d’Amnesty International basé à Hong Kong.

« Pour l’essentiel, les autorités le persécutent pour s’être voué à une activité de journalisme », a-t-il déclaré à l’AFP. Amnesty a demandé « la libération immédiate » de M. Lu.

Le blogue de Lu Yuyu et de sa compagne était devenu au fil du temps un outil précieux pour les militants défendant les droits des travailleurs.

Surtout, en inventoriant la constellation d’incidents distincts éclatés entre de multiples usines et villes sur l’immense territoire chinois, le couple a mis en évidence une explosion des conflits sociaux ces dernières années.

Essoufflement économique, fermetures d’usines, robotisation des chaînes de production se conjuguent pour gonfler les licenciements et détériorer les conditions de travail.

Au-delà des conflits sociaux, M. Lu s’intéressait également aux manifestations contre des confiscations de terres, la pollution ou la corruption des administrations locales.

« Lu Yuyu fournissait un aperçu de la réalité sur le terrain et des activités au jour le jour de citoyens chinois défendant leurs droits élémentaires », confie Keegan Elmer, chercheur du China Labour Bulletin. Cet organisme indépendant basé à Hong Kong a recensé plus de 5000 grèves et manifestations dans toute la Chine en 2015 et 2016, quasiment deux fois plus que sur les quatre années précédentes cumulées — avec souvent comme revendication le versement de salaires non payés.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 5 août 2017 08 h 57

    oui il y a les petits clans et les grands pays

    Comment diriger un pays de plusieurs milliards d'habitants si tous et chacun s'en mêle, voila ce que me disait il y a tres longtemps un ami chinois qui étudiait a McGuil je me demande bien ce qu'il est devenu avec son savoir particulier