La Corée du Nord s’invite aux effusions Trump-Abe

Le tir d’en fin de semaine n’est pas un ICBM, mais le ou les destinataires du message pourraient bien être les États-Unis et le Japon, les deux ennemis historiques de Pyongyang.
Photo: Jung Yeon-Je Agence France-Presse Le tir d’en fin de semaine n’est pas un ICBM, mais le ou les destinataires du message pourraient bien être les États-Unis et le Japon, les deux ennemis historiques de Pyongyang.

Donald Trump n’avait pas été baptisé par un tir en provenance de Corée du Nord depuis son investiture le 20 janvier. C’est chose faite depuis ce dimanche. Il était 7 h 55 (17 h 55 samedi à Washington) quand un missile a été tiré de la base de Banghyon dans la province de Pyongyang nord. L’engin s’est élevé à une altitude de 550 kilomètres et a parcouru environ 500 kilomètres avant de s’abîmer en mer du Japon selon l’armée sud-coréenne. Dimanche, en soirée, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud ont demandé une réunion du Conseil de sécurité pour faire suite à cet événement.

Le type de missile doit encore être certifié, mais sachant qu’il n’a parcouru qu’une relative courte distance, il reste peu probable qu’il s’agisse d’un missile balistique intercontinental capable de voler sur une distance de 10 000 kilomètres. C’est le grand projet sur lequel travaille la Corée du Nord depuis longtemps. Il y a un peu plus d’un an, le régime de Pyongyang avait fait grand bruit en procédant à la mise en orbite d’un satellite vue comme un test de missile longue portée.

Cette fois, il s’agirait d’un missile de type Musudan (Hwasong-10 en coréen), conçu pour parcourir entre 3 000 et 4 000 kilomètres et élaboré à partir des modèles soviétiques R-27 selon le site 38north. Signe qu’un programme de perfectionnement est en cours, le régime de Kim Jong-un a procédé à pas moins de huit essais de Musudan l’année dernière. Mais un seul de ces lancements s’est avéré concluant.

L’année 2016 aura été celle de toutes les audaces et les provocations pour le régime nord-coréen, qui a aligné deux essais nucléaires et une vingtaine de tirs de missiles, sans que la communauté internationale essaye d’établir un canal de discussion avec Pyongyang.

En début d’année, le leader Kim Jong-un avait prévenu et claironné que son pays était « aux dernières étapes avant le lancement test d’un missile balistique intercontinental » (ICBM), capable de frapper les États-Unis. Dans un tweet nocturne, Donald Trump avait rétorqué que « cela n’arrivera pas ».

Le tir d’en fin de semaine n’est pas un ICBM, mais le ou les destinataires du message pourraient bien être les États-Unis et le Japon, les deux ennemis historiques de Pyongyang. Car l’essai de ce dimanche est intervenu au moment où Trump recevait le premier ministre japonais, un Shinzo Abe tout sourire entre dîner intime, conférence de presse et partie de golf.

Haute priorité

Le ministère sud-coréen de la Défense a critiqué une « provocation armée destinée à tester la réaction du nouveau gouvernement dirigé par le président Trump ». Ce dernier, recevant Abe vendredi, avait fait de la défense contre la menace nucléaire et balistique nord-coréenne « une priorité très, très haute ». Après les condamnations d’Abe dimanche, Trump a fait une très brève allocution : « Je veux que tout le monde comprenne et soit conscient du fait que les États-Unis sont derrière le Japon, son grand allié, à 100 %. »

Ce tir arrive au moment où les discussions sur le déploiement en Corée du Sud du système de défense américain antimissile Thaad (Terminal High Altitude Area Defense) sèment la zizanie en Asie. Dans une grille de lecture toujours délicate à élucider avec la Corée du Nord, il n’est pas interdit de penser que cet essai a également une visée interne, le régime cherchant à afficher des succès et à renforcer son autorité pour répondre aux défections de haut rang notamment.

Enfin, comme l’année dernière, Pyongyang a peut-être cherché à célébrer avec quatre jours d’avance le 16 février, jour anniversaire de Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un et des programmes balistiques et nucléaires. Ces seules garanties pour la dynastie des Kim de s’enkyster au pouvoir.