Décès de Kim Jong-Nam: la Malaisie expulse l’ambassadeur de Corée du Nord

L’ambassadeur de Corée du Nord en Malaisie, Kang Chol
Photo: Manan Vatsyayana Agence France-Presse L’ambassadeur de Corée du Nord en Malaisie, Kang Chol

Kuala Lumpur — La Malaisie a donné samedi 48 heures à l’ambassadeur de Corée du Nord pour quitter le pays, une nouvelle escalade dans les tensions entre les deux pays depuis l’empoisonnement à l’aéroport de Kuala Lumpur du demi-frère en disgrâce de Kim Jong-Un.

L’ambassadeur Kang Chol « a été déclaré persona non grata », a annoncé dans un communiqué le ministère malaisien des Affaires étrangères, ajoutant avoir exigé en vain de Pyongyang des excuses pour les critiques émises à l’encontre de l’enquête malaisienne sur cet assassinat. « Il doit quitter la Malaisie sous 48 heures », a ajouté le ministère.

« L’expulsion de l’ambassadeur de Corée du Nord » traduit « l’inquiétude du gouvernement que la Malaisie ait pu être utilisée pour des activités illégales », a-t-il précisé.

Dans des images de vidéosurveillance de l’aéroport de Kuala-Lumpur datant du 13 février on voit Kim Jong-Nam, le demi-frère en disgrâce de l’actuel dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-Un, approché par derrière par deux femmes, dont l’une lui projette apparemment quelque chose au visage. L’homme de 45 ans a succombé peu après, pendant son transfert à l’hôpital.

D’après Kuala Lumpur, il a été empoisonné par un agent neurotoxique, le VX, une version plus mortelle du gaz sarin, indolore, inodore et si toxique qu’il a été classé comme arme de destruction massive. Kim Jong-Nam est mort en moins de 20 minutes, et son décès fut probablement très douloureux, selon des experts.

Les deux suspectes, Siti Aisyah, une Indonésienne de 25 ans, et Doan Thi Huong, une Vietnamienne de 28 ans, ont été inculpées mercredi pour assassinat et encourent la peine de mort par pendaison. Elles affirment avoir été dupées et avoir cru participer à un vidéo gag.

Brouille diplomatique

Huit Nord-Coréens sont aussi soupçonnés d’être impliqués dans cette affaire. L’un d’entre eux a été expulsé vendredi. Quatre autres ont fui la Malaisie le jour de l’assassinat.

Depuis le début de cette affaire la Corée du Sud pointe un doigt accusateur sur son voisin du Nord, parlant d’un « ordre permanent » de Kim Jong-Un pour éliminer son demi-frère. Kim Jong-Nam vivait en exil depuis des années. Il s’était montré critique envers le régime le plus hermétique au monde.

La Corée du Nord a protesté vigoureusement contre l’enquête des autorités malaisiennes, accusées de collusion avec ses ennemis. De même, Pyongyang n’a pas accepté les conclusions de l’autopsie et soutient que la victime est décédée d’une crise cardiaque.

Le chef de la police malaisienne a balayé ces accusations : « Notre enquête, étayée par les expertises, confirme que Kim a été assassiné. La Corée du Nord peut dire ce qu’elle veut, ce sont les faits ».

Les autorités malaisiennes avaient déjà convoqué le mois dernier l’ambassadeur nord-coréen, qui accusait pour sa part l’enquête d’avoir des motivations politiques

La brouille diplomatique entre les deux pays, qui entretenaient jusqu’alors des relations relativement chaleureuses, ne cesse donc de s’aggraver. Avant l’expulsion de l’ambassadeur, Kuala Lumpur avait ainsi annoncé l’annulation, à compter du 6 mars, d’un accord bilatéral permettant à leurs ressortissants respectifs de se rendre chez l’autre sans visa.

La Malaisie figurait parmi les rares pays au monde à avoir conclu de tels accords avec Pyongyang.