Washington accueille froidement le compromis chinois

L’ambassadrice américaine Nikki Haley, entourée des représentants du Japon et de la Corée du Sud à l’ONU, a exprimé son scepticisme à propos du compromis proposé par la Chine.
Photo: Eduardo Munoz Alavarez Agence France-Presse L’ambassadrice américaine Nikki Haley, entourée des représentants du Japon et de la Corée du Sud à l’ONU, a exprimé son scepticisme à propos du compromis proposé par la Chine.

Les États-Unis ont exprimé leur scepticisme mercredi à propos d’un compromis proposé par la Chine qui aboutirait à une reprise des discussions avec la Corée du Nord, affirmant que la balle était dans le camp de Pyongyang après ses récents tirs de missiles.

Le dirigeant nord-coréen a un comportement irrationnel, incompatible avec la diplomatie, a fait valoir devant la presse l’ambassadrice américaine à l’ONU.

Mme Haley s’exprimait après une réunion à huis clos du Conseil de sécurité des Nations unies pour discuter d’éventuelles mesures contre la Corée du Nord, qui a procédé lundi à de nouveaux tirs de missiles.

La Chine, seul allié de Pyongyang, a proposé un compromis pour éviter « une collision » entre les deux Corées, suggérant que le Nord suspende son programme nucléaire en échange de l’arrêt des manoeuvres militaires lancées par les États-Unis en Corée du Sud.

La proposition chinoise vise à « ramener les parties à la table des négociations », a expliqué le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi.

La Corée du Nord avait elle aussi proposé en janvier 2015 de suspendre temporairement ses essais nucléaires si les États-Unis annulaient leurs manoeuvres prévues chaque année en Corée du Sud, mais Washington comme Séoul avaient rejeté cette proposition.

Pour Mme Haley, le dirigeant communiste nord-coréen est une « personne qui n’agit pas rationnellement, qui ne pense pas clairement ».

Pyongyang a tiré au moins quatre missiles balistiques à portée intermédiaire en direction du Japon, de son propre aveu pour s’entraîner à frapper les bases américaines installées sur l’archipel nippon.

Désireuse de « réévaluer la manière de procéder avec la Corée du Nord », l’ambassadrice américaine a affirmé que « toutes les options étaient sur la table » et n’a pas exclu entièrement des discussions directes.

Même son de cloche du côté des autres grandes puissances, qui estiment que c’est à la Corée du Nord de faire preuve de bonne volonté. « Ils ont lancé quatre missiles », a rappelé l’ambassadeur du Japon à l’ONU, Koro Bessho avant la réunion.

L’ambassadeur de Chine à l’ONU, Liu Jieyi, a insisté pour sa part sur la nécessité de « réduire les tensions ». Pékin s’inquiète du déploiement par les États-Unis cette semaine d’un bouclier antimissile en Corée du Sud. Ces manoeuvres ne sont « pas une menace pour la paix et la sécurité dans le monde », a nuancé l’ambassadeur britannique Matthew Rycroft.

Sanctions

Mardi, les États-Unis ont soumis un texte au Conseil de sécurité condamnant les tirs, une manière pour Washington de tester la réaction de Pékin. Le texte a été finalement adopté à l’unanimité des quinze pays du Conseil.

Le Conseil de sécurité a déjà imposé six séries de sanctions au régime communiste, qui a néanmoins procédé à deux essais nucléaires en 2016 et à plusieurs tirs de missiles balistiques.

Un rapport de l’ONU publié fin février a montré en outre que la Corée du Nord contournait les sanctions les plus dures en utilisant des intermédiaires ou des sociétés écrans pour continuer à commercer, notamment avec la Malaisie et la Chine.

Dans le cadre des sanctions existantes, la Chine a annoncé en février qu’elle cessait complètement ses importations de charbon nord-coréen, privant le régime communiste d’une manne financière cruciale.

Après les tirs, le président américain Donald Trump avait réitéré « l’engagement à toute épreuve » des États-Unis pour la sécurité du Japon et de la Corée du Sud. Le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, doit se rendre la semaine prochaine au Japon, en Corée du Sud et en Chine.

La France a pour sa part indiqué qu’elle discutait de nouvelles mesures contre Pyongyang dans le cadre de l’Union européenne en vue de combler les lacunes des sanctions de l’ONU.