Washington en (cyber)guerre contre la Corée du Nord

«Bien que le gouvernement Trump n’ait toujours pas développé de plan à l’égard de la Corée du Nord, il a laissé entendre que l’utilisation de la force était une possibilité», affirme Benoît Hardy-Chartrand. 
Photo: Kim Won-Jin / Agence France-Presse «Bien que le gouvernement Trump n’ait toujours pas développé de plan à l’égard de la Corée du Nord, il a laissé entendre que l’utilisation de la force était une possibilité», affirme Benoît Hardy-Chartrand. 

Dans le but de contrer la menace nord-coréenne, Washington a intensifié ses cyberattaques envers le programme de missiles du régime de Kim Jong-un depuis 2014, a révélé samedi le New York Times. Une arme de plus, donc, contre les programmes nucléaire et balistique de Pyongyang, dont le développement s’accélère néanmoins. La Corée du Nord a d’ailleurs lancé lundi quatre missiles, dont trois se sont abîmés dans les eaux du Japon. Retour sur les efforts déployés — et ceux qui pourraient l’être — pour contrer la menace nord-coréenne avec Benoît Hardy-Chartrand, chercheur au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale à Waterloo, en Ontario, et à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

En quoi consiste cette cyberguerre que les Américains livrent à la Corée du Nord ? Et à quels autres moyens ou stratégies cela s’ajoute-t-il ?

Il s’agit d’une toute nouvelle approche pour les États-Unis. Étant donné les difficultés et les risques associés à l’interception de missiles, Washington a décidé de mettre l’accent sur les cyberattaques dans le but d’affecter le développement de missiles et de nuire à leur fonctionnement avant même leur lancement. L’idée est donc de ne pas avoir à intercepter un missile en plein vol : même les meilleurs systèmes de défense antimissiles ne sont pas efficaces à 100 %. Ainsi, le déploiement amorcé en Corée du Sud du THAAD, un système de défense américain de grande précision, ne peut mettre le pays parfaitement à l’abri des missiles nord-coréens.

Comme Pyongyang a intensifié le développement de ses programmes nucléaire et balistique depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2011, le gouvernement Obama avait compris que les stratégies traditionnelles ne suffisaient plus. Traditionnellement, les États-Unis et la Corée du Sud ont misé principalement sur la dissuasion militaire, mais cette stratégie a montré ses limites puisqu’elle n’a pas réussi à faire changer l’approche du régime nord-coréen.

À cela s’ajoute la voie diplomatique, qui a mené aux pourparlers entre 2003 et 2009 impliquant la Chine, les États-Unis, la Corée du Sud, la Corée du Nord, le Japon et la Russie. Ces négociations n’ont pas atteint leur objectif, qui était la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Pourquoi aucune approche n’a fonctionné jusqu’ici ?

Le régime nord-coréen est très résistant aux pressions. La dissuasion n’a pas fonctionné puisqu’elle ne fait qu’accentuer le sentiment d’insécurité du régime, le poussant ainsi à poursuivre dans la voie du développement nucléaire et de missiles.

Les sanctions internationales, pour leur part, ont fait mal à Pyongyang, mais puisque la Corée du Nord n’est que peu intégrée à l’économie mondiale et que la Chine n’applique pas ces sanctions de façon très rigoureuse, leurs effets sont limités.

Les négociations sur le nucléaire ont quant à elles mené à quelques ententes visant à ralentir le programme d’armement nord-coréen, mais Pyongyang est revenu à quelques reprises sur ses engagements.

Selon Trump, la menace la plus grave serait la Corée du Nord. Obama lui aurait dit la même chose avant de quitter la Maison-Blanche. Pourquoi cette menace, présente depuis longtemps, serait-elle soudainement en tête de liste ?

La menace nord-coréenne est prise très au sérieux par Washington depuis la première crise nucléaire, au début des années 1990. Cependant, sous la gouverne de Kim Jong-un, le régime a amélioré et diversifié ses capacités militaires. En 2016, il a testé pour la première fois avec succès un missile balistique lancé à partir d’un sous-marin et a lancé le mois dernier un missile balistique mobile à combustible solide. Dans les deux cas, les types de missiles sont beaucoup plus difficiles à contrer et à intercepter car ils ne sont pas liés à une plateforme de lancement fixe.

Cela s’ajoute au fait que les derniers essais nucléaires effectués en 2016 étaient plus puissants que les précédents, et que le régime pourrait avoir maîtrisé la miniaturisation des ogives nucléaires, ce qui lui permettrait de les marier à un missile balistique.

Trump a promis d’empêcher Pyongyang de développer des missiles intercontinentaux. Y a-t-il d’autres approches auxquelles Trump pourrait recourir pour ce faire ?

Outre les approches déjà mentionnées, il reste les frappes préventives sur des sites militaires en Corée du Nord. Si, durant la première crise nucléaire, Bill Clinton est passé très près d’ordonner de telles frappes sur la Corée du Nord, cette option a été jugée trop risquée par les gouvernements subséquents à Washington, puisqu’elle mènerait fort probablement à un conflit armé dévastateur sur la péninsule, où sont basés près de 30 000 soldats américains.

Or, bien que le gouvernement Trump n’ait toujours pas développé de plan à l’égard de la Corée du Nord et de l’Asie, il a laissé entendre que l’utilisation de la force était une possibilité. Il a également parlé de « conséquences terribles » en réponse aux derniers tests de missiles.

Sans conjecturer sur les intentions de Washington, on peut voir que Trump semble plus prêt qu’Obama à adopter une approche plus musclée.