7 décembre 1941, ce jour d’infamie aux États-Unis

L’attaque contre la base militaire de Pearl Harbor
Photo: Wikipedia / Domaine public L’attaque contre la base militaire de Pearl Harbor

Le 7 décembre 1941, le Japon attaque la base militaire américaine de Pearl Harbor sans la moindre déclaration de guerre. La surprise est totale, tout comme le choc qui provoquera l’entrée des États-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale. Un tournant qui, dans le Pacifique, se conclura avec l’explosion de deux bombes atomiques sur le Japon.

C’était un dimanche matin à Pearl Harbor, une base navale américaine majeure de l’océan Pacifique située dans l’archipel d’Hawaï. Peu avant 8 h, un pilote japonais à bord d’un avion de reconnaissance lance le message radio suivant : « Tora, tora, tora. » C’est le nom de code qui donne le signal de l’attaque.

Derrière lui, une première vague de 183 avions de chasse et de bombardiers surgit au travers des nuages clairsemés pour fondre sur les cuirassés amarrés dans la rade et les aérodromes de la base. Une deuxième vague, elle aussi partie de six porte-avions, suivra moins d’une heure plus tard.

Les pilotes, bien entraînés, font des ravages au sol, où la surprise est totale. Des torpilles larguées des airs font carrément exploser certains navires, dont un imposant cuirassé dans lequel meurent 1000 soldats. Dans un autre, environ 400 soldats perdent la vie, prisonniers de la coque.

Au total, 2335 militaires américains sont tués et 1143 sont blessés. Les pertes, côté japonais, s’élèvent à seulement 64 morts. L’armée des États-Unis perd aussi huit cuirassés, alors que d’autres navires seront par la suite réparés. Heureusement pour eux, leurs trois porte-avions n’étaient pas à quai au moment de l’attaque. Dans une guerre qui se jouera beaucoup grâce à ce type de navires, il s’agissait d’un coup de chance.

La guerre

Pour le président des États-Unis de l’époque, Franklin Delano Roosevelt, c’est le coup d’envoi d’une guerre dont le peuple américain ne voulait pas avant cette date, « qui vivra dans l’infamie », dit-il au Congrès dès le lendemain. Dans son discours, il rappelle aussi qu’avant le 7 décembre, les États-Unis étaient « en paix » avec le Japon.

Il est vrai que les deux pays étaient jusqu’alors en négociations pour tenter d’éviter la guerre. Mais il importe de rappeler que ces négociations étaient dans l’impasse. Il faut dire qu’à cette époque, le Japon menait une violente « politique d’expansion militaire et industrielle » en Asie, souligne l’historien militaire Carl Pépin, spécialiste de l’histoire de la guerre. Tokyo, qui avait rejoint l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste au sein du « Pacte tripartite » en 1940, occupait notamment la Chine et l’Indochine (aujourd’hui le Vietnam, le Laos et le Cambodge).

Devant le refus du Japon de retirer ses troupes de ces territoires, Washington impose à l’été 1941 un embargo complet sur le pétrole et l’acier. Pour un pays dirigé par un cartel militaire qui rêve de conquérir davantage de territoires mais qui manque de ces ressources, la décision est perçue comme un véritable acte de guerre.

M. Pépin souligne aussi que le Japon veut dès lors mettre la main sur le pétrole qui se trouve aux Indes néerlandaises (aujourd’hui l’Indonésie). « Mais attaquer cette région pouvait entraîner une riposte américaine. Les Japonais se disaient donc qu’ils devaient asséner un coup puissant aux États-Unis, sinon ils risquaient une réplique forte. » Bref, en frappant Pearl Harbor, l’armée japonaise espérait gagner le temps nécessaire pour sécuriser ses conquêtes.

Le commandant en chef de la flotte impériale, l’amiral Isoroku Yamamoto, ne doutait pas moins des chances de succès à long terme. « Au cours des six à douze premiers mois d’une guerre avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, je vais remporter victoire après victoire. Ensuite, je ne m’attends pas à l’emporter », dit-il, cité par l’historien britannique Antony Beevor dans son ouvrage de référence La Seconde Guerre mondiale.

Joie en Allemagne

N’empêche, le 8 décembre, la nouvelle de l’attaque sur Pearl Harbor est accueillie dans « la joie » en Allemagne. « Impossible de perdre la guerre », lance alors Adolf Hitler, avant de déclarer la guerre aux États-Unis, le 11 décembre. « Nous avons maintenant un allié qui n’a jamais été conquis en 3000 ans. » Le calcul du Führer est simple : les États-Unis devront concentrer leurs efforts dans le Pacifique et ne pourront plus soutenir autant la Grande-Bretagne et l’URSS, deux pays qui recevaient alors beaucoup de matériel militaire américain.

Plus prophétique, le ministre de la Propagande nazie, Joseph Goebbels, y voit un signe du caractère planétaire du conflit. « Cette guerre est devenue une guerre mondiale au vrai sens du terme. Malgré des débuts modestes, ses vagues ont fini par envelopper la Terre entière », note-t-il.

Pour les États-Unis, s’ouvre surtout une guerre rythmée par une série de batailles brutales qui se mèneront d’île en île dans le Pacifique. Une guerre à laquelle les soldats n’étaient pas préparés, eux qui ne connaissaient rien aux conditions climatiques tropicales, à la jungle et à un ennemi japonais qui refusait systématiquement de se rendre, préférant mener des attaques suicides, résume l’historien Carl Pépin.

Plusieurs batailles sont d’ailleurs passées à l’histoire pour leur caractère particulièrement sanglant, dont Guadalcanal, Saipan, Iwo Jima ou encore Okinawa. Autant d’épisodes historiques portés notamment à l’écran dans la série télévisée The Pacific, ou encore dans le film Letters from Iwo Jima, de Clint Eastwood.

L’épilogue se joue cependant en août 1945, alors que les États-Unis larguent deux bombes atomiques sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Le point culminant d’une campagne guerrière lancée à peine quatre ans plus tôt.


 
1 commentaire
  • Robert Beaulieu - Abonné 7 décembre 2016 13 h 42

    Bizarre quand même...

    Une puissante base militaire possédant la meilleur technologie de l'époque (ils ont des radars quand même) se fait surprendre par l'aviation Japonaise qui elle, semble-t-il, est parfaitement bien informée sur les positions, les forces et les faiblesses de sa cible.
    Les Américains qui à l'époque doivent forcément surveiller les Japonais de près (services de renseignements en alerte) puisqu'ils viennent de leurs imposer un embargo pour freiner leur initiatives expantionnistes n'ont aucune espèce d'idée de la menace d'une d'attaque!?!
    La cerise sur le sundae, Pearl Harbour, une base militaire avancée dans le pacifique, prête à intervenir du coté asiatique n'a pas de porte-avions sur place?!
    Avec leur puissants radars, leur capacité de décollages rapides et leurs canons anti-aériens, les Américains auraient eu de meilleurs chances. Mais heureusement qu'on nous dit, les porte-avions ont étés préservés pour la riposte. Ah oui, la riposte...