L’un des plus vieux conflits au monde entre (encore) en éruption

Le Cachemire est l’un des plus anciens conflits continus au monde. Il dure parce qu’il oppose deux États ennemis depuis leur création en 1947.
Photo: Sajjad Hussain Agence France-Presse Le Cachemire est l’un des plus anciens conflits continus au monde. Il dure parce qu’il oppose deux États ennemis depuis leur création en 1947.

Les violences ont repris au Cachemire indien début juillet. Le déclencheur : la mort de Burhan Muzaffar Wani, un jeune militant du Hizbul Mujahideen, un mouvement séparatiste cachemirien. Il a été tué dans un échange de feu avec la police, accusée de l’avoir froidement assassiné. Depuis, les affrontements avec les forces de l’ordre ont fauché 70 vies et ont mis quelque 8400 personnes sur le chemin de l’hôpital, blessées entre autres par les plombs des armes à air comprimé. Plus d’un millier ont perdu la vue. Retour sur l’un des plus vieux conflits au monde avec Gilles Vernier, politologue basé à New Delhi.

Pourquoi ce regain de violence cet été ?

Burhan Wani était une figure emblématique et populaire du mouvement séparatiste. Son décès a suscité de fortes réactions dans la population musulmane, notamment auprès des jeunes. Près de 50 000 personnes ont assisté à ses funérailles, un rassemblement qui a été violemment réprimé par la police, qui a ensuite déployé ses forces dans la capitale, Srinagar.

Comme souvent au Cachemire, de tels déploiements sont perçus comme une provocation. Les rassemblements qui se sont formés par la suite ont été également réprimés dans le sang. Le gouvernement a décrété un couvre-feu, interdit les journaux de publication, coupé les réseaux de téléphonie mobile et les réseaux sociaux tels Facebook et Whatsapp, ce qu’il a continué de faire par intermittence.

Les actes rebelles — ou « terroristes », selon New Delhi — sont pourtant en baisse dans la région depuis le pic d’il y a 15 ans, lorsqu’environ 4500 personnes avaient péri dans les violences. Les combattants séparatistes ne seraient plus que 200 au Cachemire indien. À quoi — ou à qui — doit-on cet apaisement ?

Cette période de calme était toute relative, car les tensions liées à la présence militaire sont constantes — un résidant sur dix au Cachemire est un soldat. Ces dernières années, les mouvements séparatistes et indépendantistes — qui ne sont pas tous violents — se sont essoufflés, en partie par épuisement, du fait de la pression de l’armée et de la police, et du fait des divisions au sein de ces mouvements autour des questions de stratégie et de positionnement politique.

Il y avait aussi un effet d’usure du temps dû au vieillissement de certains leaders. Burhan Wani représentait une nouvelle génération de militants, ce qui explique en partie les réactions qu’a suscitées son décès.

Enfin, pourquoi le conflit ne se résout-il pas ? Qu’est-ce qui accroche encore et toujours ?

Le Cachemire est l’un des plus anciens conflits continus au monde. Il dure parce qu’il oppose deux États ennemis depuis leur création en 1947, mais surtout parce qu’il touche aux fondements existentiels de l’Inde et du Pakistan.

L’Inde se définit comme un État laïque, protecteur des minorités. Il ne peut, donc, renoncer à sa seule province dont la population est à majorité musulmane. Le Pakistan, lui, fut créé pour offrir aux musulmans du sous-continent un havre protecteur contre une Inde perçue comme dominée par les hindous. À ce titre, il ne peut renoncer à l’intégration de la population musulmane du Cachemire. Et entre les deux, plusieurs mouvements politiques cachemiriens aspirent plutôt à l’indépendance.

Tous les gouvernements indiens depuis l’indépendance, de centre gauche ou de droite, se sont montrés intransigeants sur la question de l’autonomie du Cachemire. La Constitution indienne criminalise toute atteinte — y compris verbale — à l’intégrité territoriale du pays. À ce titre, le gouvernement actuel de Narendra Modi n’est pas plus intransigeant que les autres.

Mais il ne se distingue pas non plus par sa volonté de dialoguer. Après avoir studieusement évité de s’exprimer sur la situation au Cachemire, le gouvernement a tenu des réunions pour envisager des moyens de contenir la situation. Initialement, ces discussions n’incluaient aucun Cachemirien, pas même des représentants du gouvernement régional, pourtant dirigé par un parti en alliance avec le BJP — le parti du premier ministre. Il a fallu une intervention d’un haut responsable de l’armée pour que des représentants cachemiriens soient consultés. Modi a reçu la ministre en chef de l’État du Jammu-et-Cachemire le 27 août, leur première rencontre depuis le début de la crise.