Après le vote de destitution, le chaos politique

Des manifestants clament « Arrêtez Park Geun-hye» à Séoul après la tenue du vote sur sa destitution.
Photo: Ed Jones Agence France-Presse Des manifestants clament « Arrêtez Park Geun-hye» à Séoul après la tenue du vote sur sa destitution.

Le Parlement a voté ce vendredi le départ de Park Geun-hye, empêtrée dans une retentissante affaire de corruption. Mais elle ne semble pas vouloir démissionner en attendant la décision de la Cour constitutionnelle, et la situation politique reste très chaotique.

Il est 16 h 10 quand une immense clameur fait résonner les larges artères aseptisées de l’île de Yeouido. « Le peuple a gagné ! » peut-on entendre à l’unisson dans ce quartier d’affaires niché au coeur de la capitale sud-coréenne. C’est là qu’une foule de contestataires anti-Park Geun-hye s’est massée dès 13 h 30 pour encercler l’Assemblée nationale. Après six semaines d’un mouvement populaire empreint d’une ferveur inédite inédit, le résultat du scrutin de la motion de destitution de la présidente est enfin tombé. Parmi les 299 députés présents dans l’hémicycle, 234 ont voté pour et 56 contre, assez pour approuver le texte demandant la révocation de la chef de l’État. La jubilation est à son comble, des bannières réclamant l’impeachment de Park et même son emprisonnement sont brandies par les membres de groupes civiques visiblement ravis que leurs efforts aient payés. « C’est un grand soulagement, lâche tout sourire Kim, un agriculteur cinquantenaire. Je m’attendais à ce que le texte passe, et de toute façon, peu importe ce qui se dit au Parlement, nous allons dégager Park de la Maison Bleue [le palais présidentiel]. »

Dégoût

Une explosion de joie qui cache l’amertume et le dégoût profond des citoyens pour ceux qui les gouvernent. « C’est le moment de faire toute la lumière sur cette affaire et de faire payer Park et son entourage pour leurs actes », lâche Yoon, un poing rageur tendu en l’air. Il faut dire que depuis le 24 octobre et la découverte d’une tablette numérique contenant des documents confidentiels de la présidence, les Sud-Coréens tombent de Charybde en Scylla. Cet appareil appartenant à Choi Soon-sil, la confidente occulte de Park Geun-hye, annonçait les prémices du « Choi Gate ». Accusée d’ingérence dans les affaires de l’État et de détournement de fonds, celle que l’on surnomme « la Raspoutine de la Présidente » celle-ci a inexorablement entraîné son amie de quarante ans dans sa chute. La Corée du Sud allait ensuite connaître son plus vaste scandale politicofinancier.

Zones d’ombre

Malgré un résultat prévisible, l’adoption de cette motion de cette motion de destitution redessine violemment le paysage politique et laisse place à de nombreuses zones d’ombre. Le premier ministre, Hwang Kyo-ahn, qui remplira le rôle de chef de l’État, se veut néanmoins rassurant : «Les affaires de l’État étaient pratiquement au point mort ces derniers mois. Avec l’adoption de la motion de destitution, la confusion doit prendre fin. » Les répercussions pourraient aussi être d’ordre militaires : le ministre de la Défense Han Min-koo vient d’ordonner aujourd’hui à l’armée sud-coréenne de renforcer sa vigilance contre de possibles provocations de son turbulent voisin nord-coréen. Pour Moon Jae-in, ancien chef du Parti démocratique, et présidentiable, « la révocation de Park Geun-hye n’est que le commencement de la normalisation du pays. Park doit quitter ses fonctions et accepter la voix du peuple et du Parlement ». Cependant, la situation reste toujours chaotique. Park Geun-hye ne montre aucun signe d’une éventuelle démission et déclare s’en tenir à la décision de la Cour constitutionnelle. Cette dernière examinera la légitimité de la motion pendant un maximum de six mois. Le texte de destitution visant un chef de l’État est adopté pour la deuxième fois de l’histoire sud-coréenne, après celui contre le président décédé, Roh Moo-hyun, en 2004. Il avait alors été rejeté par la Cour constitutionnelle. Les partis devraient désormais accélérer leurs manoeuvres pour tourner ce tumulte à leur avantage.